Résolution de conflit : toujours prendre en compte la dynamique interactionnelle

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C’est un biais cognitif bien connu : ce sont les autres qui sont responsables de notre malheur. Pour résoudre nombre de problèmes relationnels qui se posent à nous, il faut se défaire de cette idée aussi tenace que néfaste.

Le 4 juin 2020, à la veille du second tour des Municipales, Philippe Poutou, figure du NPA et candidat à Bordeaux, affirmait : « Le PS ne veut surtout pas des gauchos comme nous ». Pour le leader anticapitaliste, le PS ne veut pas faire alliance avec son parti qui porte une gauche « de combat ». Il y a deux gauches bien distinctes, l’une révolutionnaire et l’autre bourgeoise. Le refus du PS de se rapprocher du NPA s’expliquerait donc par des raisons purement idéologiques.

Imaginez qu’au travail, vous ne supportez pas un de vos collègues. Depuis son arrivée, il y a cinq, vous ne savez pas pourquoi, mais il vous en veut. Sa froideur à votre égard, ses remarques acerbes à peine masquées proférées à votre encontre et rapportées par d’autres collègues, son regard tantôt désapprobateur tantôt ironique quand vous prenez la parole en réunion… Autant de signes qui montrent que cet individu ne vous aime pas. Vous n’êtes pas dupe et ne l’avez jamais été.  Aussi faites-vous preuve de la plus grande réserve à son sujet. Vous vous méfiez de cette personne comme de la peste. Et vous faites tout votre possible pour éviter de vos retrouver avec elle sur des dossiers ou projets…

Œil pour œil, dent pour dent

Ces deux exemples fonctionnent selon une même logique. Nos comportements se calent en réaction au comportement des autres. Si je perçois mon prochain comme une menace, je vais agir en conséquence et montrer les crocs. Quoi de plus naturel ? « Œil pour œil, dent pour dent » : on connaît le refrain qui entretient le cercle vicieux de la violence. Plus tu me hais et plus je te hais…

La plus grande illusion en ce monde est de penser qu’un jour, un miracle puisse intervenir. L’autre partie, soudainement, prendra conscience des choses et changera son comportement. Les choses alors s’amélioreront. Évidemment, comme l’autre est forcément fautif, à l’origine du problème, c’est à lui de changer pour casser le cycle de la violence et repartir sur des relations apaisées. Mais espérer que l’autre change de lui-même est une illusion. Tout simplement parce que cela ne dépend pas de ma volonté. La seule personne que j’ai véritablement le pouvoir de changer, c’est moi-même. Changer moi-même est le seul levier dont je dispose pour faire réagir autrement mon interlocuteur.

Jouer une nouvelle carte

Si une personne agit d’une certaine façon, c’est en réaction à une stimulation de son environnement. Quand le PS se braque face à Philippe Poutou, c’est sans doute parce que le NPA couvre les murs d’affiches sur lesquelles est écrit en gros « Tout le monde déteste le PS ». Qui voudrait s’allier avec des personnes aussi agréablement disposées envers vous ? De même, quand j’interprète les réactions d’un collègue comme hostile, j’ai tendance à me méfier ; je lui fais comprendre que je suis sur la même longueur d’onde que lui. Et très vite l’hostilité supposée devient manifeste. Il importe de comprendre cette dynamique interactionnelle si l’on veut obtenir la résolution d’un conflit et non son aggravation. Montrer de l’intérêt, de l’empathie, de la compréhension ; jouer la carte de l’entraide. Voilà autant d’attitudes qui peuvent dérouter votre interlocuteur et l’amener en retour à des comportements plus conformes à ceux que vous souhaitez.

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