Quand la vocation du salarié rejoint celle de l’entreprise

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Une entreprise propose aujourd’hui plus qu’un job : un job et une vocation. Comment est-ce vécu par les salariés ? Pour quel bénéfice humain ?

Au-dessus des rayons de disques, Frédéric répond à des clients toujours plus nombreux à l’approche de Noël. Vendeur depuis longtemps, il a connu le slogan « FNAC, agitateur culturel ». Il espère que le rapprochement avec Darty va laisser perdurer cette vocation dans laquelle il se reconnaît. « J’aurais pu vendre n’importe quoi, mais me sentir acteur d’une démocratisation de la culture m’a vraiment motivé ».

Engagée pour la planète

Comme lui, ils sont nombreux à vouloir donner un sens à leur travail quotidien. Après des études économiques qui la destinaient à des responsabilités, Anida Bucila a travaillé pour un trust pharmaceutique japonais avant d’intégrer l’équipementier Valéo. « Rapporter de l’argent à l’entreprise, c’était l’objectif, mais j’avais de moins en mois de motivation, sinon faire carrière et mesurer l’évolution de mes rémunérations, il me fallait quelque chose de plus ». Lorsque Stéphane Ledentu lui a proposé d’intégrer SLB, une PME familiale, cette trentenaire n’a pas hésité à franchir le pas. Fini l’anonymat dans un grand groupe, elle découvre l’activité dite « éconologique »: participer au sauvetage des forêts primaires au Brésil en incitant à investir dans les forêts d’eucalyptus. « Un engagement pour la planète tout en gagnant correctement ma vie, cette perspective m’a emballé ».

Vocation incarnée

Dans les cabinets de recrutement, on observe une tendance très forte. Chez les jeunes diplômés, il y a 15 ans, ce n’était pas une préoccupation première, mais aujourd’hui la tendance est à la recherche de sens. On veut bien s’investir à fond, mais pour une entreprise dont on sait qu’au-delà du chiffre d’affaires, elle participe au bien-être collectif’ souligne Victor Albert, consultant en ressources humaines chez Bienfait-et-Associés. Si elles veulent attirer de jeunes talents, les entreprises doivent de plus en plus intégrer une notion qui tient en trois lettres : RSE. Souvent la question posée est : « comment est-elle en termes de RSE ? » 

La vocation doit être incarnée, non par des PowerPoint auxquels on ne croit plus, mais par des exemples concrets et répétés, les salariés ne sont pas dupes, il leur faut des effets de preuve.

Ce critère n’épargne pas les profils grandes écoles de commerce qui parlent autant de rémunération que du sens qu’ils veulent pouvoir donner à leurs journées. « Gare aux entreprises qui se contentent de faire du green washing, vite repérées ». Pour Hortense Desvilles, directrice des ressources humaines d’Eudonet, rien ne serait pire que d’afficher une vocation sans rien derrière. « La vocation doit être incarnée, non par des PowerPoint auxquels on ne croit plus, mais par des exemples concrets et répétés, les salariés ne sont pas dupes, il leur faut des effets de preuve ».

Responsabilisation

Ancien colonel à la Brigade de Sapeurs-Pompiers de Paris (BSPP Hervé Carresse a rejoint   comme directeur associé le cabinet de conseil en gestion de crise, Nitidis. « Nos valeurs sont plus vécues qu’affichées ». D’ailleurs, la formule du cabinet est He [Hélium] gaz rare, « H » pour humain, « e » pour émotion. Le modèle managérial repose sur le « partage », le et « l’émancipation des partenaires et des associés ». Sans doute imprégné des valeurs collectives des pompiers, Hervé parle d’une « task force » agissant avec agilité, réactivité et efficacité où la « responsabilisation » est le maître mot.

Habeas corpus

Lorsqu’en 2009, Laure Wagner est devenue la première salariée de Blablacar, elle a très vite réalisé qu’une entreprise à vocation – celle de mettre en relation des millions de personnes pour partager les frais de route ! – doit veiller à bien formaliser ce qui fait sa singularité.  Un travail collaboratif a été mené pour bien définir ‘la culture d’entreprise’ et les valeurs de cette startup très « hype » du covoiturage, certes fondée par des entrepreneurs humanistes, mais qui attirait les investisseurs comme des vautours. « Le succès est dangereux, car il attire des personnes qui ne viennent que pour la perspective d’argent. Or, notre vocation sociétale, la mobilité partagée pour réduire la pollution était notre ADN. Quand il a fallu procéder à une levée de fond en 2014, c’est cet habeas corpus que nous avons mis en avant auprès de nos partenaires financiers », souligne celle qui est devenue la porte-parole d’une entreprise qui compte 65 millions de membres dans le monde et 15 millions en France. Avec le recul, elle affirme que « les valeurs et la mission permettent de tenir le cap, c’est une force décisive qui permet de faire face à toutes les difficultés, ça soude tout le monde ».

Aide aux réfugiés

Après avoir offert une heure de son temps à des Syriens désireux de monter une entreprise, Emilie Perruchot a estimé que c’était elle qui avait le plus gagné dans cette mission. Qu’est-ce qui pousse le groupe d’assurances Generali, avec sa fondation The Human Safety Net à proposer à ses collaborateurs d’accompagner et coacher des réfugiés ? « Bien sûr que notre vocation de départ est de protéger en cas de pépins dans la vie, mais au-delà c’est avoir un engagement sociétal. » Une question d’image ? « Notre entreprise n’est pas obligée faire cela, être actif non seulement pour notre client en particulier, mais pour l’autre en général fait partie de notre culture. Nous en tirons une fierté en interne et un enrichissement personnel ».

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