Confinement : faire preuve de civisme digital

© Can Stock Photo / kentoh

La crise que nous traversons est incontestablement plus douce grâce aux technologies du numérique. Ces dernières permettent de communiquer, consommer, se divertir, travailler alors que les déplacements physiques sont très limités. Mais nous devons faire preuve de civisme dans l’usage que nous faisons de ces technologies.

Le civisme vient du mot latin « civis » qui désigne le respect du citoyen pour la collectivité dans laquelle il vit. Dans le cas du civisme digital[1], il fait référence à l’utilisation responsable des technologies digitales par le citoyen (c.-à-d. traçage et protection des données privées, respect de l’autre et de la collectivité, utilité de la tâche et rationalisation des usages, mobilisation des applications et sollicitation des serveurs, amortissement de l’équipement matériel, sobriété numérique…).

Une personne ne faisant pas preuve de civisme digital est donc une personne ayant une utilisation non responsable de ces technologies d’une manière consciente ou non, manquant de connaissance ou de formation. Par exemple, une personne qui utilise les réseaux sociaux pour diffuser des fake news ou encore pour espionner ou intimider d’autres personnes.

A l’inverse, le fait de faire preuve de civisme digital englobe en grande partie la culture digitale (Digital Literacy), la reconnaissance des données privées vs publiques, l’étiquette digitale, la conscience des problèmes liés à l’e-réputation, l’empreinte carbone des technologies, l’obsolescence programmée, la neutralité d’internet, la cybersécurité, la radicalisation des personnes, etc. Ce qui définit le comportement d’un citoyen numérique dans les démocraties.

Les gens qui se présentent comme des citoyens numériques utilisent souvent les Technologies de l’Information et de la Communication de manière intensive, créant des blogs pour communiquer largement et parfois participer au journalisme en ligne, utilisant les réseaux sociaux (p. ex. Facebook, Instagram, Twitter…) pour partager du contenu, payant en ligne, déclarant l’impôt en ligne, se divertissant en ligne en regardant des films (comme Netflix)… Ces technologies font référence aux réseaux de télécoms, à l’équipement matériel (ordinateurs, tablettes, smartphone, imprimantes…), aux logiciels (les applications utilisées à titre privé ou professionnel), ainsi qu’aux systèmes d’entreposage et de gestion des données (bases de données, serveurs d’applications, services Cloud…).

En période de confidemment lié au COVID 19 et surtout si cela va durer, manquer de civisme digital et donc plus largement d’intelligence digitale pourrait aggraver la situation à la fois socialement, économiquement ou encore écologiquement, mais pas uniquement. Socialement lorsque les uns et les autres diffusent des fausses informations pouvant provoquer la confusion ou le stress et la peur chez la population, ou de faux conseils pouvant mettre en péril la vie d’autrui. Economiquement, lorsqu’on utilise les technologies digitales d’une manière exagérée et non rationalisée, on sollicite énormément les réseaux de télécoms et les satellites, on dépasse parfois la montée en charge supposée des applications pour provoquer la dégradation ou l’indisponibilité des services (e-conferencing, e-learning, e-payement, e-administration…), on génère aussi énormément de données, des données qu’il faut stocker quelque part et traiter par une capacité de calcul. Ceci peut provoquer l’augmentation des prix et la rareté du matériel informatique. Ecologiquement et durablement, lorsqu’on utilise les technologies à mauvais escient, c’est-à-dire, d’une manière inutile ou non raisonnée (e. g. utilisation exagérée pour tuer le temps) cela pourrait surcharger et saturer les réseaux, pouvant faire exploser la facture et l’empreinte énergétiques (ce qui est réduit par le manque de mobilité des citoyens avec les moyens de transport pourrait largement être compensé ou même dépassé par l’utilisation inappropriée des technologies).

In fine, envoyer des mails à tous lorsqu’un seul destinataire est concerné, utiliser la visioconférence à tout va alors qu’une simple audio conférence pourrait suffire, regarder Netflix à la longueur de journée alors que la réussite des élèves et des étudiants pour se former en ligne et l’activité économique de certaines entreprises en dépend, télécharger ou charger des données sur le cloud… sont des exemples parmi beaucoup d’autres contraires au civisme digital.

Pourquoi cela demande une certaine intelligence digitale ?

Imed Boughzala

L’intelligence digitale est là : « Capacité d’acquérir, d’interpréter et d’appliquer des connaissances liées aux technologies digitales pour les utiliser de façon efficace, responsable et durable ». De plus il est possible de retenir plusieurs caractéristiques de l’intelligence digitale. Elle permet de prospérer dans un environnement technologique très évolutif. Elle se construit et se cultive progressivement et conjugue des savoir-faire et des savoir-être.

Cette intelligence peut donc se construire et être développée à travers une éducation des populations. Cette éducation civique au numérique permet aussi de les sensibiliser à un engagement civique plus important.

Pour développer le civisme digital des individus, il est donc important de leur enseigner comment utiliser toutes ces technologies. Cet apprentissage permettra de développer l’intelligence digitale des citoyens et donc de leur donner des clés pour pouvoir réagir face aux technologies dans n’importe quelles circonstances. C’est le rôle des écoles et des universités partout le monde.


[1] « L’éducation civique digitale fait référence à une gamme de comportements civiques éthiques et responsables, à la citoyenneté ou à l’engagement démocratique dans le domaine numérique » (Wikipédia). Le terme civisme digital est encore en devenir et en lien avec ce que l’on appelle la citoyenneté digitale (Digital Citizenship).


Imed Boughzala, Directeur du département TIM (Technologies, Information & Management) à Institut Mines-Télécom Business School

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