France : une reprise certaine, mais incomplète

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LE POINT ECO – À partir des réponses des chefs d’entreprise interrogés fin mai, la Banque de France constate une réelle reprise de l’activité au mois dernier, en particulier dans les secteurs qui avaient été les plus pénalisés par le confinement.

Le rattrapage apparaît plus rapide dans l’industrie et le bâtiment que dans les services. Au sein de ce dernier secteur, plusieurs activités comme l’hébergement et la restauration restaient, fin mai, soumises à des restrictions. Par ailleurs, toutes les activités en lien avec le tourisme demeurent encore à l’arrêt. Malgré le rebond, l’activité était à la fin du mois de mai inférieure de 17 % à la normale, contre -27 % sur une semaine type de confinement en avril par rapport au niveau d’avant crise.

Le rebond, secteur par secteur

Les perspectives de la Banque de France sur les prochains mois sont en amélioration, mais demeurent très incertaines. Pour le deuxième trimestre, le recul du PIB pourrait atteindre 15 %. D’autres organismes prévoient même une contraction de 20 %.

Dans l’industrie, les fermetures de site sont devenues marginales et les jours de fermeture exceptionnelle ont fortement diminué, passant de cinq jours en moyenne en avril à un jour en mai. La production enregistre, dans ces conditions, une forte augmentation. Le redémarrage est net pour les secteurs de l’automobile, du caoutchouc-plastique, du textile et des équipements électriques. Le taux d’utilisation des capacités de production repart à la hausse et gagne 13 points, à 61 % en moyenne après 48 % en avril (et 78 % avant la crise). Dans le secteur de l’automobile, ce taux est passé de 10 % en avril à 36 % en mai, dans les biens d’équipement, de 44 % à 63 % et dans le textile et habillement, de 32 % à 52 %. Mais pour le moment, cette augmentation de la production ne permet en aucun cas de compenser la perte intervenue durant les semaines de confinement.

Pour les services, la reprise est tout logiquement marquée pour les transports qui étaient presque à l’arrêt entre mars et mai. Les services à la personne dont les coiffeurs connaissent également une forte hausse de leur activité. Le travail temporaire est tiré, de son côté, par le bâtiment, ainsi que par la réparation automobile.

Le bâtiment reprend de façon très dynamique, particulièrement dans le second œuvre et regagne ainsi une part de l’activité perdue en mars-avril. Il est, en revanche, confronté à une pénurie de main-d’œuvre. Une partie des travailleurs immigrés et des travailleurs détachés sont repartis dans leur pays d’origine et ne sont pas encore revenus.

La trésorerie s’améliore

Selon l’enquête de la Banque de France, les chefs d’entreprise soulignent que grâce aux mesures du Gouvernement, en particulier le Prêt garanti par l’État (PGE) et le report des charges, la trésorerie s’améliore dans l’industrie comme dans les services et revient à un niveau jugé correct. Ce niveau reste toutefois en deçà du niveau d’avant crise.

Pour les prochaines semaines, les chefs d’entreprise envisagent la poursuite de l’amélioration de la situation, mais à un rythme moindre qu’après le confinement. Tous les secteurs s’inscriraient en hausse, notamment l’automobile, les produits informatiques électroniques et optiques et les biens d’équipement. Avec la réduction des restrictions, la restauration devrait connaître la hausse la plus importante. La réparation automobile continuerait d’être dynamique, tout comme les transports et le travail temporaire. Dans le bâtiment, l’activité continuerait de se redresser, mais à un rythme plus modéré qu’au mois de mai.

Les chefs d’entreprise restent néanmoins prudents en faisant état de fortes incertitudes sur l’évolution de la demande au cours des prochains mois. Dans l’industrie, le niveau des carnets de commandes est faible. Les services aux entreprises dépendent fortement de l’évolution de l’activité de leurs clients industriels et craignent notamment des reports d’investissements. En revanche, la situation des carnets dans le bâtiment serait plus favorable.

La Banque de France estime que la perte d’activité par rapport à la période de l’année dernière devrait être, en juin, de 12 %. Le retour à la normale devrait intervenir en septembre ou en fin d’année en fonction de l’activité touristique et de la réduction des contraintes sanitaires.

Philippe Crevel

Lent retour à la normale

La reprise prend forme. Elle est un peu plus lente en France que chez nos partenaires, car le confinement y a été brutal et important. De nombreuses entreprises ont encore des problèmes d’approvisionnement. Du fait de problèmes de facturation, certaines sont à la peine pour reconstituer leurs stocks. Les prochaines semaines seront clefs pour mesurer l’importance du rebond. Ce dernier suppose également le maintien d’un fort niveau de consommation. Pour le moment, les Français sont au rendez-vous, même si un essoufflement semble se dessiner depuis le début du mois de juin. Les consommateurs ont, lors des deux dernières semaines de mai, réalisé des achats reportés à cause du confinement (textile en particulier) et des achats conséquence de ce dernier (vélos, articles de sport). Dans les prochains jours, la préparation des vacances d’été devrait entraîner un surcroît de dépenses. En temps normal, celle-ci s’effectue du mois de mars au mois de juin. Les réservations seront, cette année, effectuées sur quatre semaines. Les locations saisonnières, les petites structures devraient être privilégiées au détriment des hôtels. Ces derniers devront mettre en avant les mesures mises en avant pour réduire le risque sanitaire. La reprise économique suppose un retour plus important des salariés au sein de leur entreprise. Ce retour est freiné tant par les consignes sanitaires que par l’absence de cours pour un grand nombre d’élèves.

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