Les jeunes générations, principales victimes de la monétisation des dettes publiques ?

© Can Stock Photo / NomadSoul1

Avant même la crise sanitaire, l’endettement public au sein de l’OCDE avait atteint des niveaux records. En raison de la forte implication des États, le taux d’endettement public au sein des États membres de l’OCDE devrait s’accroître d’une vingtaine de points de PIB en moyenne. Les jeunes générations seront mises à contribution, quelle que soit la méthode retenue pour son financement.

Avec des déficits atteignant 14 % du PIB au sein de l’OCDE, la dette devrait se rapprocher, en moyenne, des 140 % du PIB. Elle s’élevait à 75 % en 2002 et à 120 % à la sortie de la crise des « Subprimes ».

Depuis une dizaine d’années, tournant le dos au monétarisme des années 1980/2000, les banques centrales ont pris en charge une part croissante de cette dette à travers un processus de monétisation. Si cette option n’avait pas été retenue, les investisseurs privés auraient exigé une meilleure rémunération avec des taux d’intérêt élevés conduisant les États à réaliser d’importantes économies afin de conserver leur solvabilité. Une pression à la baisse des prestations sociales avec une augmentation des prélèvements aurait pénalisé les jeunes, actifs ou non. En 2020, les gouvernements récusent cette méthode qui a laissé de mauvais souvenirs au sein de la zone euro lors de la crise des dettes souveraines en 2012. Le ralentissement économique avec à la clef une augmentation du chômage a été mal vécu au sein de nombreux États. La voie de la monétisation par les banques centrales de la dette publique apparaît alors comme la seule acceptable. En vertu du système mis en place, une part importante de la dette des États est achetée par les banques centrales. Même si elle demeure en étant inscrite au bilan des banques centrales, elle est de fait annulée. Cette dette est gratuite, car les Banques Centrales rendent leurs profits aux États, donc leur rendent les intérêts sur la dette qu’elles reçoivent. En outre, les taux d’intérêt sont très faibles, voire négatifs. En l’état actuel, la dette n’est ni remboursée, ni amortie. Si en outre, les banques centrales procèdent au réinvestissement des tombées de capital, l’emprunteur ne supporte plus aucun coût.

Philippe Crevel

Dépenses de fonctionnement au détriment de l’investissement

Cette monétisation se traduit par le gonflement de la base monétaire des banques centrales. Ainsi, au sein de l’OCDE, elle est passée de 2 500 milliards de dollars à 18 000 dollars de 2002 à 2020. Les banques centrales détiennent pour plus de 10 000 milliards de dollars de titres publics pour moins de 500 milliards de dollars avant la crise de 2008.

Ce gonflement de la base monétaire induit celui de la valeur de certains actifs dont l’immobilier. Au sein de l’OCDE, les prix des maisons ont depuis 2002 doublé. Cette hausse des prix de l’immobilier touche en premier lieu les jeunes. En tant que primoaccédants, ils ne disposent pas ou peu d’apports personnels. L’augmentation des prix constitue une barrière à l’entrée sur le marché immobilier et s’apparente à une taxe sur les jeunes.

Si la dette accumulée était la contrepartie d’investissements créés pour améliorer la croissance potentielle, elle pourrait être profitable aux jeunes générations. Or, une grande partie de cet endettement est affectée au financement des dépenses de fonctionnement. La dette sociale accumulée depuis une quarantaine d’années en est une des meilleures illustrations.

Le principe « aucune limite en matière de dettes » est donc une fuite en avant qui pénalise les jeunes générations d’autant plus qu’il érode la croissance en maintenant en activité des entreprises peu rentables sans soutien public. Leur sauvetage actuel aura des incidences négatives pour l’emploi demain et après-demain. Si le retour à l’orthodoxie budgétaire n’est pas d’actualité, une utilisation de l’endettement pour le seul investissement après le retour à la normale devrait redevenir la norme, norme qui, rappelons-le, est imposée par l’Etat aux collectivités locales.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *