Syndrome de l’imposteur : quatre symptômes pour l’identifier

Connaissez-vous le syndrome de l’imposteur ? C’est probable, car le phénomène est assez répandu. Vous l’avez vous-mêmes sûrement éprouvé à un moment ou à un autre de votre vie professionnelle. Retour sur une notion qui nous est peut-être douloureusement familière.

Crédit : Thomas Vanhaecht – Pexels

Un complexe que l’on cherche à masquer à tout prix

J’ai été confronté à ce « syndrome » de manière directe il y a quelques années, lors d’un séminaire de formation que j’animais. J’avais abordé cette notion brièvement en réponse à une question d’un participant. À la pause, autour d’un café, un autre participant qui s’était jusque-là montré très discret est venu me voir en aparté. Il voulait en savoir plus sur ce fameux syndrome de l’imposteur. Cela l’intriguait. J’avais en effet mis les mots sur le mal dont il souffrait depuis tant d’années. Ce participant était le fondateur et le dirigeant d’une belle PME dans le secteur du BTP. Depuis 20 ans, il avait créé et développé une entreprise aujourd’hui reconnue sur son bassin géographique et au-delà. Malgré une réussite professionnelle que personne ne lui contestait, il continuait à penser que celle-ci était imméritée.

Voilà un exemple à la fois criant et banal du syndrome de l’imposteur. Celui qui est en est touché s’estime illégitime à occuper son poste actuel. Il doute de ses réussites pourtant flagrantes, en attribue le mérite à d’autres ou à la chance. Il s’imagine porter un masque qui cache ses insuffisances et vit dans la crainte qu’un jour, ce masque ne tombe. Ce n’est donc pas un problème de compétences ou de talent dont il s’agit, mais bien de confiance en soi. Plus précisément la confiance en ses propres capacités.

Un cercle vicieux dont il est difficile de se libérer

C’est la thérapeute Pauline Rose Clance qui, la première, a identifié ce trouble dans sa patientèle. Avec sa collègue Suzanne A. Imes, elle se penche en 1978 sur les cas de 150 femmes cadres dirigeantes en 1978. Les deux psychologues mettent en évidence un « phénomène d’imposture » qui se manifeste au travers de quatre types de comportements. Quatre types de comportements qui ne peuvent que conforter leurs auteurs dans leurs doutes.

  1. Un travail acharné qui permet, sinon de montrer sa valeur, de cacher son manque de compétences supposé. Plus nous nous dévalorisons, plus nos attentes sont élevées, plus nous redoublons d’efforts et souhaitons atteindre la perfection. Celui qui souffre du syndrome de l’imposteur n’est jamais à l’abri du burn-out. Et pour traiter ce dernier, il faut s’attaquer à la racine du mal (le syndrome de l’imposteur) plutôt qu’à sa simple manifestation (le surmenage).
  2. Un « effacement » qui conduit à ne pas exprimer son point de vue et à se cacher derrière celui de ses collègues, de sa hiérarchie, de ses subordonnés. Cette stratégie consiste à s’exposer le moins possible, à s’invisibiliser, à se faire oublier pour ne pas être contraint de s’affirmer, c’est-à-dire de risquer de se révéler ses faiblesses.
  3. La volonté de plaire à son entourage professionnel pour gagner sa reconnaissance. Mais bien sûr, dès la reconnaissance est obtenue, l’imposteur autodésigné trouve que celle-ci est imméritée : il la considère comme le fruit de sa stratégie de séduction (son masque), mais non comme la conséquence de ses compétences réelles. Quoi qu’il fasse, il ne peut sortir du piège de ses représentations.
  4. Une trop grande modestie, qui conduit à un déficit d’affirmation de soi. L’affirmation de soi, concept établi par Alberti et Emmons dans les années 1970, peut se définir comme « un comportement qui permet à une personne d’agir au mieux de son intérêt, de défendre son point de vue sans anxiété́ excessive, l’expression efficace sincère et directe de ce que l’on pense, ce que l’on veut, ce que l’on ressent et d’exercer ses droits sans dénier ceux des autres »[1]. Cela conduit à une stratégie d’évitement des conflits. C’était la difficulté que rencontrait en particulier le participant à la formation dont je vous parlais plus haut. Il n’osait pas s’affirmer auprès de ses salariés, car s’affirmer revient parfois à s’opposer.

Un mal universel qui se soigne !

Pour Jessamy Hibbert, psychologue clinicienne, « le syndrome de l’imposteur ne fait pas de discrimination ; il affecte tout le monde, des étudiants aux P.-D.G. Des gens de tous les horizons, qui sont intelligents, motivés, savants, créatifs et qui ont du succès, ont du mal à admettre leurs accomplissements »[2].

Ce syndrome touche une majorité d’individus à un moment ou l’autre de leur existence, même s’il est plus fréquent et important chez les femmes (stéréotypes de genre) et dans certaines catégories socioculturelles.

Il peut être ainsi plus courant chez les « transclasses », ces individus dont la trajectoire sociale les conduit à changer de classe.

Pour autant, il est possible de surmonter ce complexe d’infériorité. Comment ? Ce sera l’objet de notre prochain article.


[1] Thérapie d’affirmation de soi (TAS) en TCC : développer son assertivité (apprendre-la-psychologie.fr)

[2] Hibberd, Dr Jessamy. Croyez en vous ! Libérez-vous du syndrome de l’imposteur, Larousse, 2019, p.20.

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