Ce que la crise de Covid-19 nous apprend sur la transformation nécessaire des entreprises et de notre économie

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Augmentation de la dette, complète dépendance vis-à-vis de certains fournisseurs, manque d’agilité dans la planification… À l’heure où les entreprises pansent leurs plaies et s’engagent sur des plans de relance, il est bon de prendre de la hauteur et de retenir quelques enseignements de cette crise inédite.

La première leçon à tirer est celle de la dépendance des organisations à leurs fournisseurs. Si elles avaient connu dans le passé des situations de tension liées à leur approvisionnement en matières premières ou en produits manufacturés, elles ont ces derniers mois fait l’expérience de la rupture brutale, sans préavis ni solution alternative. Comment assurer son activité quand les ressources (capacité à acheter, à produire, voire à vendre pendant le confinement) sont tout simplement réduites à néant ?

Que l’on parle de populations ou d’entreprises, la Covid-19 est implacable et touche les plus faibles. Les organisations qui n’ont pu disposer de l’agilité ou les capitaux suffisants pour s’adapter ont ou vont tout simplement disparaître. Celles qui ont pu passer le cap ont dû, tout comme les Nations d’ailleurs, débloquer des montants considérables pour maintenir leur activité à flot. Ces liquidités ont été injectées dans l’urgence et pour des raisons de survie. Nul ne sait à date comment et selon quelles modalités ces dettes seront purgées ni à quel horizon.

L’avènement de l’ère de la planification alors que tous naviguent à vue

Le second enseignement de cette crise tient notamment aux conséquences sur la réorganisation des entreprises et des économies. Depuis plusieurs mois, les entreprises tentent de s’organiser au mieux afin de s’engager dans la reprise. Les agendas, qui jusqu’à présent étaient réduits au court terme, planifient désormais à moyen et long terme. Le signal donné par l’Etat en ressuscitant le Commissariat Général du Plan illustre très clairement ce contexte.

Planification à Long Terme va devenir le leitmotiv des prochains mois voire des prochaines années. Le seul hic est qu’il va désormais falloir composer avec un niveau d’incertitude maximal. L’époque de la croissance prévisible et soutenue est révolue. Le développement d’une résilience structurelle pour absorber ces chocs, et la gestion en temps réel des impondérables devient alors un facteur déterminant de la bonne conduite d’une économie ou d’une stratégie d’entreprise.   

Rebâtir une économie pérenne sur la base des filières

Passé le premier épisode de la pandémie, tous se sont interrogés sur la dépendance d’une économie ou d’une activité à des fournisseurs tiers. La bonne pratique évangélisée depuis le mois de juin dernier repose sur la création de cycles courts et la diversification de ses sources d’approvisionnement dans un monde multilatéral dont les règles du jeu évoluent en permanence vers un bilatéralisme forcé par des acteurs de premier plan comme les Etats Unis ou le Royaume Uni post-Brexit. Un enjeu qui vaut aussi bien pour la gestion de matériel médical que pour toute Matière Première. Il est cependant nécessaire d’aller plus loin dans un contexte où l’OMC est exsangue, où les économies entrent de plus en plus dans des relations bilatérales à l’instar des Etats Unis, du Royaume Uni post Brexit ou de la Chine conquérante. Les enjeux de Production doivent ainsi être réenvisagés à l’aube de ce nouvel ordre international, et derrière eux la notion de filières.

En effet, il ne suffit plus de s’assurer de disposer des ressources nécessaires pour produire un bien donné, il faut aller plus loin. Les questions sont nombreuses : qui maîtrise l’ensemble de la chaîne de production ? Quid des brevets ? Quel contrôle a-t-on sur les marchés qui établissent les prix des matières premières et des principes actifs ? Des points qui renvoient à la notion de filières et à leur nécessaire réintégration au cœur des préoccupations des entreprises ou des Etats.  

Franck Lheureux

L’exemple de la filière du lin est à ce titre extrêmement parlant. Alors que 85 % de la production mondiale de lin est effectuée en France, en Belgique et en Hollande, 93 % des ressources industrielles dédiées à sa transformation sont en Chine. Expédier du lin en Asie implique des coûts considérables alors que la valeur ajoutée va être réalisée par les entreprises chinoises qui vont le traiter et le revendre en tant que produits manufacturés. Qui maîtrise la chaîne de valeur ? Ce sont les Chinois. Le triumvirat de pays producteurs a ainsi perdu le contrôle de l’ensemble de la filière.

La crise de Covid-19 a pour elle de nous permettre de redistribuer les cartes de nos stratégies économiques d’entreprise. La pire des situations serait celle d’un back as usual lié à une reprise de notre dépendance économique à la Chine comme si de rien n’était. Au-delà de la réorganisation de nos liens avec les principaux fournisseurs de notre économie, il convient de prendre l’initiative de miser sur des acteurs locaux pour qu’ils passent du stade de simples fournisseurs à celui de partenaires clés. Une transition qui passera par des financements à risques, nécessaires pour réduire les dépendances aux fournisseurs ou pays tiers dont l’intérêt n’est pas le nôtre. La France, l’Union Européenne reprendront leur leadership, et donc une part d’indépendance dans les décisions favorables à leurs citoyens à ce prix.


Franck Lheureux, General Manager EMEA chez Ivalua

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