2021 : une nouvelle année charnière pour l’Union européenne

© Can Stock Photo / ayo88

Depuis le 1er janvier 2021, la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne est désormais une réalité. Ce départ qui concerne la deuxième puissance économique et la première puissance militaire de l’Union n’est pas sans conséquence sur l’avenir de la construction européenne. Depuis quatre ans, le Brexit a constitué un fil rouge dans la vie de l’Union. Il a focalisé toutes les attentions et toutes les énergies. Les autorités européennes se sont évertuées à prévenir tout autre départ en rendant celui du Royaume-Uni complexe et coûteux. La signature de l’accord commercial avec le Royaume-Uni le 24 décembre dernier clôt une séquence.

Dans les premiers mois de 2021, le plan de relance de 750 milliards d’euros donnant lieu aux premières émissions de dettes mutualisées sera lancé. Au-delà du mode financement, les modalités d’utilisation des sommes distribuées seront capitales pour tout à la fois garantir le succès du plan européen et éviter toute polémique sur d’éventuels gaspillages. Les pays sceptiques, comme les Pays-Bas, seront attentifs au bon usage de cet argent. Certains pays bénéficiaires, des prêts européens, en l’occurrence l’Espagne et l’Italie, ont déjà indiqué qu’ils étaient opposés à toute ingérence européenne en ce qui concerne leurs finances publiques. Les États de l’Europe de l’Est ont obtenu un moindre contrôle en matière de respect de l’état de droit. Cette question pourrait ressurgir en 2021. La liste des États concernés a tendance à s’élargir. La Hongrie, la Bulgarie et la Pologne sont rejointes par Chypre et Malte qui sont accusés, en autre, de vendre des passeports afin de contourner les règles en vigueur au niveau de l’immigration.

L’Union européenne qui s’est construite autour de l’économie est de plus en plus impliquée dans des débats d’ordre géostratégique. Considérée comme un concurrent politique et économique, les États-Unis, la Russie voire la Chine ont, ces dernières années, tenté de l’affaiblir en jouant en autre sur ses divisions internes. L’arrivée de Joe Biden à la Présidence des États-Unis modifiera le mode des relations sans obligatoirement en changer le contenu. Le débat sur la régulation des GAFAM est susceptible d’opposer l’Europe aux États-Unis. Ces derniers pourraient également demander un effort accru aux États européens en matière de défense. En revanche, les positions sur le dossier de la transition énergétique devraient se rapprocher même si Joe Biden devra tenir compte de l’importance du secteur pétrolier outre-Atlantique.

Renforcer sa stratégie d’influence

En 2021, l’Union européenne restera confrontée à un cercle d’instabilité de l’Afrique du Nord à la Russie en passant par la Turquie. Les pays d’Europe de l’Est, en particulier les Pays baltes, la Pologne et la République tchèque, attendent des positions fermes vis-à-vis de la Russie alors qu’à l’Ouest la temporisation est de rigueur. Vis-à-vis de la Turquie, la fixation d’une ligne cohérente est complexe. Ce pays membre de l’OTAN est censé être un rempart contre les migrants et le terrorisme islamiste. Il est, par ailleurs, un allié de poids au niveau économique. Les communautés turques sont importantes dans plusieurs États membres, en Allemagne, en Autriche ou en Belgique. La Turquie qui s’est rapprochée de la Russie et dont la politique antikurde demeure un des fondements de sa politique au Proche Orient entend faire monter les enchères. L’absence d’un front européen clair l’incite à renforcer sa sphère d’influence. Ses faiblesses économiques constituent son talon d’Achille et la contraignent de modérer périodiquement ses ardeurs.

La signature d’un accord d’investissement avec la Chine vise tout à la fois à prouver la force de négociation de l’Union après le départ du Royaume-Uni. Elle est également un symbole adressé aux États-Unis qui avaient négocié — de leur côté et sans leurs alliés — un accord de même nature. Elle montre également que l’Allemagne qui était en pointe sur ce dossier et qui présidait l’Union jusqu’au 31 décembre 2020 a réussi à fédérer autour d’elles les États membres. La Chine a tout à gagner de cette signature en prouvant qu’elle n’est pas isolée après le bras de fer avec les États-Unis. Elle intervient après celle concernant le traité de libre-échange qui a été dernièrement conclu dans la zone Asie-Pacifique. Après sept années de bras de fer avec Pékin, l’Union européenne a obtenu un alignement sur les États-Unis en ce qui concerne les investissements en Chine. Le traité est ainsi censé garantir le respect de la propriété intellectuelle des entreprises européennes, interdire les transferts de technologie forcés et imposer des règles de transparence aux subventions versées aux entreprises publiques chinoises. Dans le cadre de cet accord, et à la demande de la France, Pékin aurait pris l’engagement de ratifier certaines conventions de l’Organisation internationale du travail (OIT) sur le travail forcé. Le volet sur la protection des investissements, censé sécuriser le cadre juridique pour les entreprises, n’est pas formellement conclu, les deux parties s’engageant à trouver un compromis avant la fin de 2022.

Un agenda chargé

L’année 2021 sera également marquée par des élections législatives aux Pays-Bas et en Allemagne. Aux Pays-Bas, l’actuel gouvernement sera attentif à l’évolution des partis eurosceptiques qui sont très sévères vis-à-vis des pays de l’Europe de l’Est et du Sud. L’élection allemande sera d’autant plus importante qu’elle marquera le départ d’Angela Merkel de la Chancellerie qu’elle occupe depuis plus de 15 ans. Devenue à son corps défendant la cheffe de la diplomatie européenne par sa longévité au poste de chancelier et grâce à la puissance économique de son pays, elle a connu quatre présidents de la République française ! Son remplacement est une source d’inconnu et d’inquiétude d’autant plus que onze mois avant l’élection aucun candidat au poste de chancelier ne s’impose depuis que la Présidente de la CDU Annegret Kramp-Karrenbauer a renoncé à être candidate après le vote des députés de la CDU de Thuringe avec ceux de l’AfD lors d’une investiture parlementaire au mois de février 2020.

Durant l’année 2021, les gouvernements de l’Allemagne et les Pays-Bas, pourraient opter pour une politique plus frileuse sur le terrain européen afin de ne pas mécontenter leurs électeurs. La France entrera dans un cycle d’élections avec les élections départementales et régionales en juin 2021 avant de se lancer dans les campagnes présidentielle et législative qui animeront le premier semestre 2022. Or, la France présidera l’Union européenne du 1er janvier au 30 juin 2022. Cette présidence sera donc marquée par les campagnes électorales et pourrait potentiellement donner lieu à un changement de président au mois de mai, sachant qu’un nouveau gouvernement sera alors formé.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *