Soutenons notre économie, soutenons les cafés-restaurants !

© Can Stock Photo / Leaf

Jour après jour, le confinement asphyxie les restaurateurs et cafetiers. Pour éviter que les centres-villes perdent les deux tiers de leurs enseignes, il est urgent de se mobiliser pour trouver de vraies solutions.

Devant leurs rideaux une nouvelle fois baissés, les restaurateurs ont de quoi se faire des cheveux blancs. Aux côtés de l’industrie culturelle, qui a subi elle aussi la fermeture douloureuse de ses théâtres, cinémas et autres lieux de vie essentiels à notre culture, les cafés-restaurants sont les premiers touchés par la crise sanitaire et ses retombées économiques. En septembre dernier, avant même le début du « reconfinement », la plupart des acteurs de la restauration traditionnelle avaient vu leur chiffre d’affaires chuter de 50 % ! Faut-il rappeler que nos cafés-restaurants emploient plus de 750 000 salariés, avec une proportion importante de CDD, de contrats en apprentissage et d’emplois saisonniers essentiels à tant de jeunes ? Le président de la République Emmanuel Macron l’avait reconnu il y a quelques semaines : « pas facile d’avoir 20 ans en 2020 ». D’autant plus quand on travaille dans ce secteur sacrifié de la restauration.

La majorité des cafés-restaurants ont réussi tant bien que mal à survivre au premier confinement. Mais réussiront-ils à garder la tête hors de l’eau jusqu’à la fin de la crise, une fin dont on ne connaît pas encore la date ? La réponse sera trop souvent négative, avec des trésoreries en berne qui vont déboucher sur des dépôts de bilan en masse dans les mois à venir. D’après une enquête réalisée au début du second confinement par les quatre organisations professionnelles représentatives du secteur (le GNC, le GNI, l’UMIH et le SNRTC), la crise du coronavirus pourrait entraîner la fermeture de 2 établissements sur 3 dans le secteur de l’hôtellerie-restauration. A l’impact économique s’ajoute l’impact psychologique. Est-il nécessaire de rappeler que deux restaurateurs ont mis fin à leurs jours en mai dernier ? La crise économique est rude. Battons-nous pour empêcher les drames humains.

Des acteurs engagés à la recherche de solutions

Cette situation est d’autant plus injuste que ces établissements et leur personnel font des efforts colossaux pour s’adapter systématiquement et trouver des solutions durables face à cette période extrêmement difficile.

A la sortie du premier confinement, ils ont ainsi mis en place toutes les mesures nécessaires pour garantir la sécurité sanitaire de leurs clients : espacement des tables pour respecter les distanciations sociales, obligation du port du masque… Des mesures qui ont pesé lourdement sur leur trésorerie en raison d’une capacité d’accueil réduite conjuguée à des dépenses supplémentaires : gels, masques et produits nettoyants notamment. Face aux fermetures successives de leurs établissements, ils ont également su rebondir pour trouver et développer de nouvelles méthodes de vente, dont la livraison à domicile ou encore le fameux « Click & Collect ».

Cédric Teissier et Arthur de Catheu

Enfin, alors que le gouvernement en demande toujours plus à ces professionnels, il est nécessaire de rappeler que ceux-ci font partie des acteurs les plus engagés et solidaires aux côtés du personnel soignant. Au printemps dernier, nombre de restaurateurs et de grands chefs avaient ainsi multiplié les initiatives de livraison des repas aux hôpitaux, par exemple.

Une urgence : les aider

Certes, les restaurateurs et cafetiers ont reçu des aides de l’Etat pour faire face à la crise, mais beaucoup d’entre elles ne règlent aucun problème. Les PGE ont constitué une bouée de sauvetage indispensable pour éviter des faillites immédiates, mais ces prêts devront être remboursés dès qu’une reprise s’amorcera. Les PGE saisonniers ont aussi permis d’aider 1 717 établissements pour un montant de 250 millions d’euros, mais ces sommes devront encore et toujours être remboursées. Même problème pour les reports de charges et de loyers, qui continuent d’assombrir un avenir déjà bouché, malgré les mesures prises par le gouvernement — notamment avec la mise en place d’un crédit d’impôt pour inciter les bailleurs à ne pas exiger les loyers. Beaucoup d’établissements ne pourront pas faire face au règlement de ces sommes si rien d’autre n’est fait.

Pour éviter une vague de faillites, il est indispensable de soutenir réellement nos restaurateurs et nos cafetiers. La première solution serait d’annuler sans restriction les charges salariales et patronales sur l’ensemble de l’année 2020, et de convenir d’une compensation pour les loyers payés par les établissements pendant les deux périodes de confinement. Les restaurateurs et cafetiers non-salariés devraient également pouvoir bénéficier d’une indemnisation du fait qu’ils sont exclus des mesures de chômage partiel : certains d’entre eux vivent actuellement sans aucun revenu et risquent non seulement une faillite professionnelle, mais également personnelle. Des solutions de financement sans endettement supplémentaire doivent également être privilégiées, comme le recours à l’affacturage, qui s’adresse notamment aux traiteurs. Enfin, un accompagnement serait indispensable pour permettre aux indépendants de se placer dans certains cas sous la protection d’un tribunal, de manière à trouver des solutions juridiques lorsque celles-ci sont envisageables.

Vincent Berlingeri, gérant du restaurant Lamartine situé à Tende témoigne : « Notre établissement a été durement frappé à double titre puisque, après la fermeture consécutive au confinement au printemps dernier, nous avons subi de plein fouet la tempête Alex. La réalité est que notre restaurant a dû assurer les repas des secouristes et qu’il a fallu trouver des solutions pour s’approvisionner. Dans ces temps difficiles, nous avons pu compter sur la réactivité de notre fournisseur qui a su s’organiser pour nous livrer via le chemin de fer et nous permet de payer à 60 jours nos achats d’aujourd’hui. »

Soutenir les restaurateurs, les traiteurs, les transformateurs, c’est soutenir notre économie, et bien plus encore. C’est défendre notre art de vivre à la française ; c’est aussi défendre celles et ceux qui ont toujours tant donné pour rendre nos vies plus agréables et conviviales en nous apportant un peu de bonheur.


Cédric Teissier et Arthur de Catheu, cofondateurs de Finexkap

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *