Comment effacer le déficit de croissance lié à la crise sanitaire ?

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Le PIB de la France est censé retrouver son niveau d’avant la crise sanitaire en 2022. Il n’en demeure pas moins que celle-ci laissera des traces importantes sauf en cas de reprise durable de la productivité.

La courbe de la croissance devrait une nouvelle fois s’infléchir en raison d’une destruction d’une partie du capital productif et du sous-emploi. Le manque à gagner en 2024 représenterait près de 5 points de PIB, soit l’équivalent de plus de 120 milliards d’euros. Ce montant est supérieur à l’ensemble des recettes issues de l’impôt sur le revenu (75 milliards d’euros). Cette prévision a été établie en prenant une croissance potentielle de 1 % à partir de 2023 avec la crise contre 1,5 % sans la crise de la Covid 19.

Source : Cercle de l’Épargne – Natixis – Banque de France (taux de croissance pour 2020 et 2021 prévisions INSEE, de 2022 à 2024, taux de croissance potentiel).

Si elle n’est pas rapidement enrayée, la baisse de l’investissement des entreprises pèsera lourdement sur la suite de l’expansion du PIB. Entre 2009 et 2019, le déficit était déjà important en la matière avec une progression deux fois plus faible par rapport aux décennies précédentes.

Une moindre croissance a obligatoirement des incidences sur les revenus des différents acteurs économiques. Jusqu’à maintenant, l’État a pris à sa charge la perte de PIB subie en 2020. Il devrait faire de même en 2021. L’accroissement du déficit public qui devrait atteindre plus de 9 points cette année et 6,7 % en 2021 en est l’expression. Cette prise en charge cessera à un moment ou un autre. Nul n’imagine le maintien d’un déficit durable de 6 points de PIB afin de compenser de manière pérenne la perte de croissance. Progressivement, à défaut de revenir à l’équilibre, le déficit public devrait être ramené autour de 2 points de PIB, ce qui suppose que les autres agents devront faire un effort sur leurs revenus.

En raison de la crise, les entreprises qui enregistrent une diminution nette et rapide de leur profitabilité tenteront de la rétablir pour éviter d’être confrontées à un risque de faillites. Les profits après taxes intérêt et avant dividendes qui représentaient 13,5 % du PIB en 2019 ne devraient plus s’élever au mieux qu’à 8 % cette année. Le retour à la normale suppose un effort de 5 points de PIB. Les ménages sont donc confrontés à un important risque de diminution de leurs revenus sur longue période. Cette baisse pourra prendre plusieurs formes. Les pertes d’emploi devraient réduire le montant global des salaires distribués. Les salaires pourraient stagner afin de contribuer à la bonne compétitivité de l’outil productif. Par ailleurs, après la crise, le gouvernement pourrait être contraint d’augmenter les prélèvements obligatoires afin de réduire les déficits publics. Enfin, le montant des prestations sociales pourrait être remis en cause en particulier à travers leur sous-indexation par rapport à l’inflation. Pour endiguer ce processus peu réjouissant, l’amélioration durable de l’emploi constitue une priorité tout comme une forte progression de l’investissement pour augmenter les gains de productivité.

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