L’incertitude vécue par les entrepreneurs

Crédits : Can Stock Photo / stryjek

En affichant une stratégie, on fabrique plus facilement la réussite qu’en se laissant porter par la providence : dans le monde rationnel de l’entreprise, cette croyance est bien ancrée. Las ! L’incertitude est pour de nombreux dirigeants l’épée de Damoclès. Et si elle était la clef de voûte du développement ?

Lorsqu’elle crée sa marque CH, Catherine Hurand n’imagine pas à quel point elle va devoir gérer les aléas de son activité de design tournée vers l’international. « Une usine de fabrication qui met la clef sous la porte, un nouveau concurrent sur le marché européen, une technologie qui menace mon savoir-faire, je suis sur le qui-vive et je me rends compte que le seul moyen d’avoir une stratégie est de ne pas en avoir ! » Elle préférerait se consacrer à ses objets de décoration en verre « Dans une petite structure, on doit être au four et au moulin pour anticiper et gérer les risques, idéalement j’aimerais embaucher un analyste des, mais je n’en ai pas encore les moyens ». Abonnée à une lettre d’information économique, elle se contente de « faire la vigie » et de se transformer parfois en « investigatrice » pour prévenir un « accident de parcours ».

Réduire les incertitudes

Ancien journaliste économique, Bruno s’est reconverti en conseil en veille concurrentielle. Le lundi matin, il envoie des notes par mail à des dirigeants qui se disent assommés par la lecture de la presse du week-end. « Mes clients passent leur temps à vouloir réduire les incertitudes, ils sont une vision très cartésienne des choses, formés aux projets stratégiques, mais ils ont l’impression que tout part en fumée à l’aune de la mondialisation ». C’est l’avis de Jean-Remy Cauquil président d’EDULIS : « les ruptures technologiques, si l’on n’est pas leader, on peut être un suiveur heureux : on essaie d’anticiper, on s’adapte. Les fluctuations de cours, de taux, les risques pays : on s’assure, on gère au mieux. Les difficultés industrielles ou commerciales : on les surmonte, on gagne en expérience, constate ce militant du financement alternatif des TPE et PME. Mais les désordres mondiaux créés par des populistes, des législateurs incontinents et des administrations pléthoriques, hors de toute responsabilité, c’est vraiment le cœur du problème pour les entrepreneurs ».

Nous réadapter sans cesse

Directeur de CIRA, Jean-Patrick Ogna vient d’apprendre qu’une réglementation européenne impacte son activité. « Le monde bouge de plus en plus vite, la stratégie posée sur le papier hier ne fonctionne plus aujourd’hui et encore moins demain, nous sommes dans un monde où nous devons nous réadapter sans cesse ». Philosophe comme pour mieux se rassurer, il précise : « Nous avons de la chance… s’adapter est le propre de l’homme ». Pour Yannick Gavelle, il ne faut pas exagérer le caractère anxiogène de l’environnement « Le monde d’aujourd’hui est comme le monde d’hier, un chef d’entreprise doit toujours anticiper, inventer, se retourner, gérer ou encore innover pour survivre ». Co-fondateur du groupe Hôtels et Préférence, il mise sur la technologie et se dote des meilleurs outils pour faire face à la concurrence et toujours être à la pointe.

L’humain et la flexibilité

Emmanuelle Bessez écrivait des plans d’action pour des entreprises afin de leur permettre d’atteindre leurs objectifs de notoriété, d’image et de performance commerciale sur le marché français. « Mon métier a furieusement évolué, il y a 10 ans, les mentalités ont été bouleversées par la violence de la crise. Elle nous a rappelé que la météo n’a rien à envier à la finance, c’est-à-dire que le business n’est pas plus prévisible qu’un tsunami. On a vécu l’effondrement surréaliste d’un carnet de commandes en quelques jours, par l’effet papillon mondial dont on comprend soudainement tout le sens ». Elle reconnaît qu’elle s’est sentie « victime » du comportement de ses clients, prospects et partenaires, qui a répondu à des fonctionnements jugés « archaïques » : le repli commercial en réponse à un mécanisme de survie.

Mes préconisations sont devenues court-termistes dans les projections et mon approche est focalisée sur l’humain et la flexibilité, tournant le dos à une école historique du rationnel et du calcul

« Finalement, la crise est une épreuve pour nous tous dans le monde des affaires, qui nous rappelle la loi dure, mais pourtant simple, de la vie. Un accident arrive sans prévenir, et la faculté d’adaptation est la première qualité de tout dirigeant : l’aurait-on oublié ? » Et d’avouer qu’elle a dû amorcer un virage dans sa pratique. « Mes préconisations sont devenues court-termistes dans les projections et mon approche est focalisée sur l’humain et la flexibilité, tournant le dos à une école historique du rationnel et du calcul ». 

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