Ouvrir sa boulangerie en plein confinement : Adèle l’a fait !

Adèle Fasquelle

C’est l’histoire d’Adèle Fasquelle qui, en pleine crise sanitaire, a redonné vie à une boulangerie-pâtisserie d’une petite commune du Bas-Rhin. Âgée seulement de 25 ans, l’entrepreneure venue du Sud a fait de son « affaire » the place to be.

Quel prénom donner au pain au levain ? « Comme un bébé à choyer, à nourrir tous les jours avec une attention particulière à la température de l’eau et à l’humidité, c’est un rituel que de baptiser le pain ». En regardant la file d’attente dehors par moins 3 degrés, Adèle Fasquelle ne boude pas son plaisir. « Ce n’est pas un nouveau téléphone qui sort quand même » plaisante-t-elle. Après 14 mois terribles, de hauts et de bas — « des montagnes russes émotionnelles », le 21 novembre dernier, elle a pu ouvrir sa boulangerie-pâtisserie en plein reconfinement. « La boulangerie ouvre enfin », avait-elle écrit sur une ardoise.

Tout a commencé un jour de septembre 2019

En traversant la petite commune de Durstel, elle aperçoit une fois de plus cette boulangerie fermée. « Les congés annuels, cela ferait un peu long » se dit-elle. La nouvelle habitante se renseigne et finit par joindre le propriétaire. En rentrant, elle annonce à son conjoint, Alex, interloqué : « On achète une boulangerie ». Vivre au futur immédiat, c’est ainsi que cette descendante d’une lignée d’artisans conjugue la vie. Lorsqu’elle passe son CAP en pâtisserie, le directeur du CFA lui conseille d’aller vite : « Tu vas t’ennuyer, fais-le en un an ». Après avoir quitté la Côte d’Azur pour l’Alsace, l’envie d’avoir sa « petite affaire » la démange du matin au soir. Elle commence par apprendre que cette boulangerie à l’abandon avait été tenue par un couple vivant au-dessus de ses moyens, plus soucieux de se disputer que de satisfaire la clientèle et que l’enseigne était fermée le dimanche. Pour réaliser son rêve, la jeune femme pressée bataille dur.

Dans un premier temps, elle imagine faire le pain elle-même, mais lorsque le concurrent direct à quelques encablures décide de fermer, elle réalise que la zone de chalandise va s’agrandir et qu’il va être difficile de répondre à la demande. Quelle demande ? Adèle décide d’en savoir plus.

Elle réalise une étude de marché tout terrain, en allant voir directement les clients potentiels. « En cognant aux portes, devant leurs regards inquiets, je disais aux habitants : je ne vends rien ». Elle les sonde sur leurs goûts, leurs gourmandises cachées, leurs demandes en termes de prix, les possibles améliorations en termes de service… Elle finit par rencontrer une vingtaine de familles en deux jours avec le plus souvent du café offert et de vrais moments de convivialité. L’accueil de la population lui donne du baume au cœur « Comme je ne connaissais personne en Alsace, ce fut l’occasion de se faire des contacts et constituer un solide réseau ». Les habitants se réjouissent de voir une jeune fille susceptible de donner un coup de jeune à la commune. Mais le plus difficile reste à faire.

Il lui faut alors « suivre le parcours du combattant ». Convaincre les banques et surmonter le refus net de la première. Ce « Je veux monter une boulangerie » suivi d’un silence pesant au-dessus d’un impressionnant tableau de chiffres. « Il faut faire un business plan ! » « C’est quoi ? » « J’avais la foi, mais j’étais perdue ». L’expert-comptable va tout lui expliquer. Ensemble, ils établissent un prévisionnel pour deux ans et montent un dossier « béton » où elle intègre son étude de marché. L’intervention d’un acteur local de premier plan pèse dans la balance. La maison Foricher, forte de ses sept générations de meuniers, soutient son projet de boulangerie-pâtisserie qui conjugue modernité et tradition. Ces producteurs de farine de blé raisonné sans additifs sont dans l’air du temps. Le deuxième banquier n’y est pas insensible. Un cercle vertueux se met en place. Un prêt d’honneur de 10.000 euros lui est accordé par le réseau associatif Initiative France — pays de Saverne. La société de caution mutuelle, la SIAGI lui octroie un crédit dans le cadre de la crise sanitaire avec garantie des crédits de trésorerie. Quant au Crédit Agricole, il accepte de la financer alors que le dossier n’est pas encore bien ficelé. Le directeur régional de la banque a l’habitude de déjeuner dans le fameux restaurant où travaille son conjoint. Ils ont sympathisé. « Une aventure entrepreneuriale, ce sont aussi des petits trucs, des relations, des coups de chance »

Honneur au local

Adèle choisit le statut de SASU pour sa société. Bénéficiant d’aides de pôle emploi, elle décide de ne pas se payer pendant deux ans. Ses journées commencent à 3 heures pour se terminer à 19 heures. Son commerce est devenu un lieu de vie très prisé en cette période de distanciation sociale. « En faisant la queue, ils parlent souvent en alsacien, je ne comprends rien, mais je sens que ça fait sortir les gens de chez eux ». Ses gros pains avec farine pure et blé ancien ont du succès. « Comme il y a cinquante ans, je leur vends des tranches ou des tartines au poids ». Elle propose des produits de la région comme le miel, le lait de ferme et même du safran local. La touche de fantaisie est apportée par la créativité d’Adèle. Les clients lui demandent de plus en plus des dessins ou des sculptures comme cette habituée venue lui demander des dragons en feuilles de cannabis ! « Les programmes de télévision sur les chefs pâtissiers et toutes les vidéos circulant sur les réseaux sociaux pendant le confinement ont provoqué un regain d’intérêt ». Adèle dit avoir cru à sa bonne étoile. Mais son opiniâtreté — confie-t-elle — elle le doit à ses parents, une mère gérante de salon de coiffure et un père, Pierre Fasquelle, coach et formateur, adepte du bien-être dans l’entrepreneuriat.

En attendant l’ouverture d’un « salon de thé post Covid », Adèle a apporté une bouffée d’oxygène à Durstel. Le maire ne s’avise plus de dire « C’est trop bien et un peu trop cher » depuis qu’Adèle lui a rétorqué : « Les paysans ont droit a la qualité et tous les habitants doivent pouvoir se faire plaisir ».

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