La France, un rebond manifeste

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En temps ordinaire, les erreurs de prévision de croissance sont légion ; en période exceptionnelle comme celle que nous vivons, elles entrent dans l’art de la divination. Elles sont des indicateurs de tendance en temps réel qui n’engagent que ceux ou celles qui les écoutent.

Dans sa dernière livraison du mois de juin, l’INSEE confirme que l’économie française, à la sortie du 3confinement, est bien orientée avec une croissance qui pourrait atteindre 6 % quand le gouvernement table sur 5 %. En ce début d’été, l’économie française évoluerait à 2,2 points en dessous de son niveau de fin 2019. Selon l’institut statistique, l’économie française devrait retrouver son niveau d’avant-crise à la fin de l’année, soit un peu plus vite qu’anticipé par Bercy, sous réserve que la progression du variant Delta n’entraîne pas la résurgence de contraintes sanitaires sévères à la rentrée. Compte tenu de la diffusion de la vaccination, les effets d’une quatrième vague seraient néanmoins plus faibles que précédemment. Selon l’INSEE, qui n’a pas revu ses prévisions pour les mois de mai et juin, le PIB français devrait ainsi progresser de 0,7 % au deuxième trimestre, puis de 3,4 % et de 0,7 % au cours des deux suivants, essentiellement alimenté par la consommation des ménages.

Une envolée de la consommation

Depuis la levée des contraintes, la consommation connaît un essor très marqué. Les dépenses en habillement, en équipement de la maison, en restaurants, en hôtels, se situent au-dessus de la moyenne d’avant-crise. Le rebond de la consommation est supérieur à 10 % après le déconfinement. Ce dernier est facilité par l’importance de la cagnotte covid, plus de 100 milliards d’euros et par le maintien du pouvoir d’achat des ménages depuis le début de la crise. Après une hausse de 0,4 point en 2021, il devrait progresser, selon l’INSEE, de 1,8 % en 2021 tout en tenant compte d’une inflation qui devrait se situer autour de 1,5 %. Le taux d’épargne qui a dépassé 20 % au premier trimestre devrait retrouver son niveau d’avant-crise autour de 15,6 % du revenu disponible brut.

Un investissement soutenu

Les entreprises devraient augmenter leurs dépenses d’investissement qui pourraient ainsi dépasser leur niveau d’avant-crise de 1 %. Les ménages feraient de même en matière d’investissement en restant assez actifs sur le front de l’immobilier.

La situation des différents secteurs productifs demeure contrastée

En juin 2021, le secteur de l’informatique et des télécommunications aurait un niveau, supérieur de 7 % à celui du quatrième trimestre 2019. Il bénéficie des effets du recours généralisé au télétravail et plus généralement de l’essor du numérique accéléré par la crise. Les activités de chimie et pharmacie sont +2,8 % supérieures à leur niveau de la fin 2019, portées par les besoins en santé. Les services financiers et ceux centrés sur l’immobilier ont également renoué avec leur niveau d’avant crise. Plusieurs secteurs ont également réussi à se rétablir après avoir lourdement chuté lors du premier confinement. La construction totaliserait des pertes de l’ordre de 9 % par rapport au niveau d’avant-crise, quand elles s’élevaient à plus de 60 % en avril 2020). Le commerce de gros et de détail aurait presque rattrapé son niveau du quatrième trimestre 2019 quand il avait chuté de plus de 33 % en avril 2020. D’autres secteurs fortement exposés au tourisme international sont loin d’avoir retrouvé leur niveau d’avant-crise. L’hébergement en juin évoluait à 26 % en dessous de son activité de 2019, la culture à -22 % et la restauration à -13 %. La production de matériel de transport aéronautique demeure en net retrait,          -28 % en juin 2021 par rapport à 2019 tout comme le transport aérien (-27 %). 85 % de la perte de valeur ajoutée en juin 2021 par rapport à 2019 s’explique par ces secteurs à dominante touristique.

Un commerce extérieur fragilisé

Sur le terrain du commerce extérieur, la France est pénalisée par sa spécialisation aéronautique. Le secteur de l’automobile peine également à retrouver ses capacités de production et d’exportation. Les échanges extérieurs devraient avoir une contribution légèrement négative sur le PIB de la France. La reprise de la consommation des ménages entraîne une augmentation des importations. 

Pas de vague de chômage en vue

Au premier trimestre 2021, l’emploi salarié, malgré le confinement et la contraction du PIB de 0,4 point, a augmenté tout en restant au-dessous de son niveau de 2019. Le nombre de créations d’emploi a été de 86 000 sur les trois premiers mois de l’année. En 2020, 296 000 destructions d’emploi avaient été enregistrées. Fin mars 2021, l’emploi salarié demeurait ainsi inférieur de 210 000 à son niveau d’avant-crise. L’INSEE prévoit 101 000 créations nettes d’emplois au deuxième trimestre. Ce processus devrait se poursuivre aux troisième et quatrième trimestres 2021, mais de manière moins rapide (134 000 sur le semestre). En 2020, l’emploi non salarié aurait mieux que résisté à la crise sanitaire, augmentant de 30 000, de nouveau tiré par les micro-entrepreneurs. Près d’un million de créations d’entreprises ont été enregistrées l’année dernière, constituant un record. Pour l’ensemble de cette année, l’emploi total (salarié et non-salarié) augmenterait de 281 000 pour retrouver son niveau d’avant-crise à la fin 2021. Le taux de chômage resterait dans ces conditions stables sur l’ensemble de l’année.

Au-delà de la bouffée de croissance post-confinement, l’heure de vérité de l’économie française se situera en 2022. Sera-t-elle capable de changer de trajectoire en renouant avec une croissance plus élevée à celle qu’elle connaissait avant crise ou retrouvera-t-elle sa croissance potentielle qui avoisine 1 %, croissance qui demeure insuffisante pour financer de manière équilibrée les dépenses publiques ? Le maintien d’un fort investissement et une meilleure spécialisation de l’appareil productif sont les conditions sine qua non d’une sortie de crise réussie.

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