Transformation numérique des PME et ETI : où en sommes-nous ?

Journée smartlab Laboratoire COACTIS

Jeudi 23 janvier 2020 s’est tenue à l’Université Lumière Lyon 2 la 3ème édition de la Journée Smartlab autour de la transformation numérique des PME et ETI, organisée par le Laboratoire Coactis. L’originalité de cette rencontre a été d’offrir un espace d’échanges et de réflexions à des mondes riches de leurs profils et compétences variés que sont ceux des enseignants-chercheurs, des étudiants et celui des entreprises. Tous ont pourtant en commun d’être concernés par les enjeux de digitalisation que ce soit à des fins d’études scientifiques, d’acquisition de compétences métiers ou encore d’évolution de business model.

Si la digitalisation est un terme à la mode, vous vous apercevrez vite que ce n’est pas une fin en soi et qu’il existe bien d’autres étapes pour la réussir en toute sérénité et efficacité. La question n’est plus la transformation numérique, mais la transformation tout court comme le rappelle Juliette Jarry, Vice-Présidente de la région chargée du numérique. La vraie question est : comment est-ce qu’on intègre l’humain au sein de la transformation ? Au sommaire : Tour d’horizon des enjeux et défis de la transformation digitale chez les PME et ETI à travers la vision des institutions, celles des entrepreneurs et des doctorants.

1 – La vision des institutions

L’accompagnement de la transformation numérique des PME : Quels enjeux et quels défis pour les institutions régionales ?

Le terme de transformation numérique est parfois anxiogène, parfois trop abstrait ou conceptuel pour bon nombre d’entreprises comme l’a rappelé Juliette Jarry. En réalité 80 % des entreprises du territoire sont des PME/TPE dont la grande majorité n’a pas pour cœur d’activité la transformation numérique. Fort de ce constat, comment les institutions s’emparent-elles du sujet pour accompagner les entreprises ?

La sensibilisation

La Région Auvergne-Rhône-Alpes s’appuie sur ses partenaires (clusters, groupements patronaux…) pour être en proximité avec les besoins des dirigeants d’entreprise. Le site www.masolutionnumerique.fr est l’illustration de la volonté de ne pas « remettre des couches », mais d’agréger ce qui existe déjà avec la possibilité se faire un diagnostic personnalisé, de suivre des formations gratuites et d’utiliser des outils mis à disposition.

La formation

La question de la formation est cruciale quand on sait que plusieurs milliers de postes dans le numérique sont à pourvoir, qui vont devenir de plus en plus plébiscités par les autres secteurs traditionnels. Comment embarque-t-on les équipes ? « Il est plus facile de financer une machine que de former ses équipes » relève une personne de l’assemblée ! Pour répondre cet enjeu d’acquisition de compétences a été lancé en 2020 le Campus Région à Charbonnières www.campus-region.fr : catalyseur d’innovation, lieu de formations et d’offres de services à destination des entreprises et des industries.

Le financement

Quels financements du numérique ? Avant de chercher un financement, il faut se demander pourquoi on fait ça et à quoi ça sert conseille Sandrine Pernette, Dirigeante de la plateforme de financement Incit. Jusqu’à présent le monde bancaire avait une aversion pour le financement d’actif immatériel. La plateforme propose le financement du haut de bilan immatériel.

La place des femmes

Alors qu’il existe 50 000 postes disponibles dans le numérique en France et 7000 dans la région Auvergne-Rhône-Alpes, on recense seulement 6 % de femmes dans les écoles de développement web. L’enjeu pour Beryl Bes, Déléguée de LDigital, est de ne pas laisser le monde de demain sans l’appropriation du numérique par les femmes. D’autant plus quand on sait que 38 % des entreprises dans le numérique refusent des marchés faute de ressources ! C’est pour cela que la Fondation Ldigital accompagne et sensibilise les femmes aux métiers et au débouché du numérique. L’objectif afin que cet outil soit au service de nos valeurs et de nos vies.

En fin de compte, on constate que tous les ingrédients existent en région pour la transformation digitale des entreprises, mais qu’il manque encore une synergie et une visibilité de tous les outils existants. Comment accélérer la montée en compétences des entreprises et des personnes ? Sept propositions ont été faites par la Société d’Economie Politique de Lyon, think tank lyonnais de 150 ans, qui a étudié le sujet pendant 3 ans sous l’impulsion de sa Présidente, Mme Chalus-Sauvannet. Les résultats de ce travail sont disponibles dans un livre blanc accessible en ligne.

2 – La vision des entrepreneurs

Comment les entrepreneurs négocient-ils le virage stratégique que peut constituer la transformation numérique de leur entreprise ?

La vision optimiste du premier petit pas

La vision d’Alexandre Perga, Président du CJD Lyon, est optimiste : les entreprises ont toujours pu s’adapter et s’adapteront à la digitalisation. « Nous proposons un accompagnement via des commissions de travail mensuelles ou des voyages pour s’inspirer comme dans la capitale du numérique Tallin en Estonie », précise-t-il. Pour le CJD, mouvement d’entrepreneurs qui réfléchit à une performance globale de l’entreprise, il faut transformer son entreprise pour la rendre désirable et la digitalisation en fait partie. La politique du « premier petit pas » est de rigueur, car tout le monde n’a pas la même « maturité digitale ».

Commencer par l’humain et aller vers les outils digitaux

« C’est d’abord par la transparence et la confiance que se créent des liens entre les gens qui permettent aux outils digitaux d’arriver ensuite comme une évidence » témoigne Gaëtan de Sainte-Marie, dirigeant de Qantis. Dans sa centrale d’achats collaborative qui regroupe 20 000 entreprises, les adhérents travaillent ensemble, utilisent des plateformes digitales à leur demande, mais elles sont venues suite à tout ce travail préalable collaboratif. Il est clair qu’il faut changer de paradigme, l’essentiel est l’humain ! Pour Gaëtan quand on parle à un dirigeant d’entreprise, l’important de lui « ouvrir les chakras », de l’accompagner dans la formation à l’agilité et au collaboratif plus qu’au digital.

Pas de digitalisation uniquement avec de l’outil

Ce virage de la transformation numérique certains sont en plein dedans comme le bureau d’étude METIS d’aménagement du territoire. Pour son dirigeant Vincent Robert, ça a refaçonné leur façon de voir l’entreprise et le monde extérieur. Ils se sont formés à l’agilité et au design de l’expérience qui s’intéresse aux utilisateurs et ont diversifié les profils de l’entreprise pour que les bonnes pratiques émergent du groupe. Depuis deux ans METIS a intégré des doctorants et docteurs dans leur équipe ! Vincent précise qu’il faut une dose de patience autant pour le dirigeant que pour celui qui arrive en ovni le temps de s’acclimater, mais que c’est un vrai plus pour l’entreprise.

Comment inclure les salariés ?

Il s’agit de repérer dans son équipe les leaders d’opinion qui vont pouvoir intégrer les collaborateurs dans le changement digital. Avec un réfractaire, adopter la technique du petit pas en mode itératif propose Alexandre Perga pour qui le plus important est de donner du sens, d’accompagner, de parrainer, mais d’abord il faut croire aux bénéfices, à l’adoption de l’outil.

Si tous ont vanté les mérites d’être bien accompagnés et formés, une question se pose pour Gaëtan de Sainte-Marie : comment explique-t-on que, dans la comptabilité française, seuls les investissements dans les machines soient comptabilisés dans les bilans des entreprises ? Pourquoi ne pas considérer que la formation est un investissement que je peux amortir ? Ne considère donc pas que la formation est un investissement ? Il précise qu’aujourd’hui on a le droit d’amortir des salaires uniquement si c’est de la recherche fondamentale.

Servicisation, mutations des modèles d’affaires et transformation numérique : des travaux académiques en cours

Mme Tinhinane Taizairt et M Nicolas Sawadogo, doctorants, financés par le projet AURA-PMI ont présenté leurs études en cours sur la servicisation. Derrière ce mot « barbare » se cache le fait de passer d’une économie de produit à une économie de service pour une entreprise. Les doctorants s’intéressent à l’apport de la digitalisation dans ce contexte de développement de services : est-ce une aide ou un frein ? Nous attendons avec impatience les premiers résultats de leur thèse pour avancer sur ce point !

Et la sobriété numérique dans tout ça ?

Dans un contexte d’hyper connexions, de volonté de toujours plus de rapidité et d’échange de données, n’oublions pas la pollution engendrée par la digitalisation : 5,5 % de la consommation électrique mondiale est liée au numérique. C’est pourquoi Alexandre Perga suggère d’associer digitalisation et sobriété numérique. Le CJD s’est emparé du sujet via une journée IMPACTS mercredi 15 janvier dernier ou 267 chefs d’entreprise ont pris des engagements pour réduire leur bilan carbone.

Journée IMPACTS organisée par le CJD Rhône-Alpes

La transformation numérique oui, mais étant vigilant à prendre en compte l’humain d’abord comme socle de base propice à la réussite du projet. On en viendrait presque à parler de la sobriété heureuse de Pierre Rabhi, non ?


Julie-Céline Grobon

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