Chronique d’un report attendu de la reprise en zone euro

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Les États européens sont durement touchés par la deuxième vague (à moins que cela ne soit la troisième) de l’épidémie de Covid-19. La liste des pays pratiquant des confinements s’allonge de jour en jour. L’Allemagne, le Royaume-Uni, l’Irlande, l’Autriche, le Danemark, le Portugal, le Danemark, la Grèce, la Roumanie, la Hongrie et la Lituanie ont franchi le cap. Les pays ferment leurs frontières. Les vols internationaux se réduisent au strict minimum depuis l’apparition des variants. L’Espagne a quant à elle annoncé qu’elle rejetait l’idée d’un nouveau confinement en raison de son coût économique.

Dans le cas d’un nouveau confinement en France, le montant des aides d’urgence (fonds de solidarité, chômage partiel, exonération de charges sociales) passerait de 6 à 15/20 milliards d’euros auxquels il conviendrait d’ajouter les pertes de recettes. La direction du Trésor a calculé qu’un tel scénario pourrait entraîner une perte d’activité mensuelle comprise entre 10 % et 18 % en fonction des contraintes retenues. Le premier confinement avait provoqué une contraction de l’activité de 30 % et le deuxième de 12 %. Si les écoles étaient amenées à fermer, la perte d’activité liée à cette mesure est évaluée à au moins 5 points. Un mois de confinement comme celui de novembre entraîne une diminution du PIB d’un point. Dans le contexte actuel, l’objectif de croissance de 6 % devient de plus en plus difficile à atteindre même si, en 2020, le rebond du troisième trimestre a été plus important que prévu.

Le gouvernement allemand a, de son côté, abaissé à 3 % sa prévision de croissance économique pour 2021 quand il espérait un taux de 4,4 % à la fin de l’année dernière. En 2020, l’économie allemande s’est contractée de 5 %. Le pays n’avait connu, en 75 ans, qu’une seule chute plus forte encore de l’activité, celle de 5,7 % subie en 2009 à cause de la crise financière mondiale. Le moral des entreprises allemandes a atteint à son plus bas niveau depuis six mois en janvier, selon l’institut Ifo qui a indiqué toutefois que le sentiment des exportateurs dans le secteur industriel s’améliorait. Le moral des ménages a quant à lui reculé pour le quatrième mois consécutif, l’indice calculé par l’institut GfK ressortant à -15,6 pour février contre -7,5 pour janvier.

Le FMI a révisé à la baisse ses prévisions pour la zone euro, mais reste confiant dans les capacités de rebond de l’économie mondiale. Il espère que l’épidémie pourra être jugulée au cours du premier semestre même s’il estime que la multiplication des variants constitue un réel danger pour la reprise espérée de l’économie. L’organisation internationale a ainsi revu à la hausse ses prévisions pour 2021 avec une croissance pour l’économie mondiale de 5,5 % en 2021 et de 4,2 % en 2022. En 2020, le PIB mondial a reculé de 3,5 %, soit près d’un point de moins que prévu grâce au fort rebond enregistré au troisième trimestre. Dans les prochains mois, la situation économique divergera selon les pays en fonction de l’accès aux vaccins et des mesures de soutien prises par les pouvoirs publics. Le FMI estime, sans surprise, que les restrictions sanitaires importantes au premier trimestre pèseront sur la croissance, mais comme en 2020, le rebond pourrait être rapide et important. En 2020, les économistes de l’organisation internationale ont été agréablement surpris par la puissance de la reprise au cours du troisième trimestre. La consommation privée de biens a retrouvé rapidement son niveau d’avant crise. L’investissement est resté néanmoins en retrait sauf en Chine. Le FMI fait le pari que les pays avancés et les pays émergents les plus développés auront vacciné une grande partie de leur population avant la fin de l’été. La couverture vaccinale pourrait être mondiale avant la fin de l’année 2022. Il espère que des thérapies pourront être développées d’ici le milieu de l’année 2022. D’ici là, l’organisation internationale concède que plusieurs périodes de confinement puissent être nécessaires pour endiguer une résurgence de l’épidémie.

Aides directes et prêts

L’année 2021 restera marquée par le maintien du soutien public à l’économie même si le montant des déficits devrait diminuer grâce à l’amélioration des recettes générées par la reprise. Le maintien d’une politique monétaire accommodante réduira le coût des emprunts tant pour les secteurs privé et public en 2021 et 2022. Avec la reprise annoncée, les cours des produits de base seront orientés à la hausse. Ceux du pétrole devraient progresser de 20 % par rapport à leur niveau moyen de 2020 tout en restant inférieurs celui de 2019.

Pour le FMI, l’inflation resterait faible en 2021 et 2022. Dans les pays avancés, elle devrait généralement rester en deçà des objectifs des banques centrales, à 1,5 %. Dans les pays émergents et les pays en développement, l’inflation devrait très légèrement dépasser 4 %, soit moins que la moyenne passée de ces pays. Après une baisse en 2020, le commerce international de biens devrait enregistrer une progression de 8 % en 2021 et de 6 % en 2022. Le commerce des services devrait toutefois se relever plus lentement que celui des marchandises, car le tourisme transfrontalier et les voyages d’affaires resteront en repli tant que de foyers infectieux resteront présents.

Pour contrer les effets économiques de l’épidémie, les pays avancés disposent d’un arsenal important de mesures prenant la forme d’aides directes et de prêts, aidés en cela par les politiques monétaires expansives de banques centrales. Les pertes de production et de revenus sont bien plus faibles qu’au sein des pays émergents ou en développement. Au sein des pays de l’OCDE, des écarts importants sont soulignés. Ainsi aux États-Unis, au Canada ou au Japon, d’ici la fin de l’année, les niveaux d’activité devraient être proches de ceux de 2019. Pour la zone euro, le retour à la normale est décalé à 2022. Ce décalage dans le temps s’explique par la nature des mesures de soutien, la violence de l’épidémie et des restrictions décidées ainsi que par le comportement des populations. Le taux de croissance devrait être de 5,4 % aux États-Unis en 2021, contre 4,2 % pour la zone euro. La France, après avoir connu un recul de son PIB de 8,3 % en 2020, devrait enregistrer un rebond de 5,5 % en 2021. Le Royaume-Uni qui doit gérer concomitamment l’épidémie et le Brexit n’enregistrerait qu’une croissance de 4,5 % en 2021 après un recul de 10 % en 2020.

La Chine devrait continuer à connaître une forte reprise grâce au dynamisme des exportations et de l’investissement. Le taux de croissance devrait dépasser cette année 8 %. L’Inde qui a été économiquement touchée en 2020 avec un recul de son PIB de 8 points devrait connaître un des plus forts taux de croissance à l’échelle mondiale avec un gain de 11 %. Les pays émergents dépendant du pétrole et du tourisme seront fortement pénalisés en 2021. La pandémie pourrait effacer les progrès engrangés ces vingt dernières années en matière de réduction de la pauvreté au sein des pays en développement. Près de 90 millions de personnes devraient tomber sous le seuil d’extrême pauvreté d’ici la fin de l’année 2021.

Contexte incertain

Pour 2021, le FMI a redressé la croissance des États-Unis de 2 points par rapport prévisions initiales d’octobre 2020, en raison du maintien de la forte dynamique observée au deuxième semestre 2020 et du soutien supplémentaire apporté par le train de mesures budgétaires adopté en décembre. De même, la révision à la hausse de 0,8 point s’agissant des prévisions pour le Japon en 2021 s’explique principalement par l’impulsion supplémentaire due aux mesures budgétaires promulguées fin 2020. En revanche, pour la zone euro, le FMI a révisé à la baisse ses prévisions de croissance.

Parmi les facteurs jouant en faveur de la reprise, le FMI évoque l’accord commercial entre le Royaume-Uni et l’Union européenne ainsi que le lancement de la vaccination dans de nombreux pays y compris au sein de pays émergents. Plusieurs risques sont répertoriés par l’organisation internationale dont l’apparition de variants, la moindre acceptabilité des restrictions sanitaires par les populations, la montée des inégalités, la multiplication des faillites d’entreprise et une crispation sur le plan financier. Le FMI souligne la menace de surendettement à laquelle pourraient être confrontés des pays en développement. Une coopération internationale est réclamée afin d’éviter une déstabilisation de nombreux pays pauvres dans les prochains mois. Dans ce contexte très incertain, les prévisions de croissance pourraient, selon les économistes du FMI, varier de + ou -1 point.

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