Sport et entreprise: comment créer des liaisons vertueuses ?

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Le sport est partie intégrante de la formation et de l’activité des dirigeants d’entreprise et des cadres supérieurs. Et en ce début du 21e siècle, toutes les enquêtes soulignent l’importance croissante prise par les activités sportives dans la vie personnelle des cadres dirigeants, la mobilisation des équipes ou encore la promotion de l’image des entreprises. On ne compte plus les patrons passionnés par le golf, qui vont avec leurs collaborateurs courir le marathon de New York ou qui sponsorisent des voiliers du Vendée Globe.

Fort bien ! Le sport constitue indéniablement un vecteur de bien-être personnel, de renforcement des liens sociaux et d’élévation de la notoriété de sociétés grandes comme petites. Et les activités sportives sont associées aux notions d’effort, de volonté, de dynamisme compétitif ou d’initiative personnelle, mais aussi de fair-play. de loyauté, de camaraderie et d’esprit d’équipe.

Des valeurs traditionnelles en chute libre

Oui, mais qu’en est-il vraiment ? En observant les dernières décennies, on voit bien que ces « valeurs » traditionnelles du sport sont en recul, sinon en chute libre. Les grandes disciplines sportives donnent de mauvais exemples qui déteignent sur les pratiques individuelles ou les équipes d’amateurs. Le climat moral et physique du sport s’est incontestablement dégradé ces dernières années et pas seulement en raison des récentes révélations d’agressions sexuelles qui ont terni l’image de plusieurs fédérations. Le dopage sévit toujours dans le cyclisme l’athlétisme, la natation, l’haltérophilie et les grands sports américains, où domine le dogme de la victoire à tout prix. La puissance et la violence, en rugby par exemple, ont tendance à supplanter l’élégance et l’habileté.

Le « sport business » a transformé de nombreux athlètes professionnels, notamment les footballeurs, en mercenaires sans foi ni loi. L’argent artificiellement déversé sur le football et d’autres sports par des états autoritaires (Chine, Russie, Pays du Golfe) adeptes du « sportwashing » – dernière forme de blanchiment des capitaux et de la réputation — ou des milliardaires sans scrupules, alimente d’énormes scandales de corruption (FIFA).

Et il serait naïf de croire que cette évolution n’a pas de répercussions sur le sport amateur, où le respect des règles cède le pas à l’envie de gagner et dont de nombreux adeptes, si l’on en croit de récentes enquêtes, cèdent à la tentation de fortifiants ou substances illicites pour améliorer leurs performances. L’idéalisme dans le sport a laissé le pas à la fourberie et au cynisme, à l’image de Donald Trump, surnommé le « tricheur en chef » du golf. Quand le (mauvais) exemple vient de haut. Cet état d’esprit a aussi gagné le public, qui tolère les turpitudes des champions ou des équipes qui « gagnent » et ne tient pas rigueur aux marques de leur soutien parfois abusif aux tricheurs – on l’a vu dans le cas de l’équipementier américain Nike avec Lance Armstrong, le plus grand faussaire de l’histoire du sport.

Le parrainage facteur de mobilisation interne

Ce tableau peu réjouissant ne signifie nullement que le sport, dans tous ses aspects, doit reculer dans la liste des priorités des entreprises et de leurs dirigeants. Bien au contraire, d’autant plus que selon un sondage pré-Covid publié en 2019 par le Figaro, le sport, malgré ses multiples dérives, serait la « passion préférée » des Français. Les patrons le savent, mais la conjoncture les force à s’adapter. Selon les spécialistes, le coronavirus a provoqué en 2020 un recul global de plus de 35 % du sponsoring sportif, conséquence logique de la crise économique et de l’annulation ou report de nombreuses compétitions depuis le printemps dernier. 2021 s’annonce également difficile, mais le retour progressif à la normale devrait entraîner un net redressement les années suivantes. Le parrainage sportif demeure une valeur promotionnelle sûre, tant pour un petit entrepreneur de province que pour une grande multinationale, et mobilise favorablement les salariés.

Gilbert Grellet

Faut-il choisir les disciplines en fonction de leur éthique sportive – la voile du grand large plutôt que le cyclisme controversé par exemple ? Le choix n’est pas simple et la popularité des différents sports ne se mesure pas à l’aune de leur éventuelle déontologie ou « responsabilité » sociale, loin de là. L’inverse est aussi vrai pour les sponsors. Il est pour le moins curieux de constater que le groupe pétrolier français Total, malgré son engagement dans les énergies vertes, s’est vu priver de parrainage olympique en 2024 par la mairie de Paris, alors que le sponsoring d’INEOS, conglomérat pétrochimique anglais très contesté par les écologistes, est accueilli en France à bras ouverts (Tour de France, OGC Nice). Quand on se tire une balle dans le pied…

Les cadres dirigeants d’entreprise sont en général bien plus « sportifs » que la moyenne de la population. Et au-delà de leurs choix personnels d’une indispensable activité sportive, ils ont par ailleurs tout intérêt à satisfaire l’appétit sportif qui se manifeste, semble-t-il, de plus dans la population française et donc au sein de leur personnel. Si j’étais à la tête d’une société comptant plusieurs centaines ou milliers de salariés, nonobstant le télétravail, j’installerais dès que possible dans mes locaux une salle ou un terrain de sport pour répondre à ces aspirations de détente physique et sociale.

Un remède antistress

Gilbert Grellet, Pour la beauté du jeu, plaidoyer pour une minimum de décence et d’élégance dans le sport de haut niveau, Editions Kero, 2021.

Entretenir sa forme est dans l’intérêt de tous. Et il semble plus judicieux d’encourager, pour tous ceux qui le souhaitent, une pratique sportive déstressante et régulière, plutôt qu’organiser de temps à autre des stages sportifs obligatoires de motivation ou de « team-building », comme aiment à le faire les DRH.

Encore ne faudrait-il pas se fourvoyer dans le choix des disciplines proposées, ici aussi source de dilemme. Prenons la boxe par exemple, dont je souhaite le bannissement des Jeux Olympiques. On a vu fleurir ces dernières années des initiatives et articles prônant la « boxe en entreprise », qui permettrait à ses pratiquants de « gagner en confiance » et de renforcer leurs capacités cardiovasculaires. Or la boxe, loin d’être le « noble art » vanté par ses adeptes, n’est nullement un sport, mais un exercice physique violent et dangereux, qui incite à l’agressivité. Et encaisser régulièrement des coups portés au visage et à la, tête, avec de possibles dommages au cerveau, n’a rien d’anodin.

Il est d’ailleurs préoccupant de savoir que le plus haut dirigeant français, Emmanuel Macron, est ainsi frappé à la tête plusieurs fois par semaine dans la salle de gym au sous-sol de l’Elysée, où il boxe contre des membres de son service de sécurité – même si ces derniers affirment « retenir leurs coups ». Un coup à la tête est un coup à la tête.

On dit volontiers que la vie est un combat, notamment sur le plan professionnel. Mais le sport, dans la vie quotidienne ou en entreprise, ne doit pas céder à ce concept négatif et demeurer avant tout un jeu ou un divertissement, sans violence et sans danger.


Gilbert Grellet, écrivain et journaliste.

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