« Un air d’ici » : RSE jusqu’au bout de la chaîne

Franck Bonfils, PDG de l’entreprise Un air d’ici, a lancé son activité tout seul en 2000.
Il emploie désormais quelque 130 collaborateurs.

La mère de la marque vauclusienne Juste Bio semble réussir un double pari, celui du zéro pesticide et du vrac. Elle prendra par ailleurs possession, ce 15 décembre, de la partie fabrication de sa nouvelle usine zéro déchet. Pour autant, il faut composer avec la crise et garder captifs ses consommateurs malgré un climat de défiance vis-à-vis du sans-emballage. Un seul maître mot, donc : pédagogie.

Elle vient de leur être livré, ou tout au moins déjà, sa partie administrative. Les espaces dédiés à la fabrication suivront bientôt, le 15 décembre prochain. Si la nouvelle usine de la PME carpentrassienne Un air d’ici, mère de la marque Juste Bio (fruits secs, graines, pâtes, riz, céréales, thé…), va permettre d’augmenter significativement sa capacité de production, passant ainsi à 28 000 tonnes (contre 7000 produites en 2019), elle participe surtout à un véritablement positionnement en termes de RSE, explique Franck Bonfils, le PDG. Il ne date pas d’hier. Voilà en effet près de 10 ans que la Vauclusienne, fondée en 2000, a pris progressivement le virage du zéro pesticide. « Et nous sommes passés au 100 % bio depuis l’année dernière. Un déchirement pour moi, parce que ça voulait dire que l’on se séparait de notre gamme historique, “La Maison des bistrots”, pour se consacrer totalement à cette autre marque. Il s’agit d’un engagement fort de l’entreprise : nous faisions autrefois du gras et du salé conditionné sous emballage, nous proposons aujourd’hui au consommateur du naturel, principalement sous forme de vrac », ce dernier représentant près de 90 % de la production. C’est le deuxième grand pari d’Un air d’ici, et il semble gagnant, au vu de la croissance, exponentielle de ces dernières années : de 30 M€ de CA en 2017, Un air d’ici est passé à 48,8 M€ en 2018 et quelque 75 M€ en 2019. Une fulgurance qui l’a poussée à se projeter dans une nouvelle usine flambant neuve, un bâtiment à énergie positive équipé de panneaux photovoltaïques d’une surface de 10 000 m2. 

Des sachets à présent biodégradables et compostables pour concourir à un objectif: le zéro déchet.

16 M€ d’investissement

Car l’idée, c’est bel et bien de pousser la logique écoresponsable jusqu’au bout de la chaîne. « Nous sommes les premiers en Europe à faire du bio vertueux, 100 % transformés et contrôlés en propre. Et zéro déchet. » Ainsi le vrac est-il directement mis en trémies (les distributeurs d’aliments), et la gamme ensachetée a basculé en packaging biodégradable et compostable. « Nous avons par ailleurs travaillé pendant 24 mois avec l’entreprise Tipa Corp pour concevoir un film d’origine végétale, lui aussi compostable, l’étiquetage est gravé au laser… » Le scotch lui aussi a cédé la place à des alternatives plus vertueuses, soit papier kraft et colle naturelle. « Il a donc fallu adapter le matériel, toutes les lignes d’ensachage, investir dans des outils laser, des tapis qui évitent la perte de matière première… » Au final, l’investissement se chiffre à 9 M€ pour le bâti et 7 M€ pour l’équipement.

Les salariés, à présent au nombre de 130, sont inclus dans cette nouvelle dynamique. « Nous avons remplacé le travail peu valorisé  grâce à l’utilisation de machines. Par exemple, au lieu de remplir les cartons, ils contrôlent et supervisent les machines. Nous mobilisons ainsi les équipes sur la formation, sommes en dialogue permanent avec elles, attachons de l’importance à l’égalité de traitement en termes d’espace, travaillons sur l’éclairage… »

La RSE est prégnante sur toute la chaîne de valeurs, donc. Seule difficulté en la matière, le sujet du sourcing. Compliqué en effet de toujours privilégier le local, explique Franck Bonfils. « Certaines filières bio n’existent pas en France, comme celle de l’amande. Nous essayons donc de sourcer au plus proche, en privilégiant les filières durables. Nous travaillons au total avec une trentaine de pays différents. »

De l’avenir du vrac

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Ainsi, le dirigeant vauclusien met-il en avant ses deux principales fiertés : « créer de l’emploi sur mon bassin de naissance et permettre au public non familiarisé au durable d’avoir accès à un mode de consommation différent. Car c’est facile de se positionner sur les enseignes spécialisées, les gens sont déjà sensibilisés. Ça l’est moins dès lors qu’il s’agit de grandes surfaces. On fustige ceux qui font du tourisme alimentaire le samedi, s’approvisionnent en nourriture industrielle et peu éthique, mais leur donne-t-on vraiment d’autres choix ? Aujourd’hui, nous comptons 6500 points de vente sur les principales enseignes, 100 % en GMS avec des meubles dédiés. Ce sont 6500 clés d’entrée pour le consommateur. Et les mentalités évolueront. A force de passer devant nos installations, ils finiront par tester », clame avec assurance Franck Bonfils, tablant sur un triplement de l’activité à horizon cinq ans, « de manière structurelle ».

Certes, mais il y a aussi l’aspect conjoncturel. « Le Covid nous a coûté la croissance, nous enregistrons une baisse de 20 % sur nos ventes. Nous produirons cette année un volume similaire à celui de 2019, à savoir 7000 tonnes.

Et le déploiement a cessé pour l’instant », stoppant les velléités à l’export. Après avoir consolidé le marché français, Un air d’ici entamait en effet une offensive européenne au premier trimestre, investissant des pays peu sensibilisés au bio où la marge de manœuvre est donc importante, comme le Portugal. La PME visait également la Suisse, le Luxembourg et la Belgique. « Nous avions aussi commencé à développer les DOM TOM, puis il y a eu un coup d’arrêt. » Des pourparlers sont ainsi engagés en vue d’une reprise sur l’outre-mer. Car l’entreprise n’a pas pour autant mis ses projets en stand-by. Elle compte ainsi séduire le réseau des enseignes spécialisées, après avoir réussi son pari avec la GMS. Et miser sur son site marchand : cette année, les ventes s’y sont multipliées par six. Prometteur, même si du fait d’une activité on line en démarrage, cette croissance-là ne peut encore être taxée de significative. Un autre terrain à défricher, donc.

Et tous les leviers de croissance sont bienvenus. C’est nécessaire : avec la crise, une certaine défiance s’est développée sur la question de l’hygiène dans le vrac. « Il nous faut donc faire preuve de pédagogie, rassurer les consommateurs. Et pour ce faire, notre meilleur vecteur de communication, c’est notre meuble. Les trémies sont hermétiques, fermées. A aucun moment, ni pendant la phase de production ni pendant l’acte d’achat, le produit n’est touché par de tierces personnes… On peut donc garder confiance dans ce mode de consommation, car il est totalement sécurisé. » Et l’entrepreneur de fustiger syndicats patronaux et lobbyistes. Revenant sur leur instrumentalisation de la peur du coronavirus pour appeler de leurs vœux une demande de moratoire sur la loi visant la suppression du plastique à usage unique. « Ils nous expliquent que le plastique sauve des vies, ce qui est une hérésie ! Le confinement a permis de prendre conscience du volume de déchets dont on se délestait. Sans parler des masques et autres charlottes jetés dans la nature. J’ai peur d’un désastre écologique. Si l’on ne fait rien, on sortira de cette crise en allant pleurer sur nos océans. »

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