Petite leçon de rhétorique pour cadres et dirigeants (7) : raconter des histoires

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Au bout du compte, ce qui intéresse vraiment les gens, ce sont les histoires. Tout l’art est donc de raconter la vôtre. Car raconter une histoire permet d’embarquer votre public tandis qu’un discours en mode argumentatif éveille bien souvent la vigilance, voire la résistance chez vos interlocuteurs.

C’est l’objet de la vidéo « Raconter des histoires » du blogueur Victor Ferry. Il expose la structure d’une histoire :

  • Une phase d’exposition
  • Un temps de contradiction ou de conflit
  • Un temps de résolution
Crédits : Victor Ferry

Le premier temps permet de donner les éléments du contexte. Ce qu’il faut pour que l’auditeur comprenne et pas plus, pour ne pas l’assommer avec des détails.

L’histoire commence véritablement avec le temps de contradiction où arrive le problème puis se termine avec la résolution.

Voici par exemple une histoire très courte (que je raconte moi-même dans cette vidéo) :

Un homme vint voir Nasr Eddin pour lui emprunter son âne. « Je ne peux pas te le prêter, lui dit celui-ci, il est mort ». À ce moment-là, on entendit l’âne braire dans le jardin derrière la maison. « Tu me dis qu’il est mort, lui dit le voisin, mais on l’entend braire : tu mens ! 
— À qui fais-tu confiance, lui rétorqua Nasr Eddin, à moi ou à un âne ?! »

Le temps d’exposition : la demande du voisin et la (prétendue) mort de l’âne. Quiconque connaît le personnage sait qu’il peut y avoir anguille sous roche, car il est aventureux de croire Nasr Eddin sur parole.

Le temps de conflit : l’âne brait. Comment notre héros va-t-il s’en sortir ? C’est la phase de suspense.

Le temps de résolution, qui clôt l’histoire, où l’on en apprend un peu plus sur la malice de Nasr Eddin.

Au-delà de la vidéo de Victor Ferry qui donne des détails sur la structure de l’histoire, et si vous avez envie d’en savoir plus sur le sujet, je peux vous recommander « L’homme est un conteur d’histoires » de Adrien Rivierre. Nous y apprenons le pouvoir des histoires qui a sans doute contribué à nous faire tels que nous sommes. Les histoires ont été le ferment de toutes les civilisations et ce qui a contribué à tous les grands mouvements de l’humanité. Pierre Clastres, un anthropologue français du XXe siècle, racontait comment le chef, dans certaines tribus amazoniennes, tenait son pouvoir à sa capacité à raconter des histoires à la communauté. Et même si personne ne semblait vraiment les écouter, il était admis que s’il manquait à ce devoir, il était déchu de sa fonction. Les histoires sont donc au cœur de toutes les sociétés.

Et si la demande de sens, qui se fait de plus en plus pressante dans les entreprises et dans la société était d’abord la demande d’histoires ? D’histoires certes porteuses de sens, du moins espérons-le, mais une bonne histoire n’a pas besoin d’exprimer un sens de façon trop appuyée ; au contraire, elle n’est vraiment une bonne histoire que si chacun a le pouvoir d’en tirer le sens qui lui correspond.

C’est l’expérience que je fais avec mon complice Alain Pascail dans la formation « Le voyage héroïque » au CJD où nous utilisons le monomythe, une sorte de trame universelle d’histoires élaborée par l’anthropologue Joseph Campbell : chacun se reconnaît et fait le lien entre son propre parcours et cette trame qui a été utilisée pour écrire les grandes sagas cinématographiques, à commencer par Star Wars.

Concluons donc ce récit comme Adrien Rivierre conclut son livre : « Avant même le langage, c’est ce qui fait notre différence. Mieux, notre essence. Avec les récits, le monde fait sens, l’apprentissage tout au long de la vie est possible, les difficultés peuvent être surmontées, des communautés humaines se former. Soyons-en convaincus : l’homme est un conteur d’histoires […] »


Laurent Quivogne

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