Le syndrome du bernard-l’hermite ou le besoin de se confiner pour se reconstruire

Refus de retourner au travail, démissions en rafale ; angoisse de sortir de chez soi, intolérance à ce qui fut pourtant, il n’y a pas si longtemps, notre vie « normale ». Mais aussi désaffection du travail, les difficultés sont nombreuses pour les entreprises, à la fois dans le recrutement et la fidélisation des salariés. Je me demande si cela ne vient pas conforter mon intuition que l’épreuve majeure que nous a infligée le confinement ne fut pas le confinement, mais le déconfinement. Avec des raisons d’espérer des jours meilleurs rapidement.

Crédit : Brian Mann – Pexels

Le confinement, c’est la privation de liberté et la liberté est une valeur fondamentale. C’est sur la base de cette évidence que nous avons fait du confinement la chose la plus difficile que nous ayons eu à subir à l’occasion de la pandémie. Je ne peux guère faire de statistiques sur la base de ma clientèle. Il n’empêche que j’ai été étonné de ne pas avoir à faire face à des problèmes majeurs d’équilibre mental, au-delà d’un peu de récrimination ; et non moins étonné de constater que, pour certains, le déconfinement était une épreuve plus difficile. Ce que j’ai interprété de la façon — sans doute simpliste — suivante : le confinement est certes pénible à certains égards, mais il nous a procuré de la sécurité en nous écartant des agressions habituelles du monde : ne serait-ce que le bruit, la pollution, la foule, les bousculades. Même sur le plan de la liberté, nous avons perdu en mouvement, mais bien souvent gagné en temps libre pour nous-mêmes ou pour notre famille. Le déconfinement, en revanche, a été le plongeon à nouveau dans notre monde ordinaire et ses vicissitudes.

Un mécanisme de défense face aux agressions

Cela a même pris des formes inattendues, tel ce monsieur, souffrant de solitude et trouvant de l’apaisement à devoir rester chez soi et à savoir que les autres ne pouvaient plus se rencontrer, faire la fête et, d’une certaine façon dans son imaginaire, « narguer » sa solitude. Le déconfinement a rimé pour lui avec le retour de la souffrance.

Une cheffe d’entreprise, avec qui j’échangeais, me faisait part de la difficulté de certains de ses salariés à revenir au travail, avec le sentiment qu’ils n’arrivaient plus à faire face à la pression du quotidien, aux sollicitations multiples, à la rapidité imposée du rythme des projets. Comme si la pandémie leur avait ôté une part de leur capacité de résilience.

Il m’est venu l’analogie suivante : le bernard-l’hermite qui perd sa coquille et se trouve alors vulnérable face aux agressions de l’environnement et doit, précisément, se confiner le temps de la reconstruction.

Nous sommes tous des bernard-l’hermite. Le confinement a rendu notre coquille moins indispensable et elle s’est ramollie, voire a disparu par endroit. Car ce sont les chocs incessants du monde qui stimulent sa constitution permanente. Le déconfinement nous expose alors, tels des animaux nus, aux chocs du milieu extérieur.

La bonne nouvelle est que notre nature ne va pas tarder à reprendre le dessus. Sauf quelques personnes trop blessées dans le processus, notre coquille va se reconstituer. Certes, c’est un processus lent — en tout cas plus lent que ce que nous espérerions — mais à n’en pas douter ce qui nous paraît insupportable aujourd’hui va bientôt n’être pour nous qu’une banale pichenette.

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