Communiquer, n’est-ce pas s’exprimer dans le langage, la sensibilité, le perçu de l’Autre ?

Le Covid-19 nous a démontré que nous vivons et mourons dans un système complexe où nos santés et celles des animaux sont liées (d’où le programme de recherches international One health, sur les relations entre santés humaines et animales). Où les atteintes à la biodiversité, les destructions des espaces naturels se payent, pas tout de suite, mais très cher. Où le fait de ne pas nous entendre, dans les deux sens du terme, comprendre et coopérer nous empêche d’exploiter nos connaissances et nos moyens pour enrayer une catastrophe.

Le mot écosystème est à la mode, mais, au-delà des discours académiques, nous en avons trouvé une illustration concrète avec des quadrupèdes et des oiseaux. Et aussi auprès de deux entrepreneurs intelligemment humains, Jacques Pignon et Walter Wauthier. 

Profitant du déconfinement, nous avons rendu visite à ces deux créateurs d’une écurie qui organisent des promenades en calèche autour du château de Fontainebleau et dans la forêt avoisinante. On pourrait décrire ces Attelages de Fontainebleau par une liste : une écurie, une maison d’hôtes, cinq chevaux, une chienne, un chat et deux hommes. Mais un tel inventaire n’apprendrait rien de la valeur de l’ensemble. Celle-ci s’est construite et s’entretient à partir de relations de confiance, de complicité. Maya, la chienne, se voulait agressive. Jacques et Walter lui ont fait entendre qu’elle devait accompagner pacifiquement les chevaux. Elle l’a très vite assimilé. Jacques et Walter se lèvent à cinq heures pour parler à leurs chevaux, les caresser, plonger dans leurs yeux, prendre soin d’eux ; et les chevaux se sentent aimés, sont confiants. Demi-sang noirs hollandais et lourds Normands à la robe d’un beau baie brun acceptent chacun la différence de l’autre. Ils s’entendent, travaillent de concert saluant Jacques et Walter, marquant chaque événement de leurs hennissements sympathisants. Ils ont montré leur sensibilité, leur solidarité lorsqu’une dame a placé, pour quelque temps, son cheval en pension dans leur écurie. C’était une personne fort désagréable. Chaque fois qu’elle revenait, avant même qu’elle ne pénètre dans l’enceinte, tous les chevaux, pas seulement le sien, s’étant dit le mot, se déchaînaient, se démenaient jusqu’à ce qu’elle s’en aille !

La bienveillance, actif majeur.

Jacques nous a montré les hirondelles qui ont établi leurs nids dans les box des chevaux. Elles éliminent mouches et taons qui pourraient les agresser. De temps en temps, une pie survient menaçant de voler et tuer les oisillons. Aussitôt, des nuées d’hirondelles entourent la voleuse qui, quoique bien plus grande, est obligée de décamper. Quant à Putzl, le chat, très indépendant, il chasse souris et rats qui pourraient, s’installant dans les stalles, mordre oisillons et chevaux. Tout un système de collaborations s’est établi, pour le bénéfice de l’équipe animale et humaine, avec l’apport de ces acteurs extérieurs et indépendants que sont les hirondelles.

Une leçon du réussir ensemble ? Oui, qui confirme que la bienveillance est un actif immatériel majeur du capital des entreprises. Cette bienveillance, nous la sentons dans la voix de Jacques et Walter, lorsqu’ils évoquent leurs anciens compagnons qui ont rejoint le Walhalla wagnérien des chevaux après avoir été dans leurs box, leur vie durant, bercés de musique classique.

Voici encore une illustration de l’importance du respect et de la valorisation de l’intelligence collective. Après une promenade d’apprentissage en forêt, dans la calèche avec un cocher débutant, Jacques et Walter nous ont fait remarquer qu’à plusieurs reprises les chevaux n’avaient, heureusement, pas obéi aux commandes. Ils avaient spontanément modifié leur trajectoire pour ne pas verser dans les ornières. Ils avaient marqué un temps d’arrêt en arrivant à un carrefour pour laisser passer une voiture. Combien de dirigeants, de petits chefs donnent-ils des ordres inapplicables, voire dangereux et méprisent-ils l’expérience des opérateurs de terrain ?

Nous aussi avons essayé de murmurer à l’oreille de chacun des chevaux. Qu’entendaient-ils de nos propos ? Sans doute que nous voulions leur communiquer notre respect et notre amitié. En photographiant leurs beaux yeux, nous avons découvert le reflet de notre visage sur leur pupille. Communiquer n’est-ce pas s’exprimer dans le langage, la sensibilité, le perçu de l’Autre ? Nous avons encore beaucoup à apprendre des chevaux, des chiens, des chats et des hirondelles, pour mieux nous comprendre entre humains et agir davantage de concert !


Arlette et André-Yves Portnoff

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