Croissance, es-tu là ?

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Après une contraction du PIB de 8,2 % en 2020, la Banque de France espère une croissance de 5,5 % sur l’ensemble de l’année 2021 avec un redémarrage réel qui interviendrait au cours du second semestre grâce à la progression de la vaccination permettant la levée progressive des restrictions sanitaires. La moindre progression sur le premier semestre 2021 serait compensée à la fois par la meilleure résistance de l’activité fin 2020 et par une activité plus dynamique au second semestre 2021. Le rebond se prolongerait en 2022, avec une croissance du PIB de 4 %. Le niveau d’activité d’avant crise serait récupéré au milieu de l’année prochaine. Cette prévision a été réalisée avant les annonces du Premier Ministre du jeudi 18 mars 2021 qui aboutissent à confiner près du tiers de la population qui réalise 42 % du PIB national.

2020, un recul sans précédent, mais moins important que prévu

Le recul moindre que prévu du PIB en 2020 (-8,2 %) est imputable à un moins mauvais quatrième trimestre. La contraction de l’activité n’a été que de 1,4 point malgré le deuxième confinement quand elle était attendue à plus de deux points. Le caractère moins strict des mesures sanitaires et l’adaptation des entreprises ainsi que des ménages à cet environnement contraint, ont permis de réduire considérablement son effet sur l’économie. La consommation des ménages a certes diminué au quatrième trimestre de 5,4 %, mais l’investissement des ménages a progressé de +4,2 % et celui des entreprises de +0,9 %. Par ailleurs, les exportations ont augmenté de 5,8 %.

2021, des prévisions à corriger

Pour établir ses prévisions de mois de mars, la Banque de France n’a pas pris en compte les effets induits sur la demande française du récent plan américain de 1900 milliards de dollars ni les conséquences du nouveau confinement.

Pour la Banque de France, la consommation à mi-2021 devrait être encore inférieure de 6 % à son niveau de la fin 2019. Par voie de conséquence, le taux d’épargne des ménages resterait élevé au premier semestre 2021, comme au second semestre 2020. Le surplus d’épargne financière des ménages accumulée depuis mars 2020 continuerait donc d’augmenter jusqu’à la mi-2021 et atteindrait un pic autour de 165 milliards d’euros fin 2021, après 110 milliards d’euros fin 2020. La Banque de France estime que le taux d’épargne baisserait alors nettement, pour repasser au-dessous de son niveau d’avant-crise au cours de l’année 2022.

La demande intérieure devrait être soutenue grâce aux dépenses publiques avec la mise en place du plan de relance. Ce dernier soutiendrait l’investissement des administrations publiques et des entreprises.

Une amélioration de la demande extérieure adressée à la France est attendue même si la léthargie du marché aéronautique sera un handicap. En 2021, le commerce extérieur devrait contribuer positivement à la croissance, après une contribution très négative en 2020 (-1,5 point de pourcentage). Elle redeviendrait, selon la Banque de France, provisoirement négative en 2022 du fait d’un pic d’importations dans le sillage du rebond de la consommation des ménages, puis à peu près nulle en 2023.

Avec les mesures de confinement décidées mi-mars, la croissance pourrait être nulle voire légèrement négative, sur le premier semestre quand le gain espéré initialement était de 1 à 2 points. La Banque de France fait le pari que l’amplification de la couverture vaccinale favorisera la reprise au cours du second semestre. Cette année, la croissance devrait se situer entre 4,5 et 5,5 points. La relance américaine devrait compenser les pertes générées par les nouvelles mesures sanitaires, avec une augmentation de la demande extérieure. En 2022, la croissance devrait s’élever à au moins 4 %. Le retour à l’activité de 2019 serait néanmoins légèrement décalé entre la mi 2022 et le début 2023 même si, en la matière, la prudence est de mise. Les très bons résultats du troisième trimestre 2020 ont surpris les observateurs et avaient démontré la résilience des économies, notamment celle de la France. Les économistes de la Banque de France soulignent que la reprise sera facilitée par le maintien du pouvoir d’achat des ménages durant la crise grâce aux différents dispositifs d’aides mis en place par les pouvoirs publics. Ils indiquent dans leur note de conjoncture que la dégradation de l’emploi pourrait être inférieure à celle qui était attendue il y a encore quelques mois. Le taux de chômage pourrait augmenter d’ici la fin de l’année pour atteindre près de 9,5 %, ce qui resterait inférieur au niveau de la crise de 2008/2009. Le taux de chômage repasserait au-dessous de 9 % fin 2022. Les pertes d’emplois ont été relativement contenues en 2020 au regard de la chute du PIB, avec un recul de -1,4 % sur un an fin 2020, soit – 400 000 emplois (au sens des comptes nationaux trimestriels). Pour la Banque de France, l’inflation serait assez volatile en 2021, évoluant entre 0,5 % et 1,5 % en glissement annuel, mais resterait très modérée sur l’ensemble de notre horizon de projection, autour de 1 %, en moyenne.

Des déficits publics qui resteront élevés très longtemps

Avec le maintien des mesures d’urgence du fait du maintien des restrictions sanitaires et la montée en charge du plan de relance, le déficit devrait dépasser 7 % du PIB en 2021 après -8 % en 2020. Le rapport de Jean Arthuis, Président de la commission sur l’avenir des finances publiques, prévoit un déficit public qui restera supérieur à 3 % du PIB jusqu’en 2030. Pour la Banque de France, le ratio de dette continuerait à augmenter après le niveau élevé atteint en 2020 (113 % du PIB) de 2021 à 2023 malgré la croissance du PIB. Selon le rapport de Jean Arthuis, il pourrait atteindre, 130 % en 2030.

Un scénario fragile

Le scénario économique des prochains mois reste très dépendant de l’évolution de l’épidémie qui semble connaître une troisième vague, pour le moment centrée sur l’Europe. Une course de vitesse s’engage entre la vaccination et le virus. Les goulots de production des vaccins et les doutes sur leur efficacité seront des sujets clefs de ces prochaines semaines. Pour obtenir de réels résultats, le taux de couverture de la vaccination doit atteindre au moins 60 % de la population active. Compte tenu des livraisons, en Europe, ces taux ne seront atteints, toute chose étant égale par ailleurs, qu’à la fin de l’été, ce qui pourrait peser sur la saison touristique.

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