Chine – Etats-Unis: la guerre commerciale n’interdit pas la coopération financière

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Les relations économiques entre la Chine et les Etats-Unis sont d’une rare complexité, même si médiatiquement, de part et d’autre, les gouvernements pratiquent le manichéisme. Après les majorations de droits de douane, après les sanctions affligées à Huawei, le gouvernement fédéral s’en est pris à l’application TikTok dont les activités américaines pourraient être cédées. Google comme Facebook doivent faire face en Chine à des mesures limitant l’exercice de leurs activités. Apple pour se prémunir d’éventuelles représailles pourrait déplacer ses chaînes d’approvisionnement de la Chine.

Dans le même temps, BlackRock a obtenu le feu vert pour créer une entreprise de fonds chinoise. Vanguard, un autre gestionnaire d’actifs a transféré son siège social asiatique à Shanghai. JPMorgan Chase pourrait dépenser un milliard de dollars pour prendre le contrôle de son entreprise chinoise de gestion. En 2019, les entreprises américaines ont acheté pour près de 200 milliards de dollars d’actions et d’obligations d’origine chinoise. Les investisseurs estiment que les risques sur le long terme d’envenimement des conflits sont limités. Ils croient, en revanche, que le centre de gravité de l’économie mondiale continuera à se déplacer vers l’Asie. Au-delà des polémiques concernant la haute technologie, la coopération entre les deux pays ne se délite pas. Près de 500 000 Chinois étudieraient aux Etats-Unis. Ce nombre n’a pas été affecté par la dégradation des relations entre les deux gouvernements.

Sur le terrain financier, les marchés de capitaux occidentaux, et en particulier américains restent dominants. Les Etats-Unis peuvent compter sur la profondeur de leur marché et sur la force du dollar. La Chine a encore besoin des capitaux et du savoir-faire financiers américains. Une grande partie des produits dérivés sont négociés à Chicago et les devises à Londres. Les entreprises américaines dominent les classements dans la gestion d’actifs et la banque d’investissement.

La question des droit de l’Homme et la transparence

Le marché financier chinois tend de plus en plus à s’ouvrir attirant des entreprises financières de Wall Street qui proposent leurs services. Les conditions d’accès se sont améliorées. La Chine permet enfin aux entreprises occidentales de prendre le contrôle de leurs opérations sur le continent et a facilité l’achat et la vente de titres par les gestionnaires de fonds. Les autorités chinoises sont de plus en plus conscientes de la nécessité d’avoir une place financière à la hauteur de leurs aspirations. Par ailleurs, l’époque des excédents courants pantagruéliques se termine. Elle pourrait même céder sa place à un cycle de déficits, ce qui obligerait la Chine à attirer des capitaux pour poursuivre son développement.

L’internationalisation de la place chinoise suppose l’abandon des règles de protection des banques et des courtiers locaux. La lutte contre la corruption constitue une autre obligation. La question des droits de l’Homme et de la transparence du régime constitue également un frein à l’essor de la bourse de Shanghai. La situation à Hong Kong inquiète certains responsables occidentaux. La Banque HSBC fait l’objet de pressions pour démettre de certaines fonctions des représentants chinois. 

Si dans les hautes technologies, la dépendance de l’occident à l’encontre de la Chine est forte, elle est très faible en matière financière. Les cinq premières banques de Wall Street n’ont que 1,6 % de leurs actifs exposés à la Chine et à Hong Kong. Les entreprises chinoises sont peu présentes financièrement à l’étranger même si toute prise de participation est médiatisée. Elle est comparée à celle des Etats-Unis, du Japon, de l’Allemagne ou de la France sans commune mesure. Le RMB n’est pas une devise de taille mondiale ; les exportateurs chinois commercent essentiellement en dollars.

Si les autorités chinoises entendent construire une alternative au réseau monétaire mondial américain, cet objectif nécessitera du temps et suppose des changements politiques qu’elles ne sont pas prêtes à accepter.

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