Les directions Achats, futurs piliers des démarches responsables en entreprises ?

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« Consommer moins » et « consommer mieux » : ce sont les messages qui prennent actuellement une place grandissante tant dans le débat public que dans les échanges professionnels et personnels. Ce mantra, appuyé par nombre de gouvernements, d’ONG ou de particuliers, trouve sa réalité dans le développement d’initiatives citoyennes engagées. Réduction de l’empreinte carbone, développement du recyclage et du réemploi, recherche de circuits courts, protection des ressources naturelles… autant de sujets qui font consensus, mais peinent encore pour certaines à trouver toute leur place dans les stratégies opérationnelles des entreprises au quotidien, au-delà de l’aspect conformité réglementaire imposée par les pouvoirs publics.

Est-il possible de mettre les achats durables & responsables au cœur des nouveaux paradigmes des Directions Achats/Sourcing ? Bien sûr ! Mais il faut pour cela appréhender cette révolution dans sa globalité et sur une temporalité différente de la grille de lecture historique des acheteurs.

Sortir d’une logique uniquement centrée sur le coût d’achat

Les politiques RSE ont beau poser les bases d’une économie plus responsable en matière d’approvisionnement et de référencement des fournisseurs, les Directions Achats des entreprises restent encore principalement focalisées sur les économies directes et cette volonté d’acheter le moins cher possible. Or créer de la valeur ne signifie pas seulement gonfler l’EBITDA « earnings before interest, taxes, depreciation, and amortization » à court terme. Il s’agit surtout de prendre de la hauteur et de s’inscrire dans une approche globale du coût du produit, en amenant la réflexion au-delà du coût d’achat pour y inclure également sa valeur de transformation et son recyclage. Dans cette démarche, acheter mieux n’est pas forcément synonyme d’acheter plus cher, car les économies s’envisagent dans la valorisation globale et de long terme du produit.

Certaines entreprises mettent d’ores et déjà en place, en parallèle de leur économie traditionnelle, des filières de seconde main ou de recyclage. Reprendre les produits usagés, c’est aussi se créer de nouvelles opportunités d’approvisionnement : plutôt que d’acheter 100 % de matière première neuve, on inclut plus de matière recyclée et on limite les dépendances aux fournisseurs. En outre, ces démarches ont un impact positif non négligeable sur la fidélisation des clients et l’image de marque.

Tous les achats ne se valent pas

Dans la pratique, pour s’inscrire dans une consommation raisonnée qui ne se concentre pas uniquement sur le coût unitaire, il faut appréhender les catégories d’achat de manière différenciée. Les achats se distinguent notamment en fonction de leur impact : des catégories ultra-stratégiques qui présentent un réel avantage compétitif pour l’entreprise, sa capacité à rencontrer la promesse client, face aux achats de commodité, comme les cartouches d’encre ou les produits d’hygiène. C’est à partir de cette catégorisation que l’entreprise va appliquer des stratégies d’achat différenciantes. Elle peut par exemple décider que pour une catégorie en particulier, la priorité est donnée à la proximité du fournisseur, pour réduire l’empreinte carbone liée au transport. Pour telle autre catégorie, seuls des fournisseurs ayant un niveau de risques faibles ou une empreinte écologique vertueuse vont être retenus… La Direction des Achats définit les règles, en adéquation avec la stratégie écoparticipative de l’entreprise, ou sous impact société positif.

Les entreprises peuvent aussi décider de déléguer certains achats non stratégiques et substituables à des tiers de confiance. Les intermédiaires comme la marketplace Manutan en France, en référençant de très nombreux produits et marques, offrent une garantie d’achat au prix le plus juste en fonction des caractéristiques choisies, y compris des critères éthiques.

La technologie pour booster la durabilité

Si l’achat responsable ne semble présenter que des avantages, pourquoi n’est-il pas plus largement répandu au sein des entreprises ? Tout simplement, car il représente un coût, celui du changement. Il nécessite de remodeler les relations clients-fournisseurs et d’entraîner toute la filière dans cette ce nouveau paradigme, depuis l’achat jusqu’à la valorisation du produit. Alors que la crise de Covid-19 a mis en lumière le manque de réactivité de certaines entreprises trop peu digitalisées, cette transformation de fond est plus que jamais nécessaire.

C’est là qu’interviennent les outils digitaux qui vont permettre de traduire la volonté stratégique en réalité opérationnelle. Toute entreprise se doit de tracer, uniformiser et piloter ses relations avec ses fournisseurs. Des solutions digitales existent pour centraliser les besoins et les actions, et s’interfacent avec des solutions externes comme Amazon Business, pour les achats de commodité par exemple. En unifiant les achats, elles rendent possible l’application d’une véritable stratégie d’approvisionnement. Elles participent à l’avènement de nouvelles pratiques, plus efficaces et durables, et permettent également de renforcer la collaboration de tous les acteurs d’une filière (fournisseurs, partenaires, etc.) et/ou d’un consortium.

Optimiser les dépenses ne signifie pas juste optimiser les gains à l’achat, mais bien dépenser moins, mieux et autrement. Sortons de cette démarche de négociation presque exclusivement basée sur le coût d’achat pour étendre l’horizon des possibles dans une vraie logique de relation durable. Privilégions la co-innovation, la co-construction de valeur ajoutée et le développement de partenariats solidaires. Les Directions Achats sont les premiers maillons de cette chaîne de valeur. Assistées par des solutions digitales agiles et collaboratives, elles se doivent de changer en profondeur leurs process pour s’inscrire comme chefs de file de cette transformation d’aujourd’hui, et de celles à venir ! 


Franck Lheureux, Ivalua

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