Mon entreprise, sa raison d’être et moi

Avec la loi Pacte qui a imposé une réflexion des entreprises sur leur responsabilité sociétale, la notion de « raison d’être » est devenue à la mode, des grands groupes aux PME. Un faux débat ? Si mon entreprise existe, il y a bien une raison à cela ! Ce n’est pas si simple, mais c’est une très bonne chose que le sujet ait émergé…

Pierre Minodier, président national du CJD

La raison d’être, c’est ce qui définit fondamentalement et précisément une entreprise : « l’entreprise est cela et pas autrement », « elle fait cela et pas autre chose ». Ce n’est ni un slogan ni une promesse fortuite, mais la raison pour laquelle mon entreprise est et est unique. Et par effet miroir, elle définit ce qu’il manquerait au monde si l’entreprise n’existait pas.

Un maillon d’un écosystème

On ne la définit pas sur un claquement de doigts. Pour être opératoire, elle doit être le fruit d’un travail de maturation collectif, qui associe dirigeants, salariés et parties prenantes externes. C’est un objet sensible qui tient en une ou quelques phrases dont chaque mot pèse lourd.

A priori, sans y réfléchir, un bijoutier estimera que la raison d’être de sa boutique est de vendre des bijoux et un charpentier de construire des charpentes. Mais qu’est-ce qui les fait se lever le matin ? Qu’est-ce qui fait sens pour eux ? Qu’est-ce qui fait que les clients viennent les voir eux et pas un autre ? En vendant une bague à un jeune couple, le bijoutier ne participe-t-il pas à la promesse de leur amour ? En utilisant du bois local, le charpentier n’investit-il pas dans l’économie et l’écologie de son territoire ?

La raison d’être est un véritable trésor pour la performance de l’entreprise. En comprenant ce qui fait son unicité, l’entreprise se dote d’une aide à la décision – qu’il s’agisse de décisions stratégiques ou de décisions du quotidien — pour creuser son sillon : la raison d’être est un guide, une colonne vertébrale.

En intégrant les salariés et les parties prenantes externes à sa réflexion, l’entreprise s’oblige aussi à repenser la place des salariés dans l’organisation et se voit comme un maillon d’un écosystème partenarial. Cela l’amène, de facto, à adopter des pratiques plus collaboratives et participatives.

L’entreprise a besoin de liberté

La raison d’être est ainsi à la fois le moyen d’aller plus loin dans la mission qu’une entreprise s’est donnée parce que, conscientisée, elle sait littéralement « qui elle est » et « où elle va » et le moyen de faire différemment, c’est-à-dire, probablement mieux.

Lorsqu’il s’est agi, avec la loi Pacte, de « forcer » les entreprises à reconnaître qu’elles ont une mission, une responsabilité sociétale et une raison d’être, et que celles-ci pouvaient être inscrites et dans la loi et dans les statuts des entreprises, on a beaucoup entendu que les entrepreneurs y étaient opposés. Parce que les entrepreneurs détestent les carcans, parce que ce n’est pas à l’Etat de savoir ce qui est bon pour leurs entreprises et parce que l’économie a besoin de liberté. Certes. Mais il est faux de penser que les entrepreneurs ne sont pas volontaires.

Un entrepreneur est un citoyen responsable. Pourquoi souhaiterait-il que son entreprise soit irresponsable ? Au contraire, chacun cherche à exprimer son éthique personnelle au travers de ses actes, et notamment de sa vie professionnelle.

Je pense fondamentalement que l’entreprise a besoin de liberté, mais que, lorsque l’Etat apporte un cadre qui donne aux entrepreneurs les moyens de rendre leur entreprise plus responsable et qui valorise les entreprises responsables, alors il est dans le vrai.

En 2018, le CJD a sondé ses membres : 56 % avaient déjà défini leur raison d’être et leur objet social, 31 % avaient l’intention de le faire rapidement et 78 % étaient favorables à leur inscription dans les statuts de l’entreprise.

Je le redis : les entrepreneurs sont prêts.

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