Stratégie du conflit, règle n°4 : petitesse et orgueil

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Dans l’article précédent — Ambition et modestie —, j’illustrais combien, dans les conflits, il est important d’avoir « de grands rêves » est une stratégie modeste. Explorons aujourd’hui la polarité opposée.

Nous n’avons pas toujours le choix du terrain sur lequel nous rencontrons notre adversaire. Parfois, il nous attaque là où nous ne l’attendions pas. Nous ne songeons alors qu’à nous en plaindre, en protestant contre sa déloyauté. Mais il voit sans doute les choses d’une autre façon et, pendant que nous nous plaignons, il poursuit sa route.

C’est toute la différence entre une stratégie de défense et une stratégie offensive. Ici, dans la défense, il n’y a pas de grandeur d’âme qui tienne. Il y a les lignes rouges que vous avez tracées sur le sol et que l’autre ne peut absolument pas franchir sans réaction de votre part. Si petite et faible soit cette intrusion, vous ne devez pas la tolérer. Ceux qui connaissent mon vocabulaire auront reconnu ici à ce que j’appelle un abus. C’est-à-dire l’intrusion sans consentement de votre territoire. Et un abus ne doit jamais être toléré, jamais.

Naturellement, le rapport de force importe. Quelqu’un qui se fait cambrioler à son domicile en sa présence, ne peut pas nécessairement prétendre à repousser les malfrats par la force. Mais il pourra porter plainte (ce qui n’est pas tout à fait se plaindre), il pourra user de ses relations pour en savoir plus et étayer sa démarche à la police.

« Fier et susceptible »

Heureusement, la plupart du temps, nous ne sommes pas dans ce niveau de violence. Toutefois, un abus porte, en soi, une violence, même faible.

« Ce n’est rien », sous-entendu pas la peine d’en faire un plat, est ce qu’on entend fréquemment en de telles circonstances. Mon opinion, certes un peu radicale, est que ce n’est jamais rien. Car ce n’est pas seulement le fait lui-même qui compte, mais ce qui se construit, l’image de vous que vous renvoyez à votre environnement et que vous renvoyez à vous-même. Les atteintes faites à votre personne et à votre « territoire » sont comme les vagues qui viennent éroder le littoral. Un mal sournois qui ne dit pas son nom.

C’est en cela qu’il faut être « fier et susceptible », comme les Corses dans Astérix.

Dans La violence gratuite en France, le psychiatre Maurice Berger raconte comment, dans le fonctionnement clanique de certaines communautés dans les cités, il n’est pas possible de laisser passer une insulte et il faut se battre absolument. Mieux vaut perdre que de refuser le combat, écrit-il. Faute de quoi, on perd sa place dans le groupe.

Aucun de vous, lecteurs, n’avez envie, j’en suis sûr, de vivre dans un tel environnement et de cette manière. Cependant, considérez ceci comme un extrême de choses présentes dans nos propres environnements. N’attendez pas seulement le respect, faites-vous respecter. Et, fort heureusement, ça ne passe pas la plupart du temps par les poings, mais par le simple fait de relever les incidents (comme on parlerait d’incidents à la frontière) et de dire non, de « regretter » à la façon des diplomates pour signifier que ça ne passe pas inaperçu, que vous avez vu.

Une bulle de respect autour de vous est un atout considérable dans la plupart des conflits ; l’absence de cette bulle, un handicap certain.

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