Stratégie du conflit, la conclusion : être agile

Depuis plus d’un an, nous avons exploré le chaud et le froid, le bas et le haut, la gauche et la droite de toute une série de qualités dans les situations de conflit. Le temps est venu de conclure cette série.

© Can Stock Photo / ikopylov

Etre capable d’être gentil, ou bien de ne pas l’être

Un article récent sur les réseaux sociaux vante les bienfaits de la gentillesse. C’est évidemment une qualité de savoir se montrer gentil vis-à-vis d’autrui. Mais est-ce vraiment une qualité si je ne sais pas faire autrement ? Si je ne sais qu’agir de façon gentille, alors je ne peux pas m’en vanter, puisque ce n’est pas un choix. Pour qu’on puisse valablement honorer ma gentillesse, il faut qu’elle résulte d’une décision de ma part, autrement dit que je sois capable d’être gentil aussi bien que de ne l’être pas. C’est la première raison pour laquelle nous avons intérêt à cultiver notre capacité à nous déplacer dans le spectre des comportements.

S’adapter aux circonstances

La deuxième est évidemment que, plus j’ai cette capacité, plus l’éventail de mes réponses possibles aux sollicitations de l’environnement et aux problèmes que je rencontre est important ; plus j’ai en quelque sorte de cordes à mon arc. Et plus je suis capable de mieux m’adapter : en un mot, plus je suis performant dans les épreuves de la vie.

Chaque posture a en effet ses avantages et ses inconvénients. Ne le nions pas : être désagréable, cassant, menaçant, etc. peut être utile en certaines circonstances. Ce n’est même pas toujours socialement réprouvé. Certes, dans l’absolu, d’aucuns vont vanter les mérites de la gentillesse ; mais les mêmes pourront louer la capacité d’untel à se faire respecter dans une situation donnée.

Savoir dire non pour ne pas être gagné par le ressentiment

Une troisième raison m’a été inspirée par un fait divers, voici quelques années. Un homme avait tué toute sa famille et s’était ensuite suicidé. Ceux qui le connaissaient s’étaient grandement étonnés : l’homme était si gentil ! Il était dévoué aux autres. Par exemple, il s’occupait du club de foot, entraînait les enfants. Il avait toujours table ouverte et on pouvait le déranger à tout moment sans qu’il perde son sourire.

Je fais le pari, certes sans preuve, que l’homme ne savait surtout pas dire non. Peut-être qu’il plaçait cette fameuse vertu de gentillesse ou la générosité au-dessus de tout autre critère, y compris sa propre capacité à donner encore et encore de lui-même. Lentement et sourdement, le ressentiment a gagné son cœur et, un jour, il est passé à l’acte.

C’est ainsi que nous contraindre dans un secteur du spectre des comportements nous expose à l’accumulation du ressentiment, de la frustration et, un jour, à certaines réactions tout à fait nocives. On peut comparer ce processus aux phénomènes qui touchent le corps. Si j’ai une mauvaise posture, toujours la même, un beau jour je le paye par des douleurs ou, pire, par une maladie chronique. Ainsi du diabète qui frappe les sédentaires.

Comprendre la méchanceté

Il y a encore une quatrième raison à cette nécessité de cultiver l’agilité, hors du souci d’efficacité dans les situations de conflit. Cette raison se comprend à l’envers : si j’exclus toute méchanceté de mon comportement, partout et en tout lieu, je pourrai me targuer d’être un « pur » gentil. Et la méchanceté chez autrui va vite me devenir insupportable, car étrangère à ce que je suis.

Ne pas reconnaître en soi des traits de caractère que nous n’aimons pas, c’est se préparer à haïr ceux chez qui ces traits apparaissent (ou me semble apparaître).

C’est ainsi que reconnaître en soi la méchanceté, ou toute autre qualité que je tiens en pauvre estime, c’est garder un lien d’humanité y compris avec les « méchants ». Étendre en soi le spectre des comportements possibles, c’est étendre la possibilité de la rencontre avec mes semblables.


Les autres articles de la série :

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *