L’ajustement au fil de la crise

Philippe Crevel

LE POINT ECO – Avec l’allongement de la durée du confinement, avec la montée en puissance du chômage partiel qui concerne désormais plus de 8 millions de salariés en France, le Gouvernement est contraint d’ajuster en permanence les prévisions budgétaires. En France, le poids des dépenses publiques qui atteignait déjà le niveau record au sein de l’OCDE avant la crise devrait ainsi dépasser 60 % en 2020. Jamais un tel taux n’avait été atteint en France. Il est la conséquence de la socialisation accrue des revenus des ménages et du soutien apporté aux entreprises.

En quelques jours, le Gouvernement a revu ses prévisions à la baisse de manière très importante. Le PIB reculerait cette année de 8 %, soit un taux jamais connu en France depuis 1945. Le déficit public battrait également un record en s’établissant à 9 % du PIB. La dette publique pourrait atteindre 115 % du PIB. En 2009, le PIB avait reculé de 2,9 %. Les deux déficits les plus élevés en temps de paix avaient été enregistrés en 1993 (6,4 %) et en 2009 (7,2 %). À chaque nouvelle crise, le déficit est de plus en plus important. La dette publique française n’a été supérieure à son niveau actuel qu’à la sortie des deux conflits mondiaux du XXe siècle. Le Haut Conseil des Finances Publiques a estimé, mercredi 15 avril, que les prévisions du Gouvernement étaient encore trop optimistes. Il considère que le pari d’un rebond économique en fin d’année est incertain.

Cercle de l’Épargne – données INSEE
* Prévisions

Le Ministre des Comptes publics, Gérald Darmanin, a indiqué que le montant du plan de soutien à l’économie était évalué à 110 milliards, contre 100 milliards la semaine dernière, et 45 milliards il y a trois semaines. Le dispositif de chômage partiel pourrait coûter plus de 24 milliards d’euros. Le budget du fonds de solidarité pour les indépendants passerait à 7 milliards d’euros, la contribution des assureurs ayant été porté de 200 à 400 millions d’euros. L’aide exceptionnelle pour les familles modestes, dont le coût n’est pas encore connu devra être intégrée. Certains secteurs d’activité devraient bénéficier d’une annulation de charges et d’impôts. Seraient concernées en priorité l’hôtellerie et la restauration. Le manque à gagner pour les recettes publiques pourrait s’avérer bien supérieur aux dernières estimations du Gouvernement.

Cercle de l’Épargne – Données INSEE et prévisions du Gouvernement

Le gouvernement face à quelques écueils

L’augmentation des dépenses publiques pose deux problèmes majeurs, celui de son financement et celui de sa résorption après la crise. Pour le financement, la politique monétaire de la BCE ouvre la voie à un endettement à un bon prix. Les faibles taux d’intérêt diminuent la facture. Les rachats d’obligation par la Banque centrale constituent une sécurité pour les États membres de la zone euro. À terme, ces obligations acquises par la BCE pourraient être entièrement monétisées même si une telle opération n’entre pas juridiquement dans le champ de compétence des autorités monétaires. Le second problème est celui de l’assainissement des comptes publics. À chaque nouvelle crise, la France met un plus de temps à réduire ses déficits par rapport à la précédente. Certaines dépenses concernant les revalorisations de traitement de certaines catégories de fonctionnaires, la santé, les prestations sociales pour les plus démunis, les aides à certains secteurs d’activité, sont pérennes ou risquent de le devenir. Existe-t-il un niveau maximal de socialisation de la création de richesses ? La question du relèvement des impôts se posera à un moment ou un autre.

Le calendrier électoral ne facilitera pas l’adoption de mesures au niveau des finances publiques. En effet, au mois de mars 2021, les électeurs seront appelés à voter pour renouveler les assemblées des régions et des départements. Entre avril et juin 2022, ils auront la responsabilité d’élire le Président de la République et leur député. L’exécutif devra donc slalomer entre les contraintes sanitaires, économiques, financières et électorales dans les vingt prochains mois.

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