Trois mots pour nous accompagner en 2021

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2020 envolée, quelles leçons tirer de cette année mémorable ? Il est encore trop tôt pour le dire. Néanmoins, attardons-nous un instant sur trois mots importants qui peuvent nous aider à envisager 2021 plus sereinement ou avec plus de lucidité. Promis, on vous épargnera le très tendance « résilience », dont l’injonction commence à agacer…

1 — Ultracrépidarianisme

Terme barbare qui lui aussi commence à être connu, grâce à Etienne Klein notamment (voir vidéo ci-dessous). Il s’agit de cette manie à donner son avis sur des sujets dont on ne connaît rien ou pas grand-chose. Cette dernière année, des millions de Français (mais pas seulement…) ont fait montre de leurs compétences en virologie et en épidémiologie. Les réseaux sociaux forment un espace où l’ultracrépidarianisme s’exprime dans toute sa splendeur.  « Est-il indispensable d’être cultivé quand il suffit de fermer sa gueule pour briller en société ? », s’interrogeait Pierre Desproges. Aujourd’hui, plus besoin d’être cultivé pour imposer son point de vue. Ni d’être brillant.

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2 – Ipsedixisme

A rattacher à l’ultracrépidarianisme. Ce latinisme substantive la locution ipse dixit (« Il a dit »). La troisième personne du singulier renvoie à l’autorité, à la référence et même à la déférence. « Il a dit », c’est-à-dire « le maître a dit ». L’ipsedixisme est cette forme de suivisme qui se base sur l’argument d’autorité. C’est considérer comme vrai, mais sans vérification un propos émanant d’un soi-disant expert. D’une personne « autorisée », aurait dit Coluche. Wikipédia en donne la définition suivante : « fait de croire vraie une assertion non fondée, parce qu’on l’a entendue dire par quelqu’un en qui on a confiance ». Bienvenu au café du commerce de facebook, twitter et consorts ! Les « experts » souvent autoproclamés qui se succèdent sur les plateaux de télévision ou qui se répandent dans la presse écrite ont multiplié les assertions plus ou moins véridiques au cours des derniers mois. Et beaucoup d’entre nous s’en sont fait les caisses de résonnance, avec plus ou moins de bonheur. Et quand l’avis de l’expert se voit démenti, nous avons souvent du mal à admettre que nous avons été induits en erreur…

Capture d’écran issue d’un très bon article sur le jaitoutcomprisme

3 – Humilité

A-t-on réellement besoin de le définir, ce mot-là ? Sans doute pas, car il se rappelle sans cesse à nous, en ce moment tout spécialement. Nietzsche a cette formule assez juste dans Le Crépuscule des idoles : « le ver se recroqueville quand on marche dessus. C’est plein de sagesse. Par là il amoindrit la chance de se faire de nouveau marcher dessus. Dans le langage de la morale : l’humilité. » L’humilité n’est donc pas seulement le fait d’avoir conscience de ses insuffisances et de se comporter en conséquence. C’est-à-dire, en premier lieu, à ne pas trop la ramener. Nietzsche nous apprend en sus que l’humilité est une vertu utile à notre survie. Car qui se hisse imprudemment trop haut s’effondre souvent plus vite et plus fort. Péché d’orgueil. Le fait par exemple d’être conscients de nos tendances à l’ultracrépidarianisme et à l’ipsedixisme doit précisément nous inciter à faire preuve d’humilité, à tamiser notre ego, à douter de tout, mais en premier lieu de nous-mêmes. Loin d’être une révélation, c’est déjà un enseignement à tirer de 2020. Enseignement modeste et néanmoins précieux.

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