Chroniques estoniennes (1/9) : « un petit pays qui croit beaucoup en lui-même »

Convaincu de la nécessité d’observer nos pays voisins pour s’inspirer des bonnes pratiques en matière de transformation numérique, le Comité de Pilotage digitalisation des entreprises du Centre des Jeunes Dirigeants (CJD) France décide de prendre la route vers l’Est en mars 2019. Ce voyage en Estonie inspira neuf chroniques, dont voici la première.

A l’Estonia Briefing Center, une salle porte le nom de Kraat, la créature de la mythologie estonienne qui se charge des corvées des humains. C’est l’allégorie parfaite de la stratégie du gouvernement estonien. Entre Kraat et ses licornes[1], l’Estonie a produit des outils, des organisations et des entreprises qui sont les fondations de cette société numérique quasiment légendaire.

Dans ce pays de 1,3 million d’habitants, le gouvernement s’est donné pour mission d’être au service de ses citoyens. Avant de devenir la première société numérique du monde[2], l’Estonie fut marquée par différentes dominations de ses voisins germanique et russe qui en ont fait un pays avec une mentalité très particulière que Jean-Michel Enard de la CCI France de Tallinn résume ainsi : « c’est un petit pays qui croit beaucoup en lui-même ». Il fallait, en effet, y croire pour prendre le virage du numérique en n’ayant ni ressources financières ni plan défini à la sortie de la domination soviétique en 1991.

Success-story

Comme les diverses organisations créées pour promouvoir le pays l’affirment, l’histoire de la success-story estonienne est simple ; coincé entre l’Europe et la Russie, le pays est face à une page blanche et doit trouver sa voie et se démarquer. Les Estoniens se reposent alors sur leurs compétences en cybernétique[3] et en informatique issues de l’époque soviétique pour écrire leur histoire en ligne.

Associées à une philosophie « Keep It Short and Simple » (KISS), ces compétences leur permettent de mettre en place ce qui est le projet digital étatique le plus ambitieux à ce jour dans le monde.

« e-Estonia »

Dans l’e-Estonia, la technologie n’est pas une fin en soi, mais le moyen d’optimiser les services publics et booster l’économie. C’est en faisant confiance à de jeunes individus que cette startup nation a digitalisé son administration et quasiment tous les aspects de la vie quotidienne de ses citoyens en une vingtaine d’années.

L’Estonie ne restera pas dans l’histoire comme le premier État à introduire une identité électronique liée à une carte d’identité, mais le premier à y avoir réussi.

« Les Estoniens sont parfois douloureusement pragmatiques », confie Tobias Johannes Koch, de l’Estonia Briefing Center, qui illustre simplement ce trait de caractère national : l’Estonie ne restera pas dans l’histoire comme le premier État à introduire une identité électronique liée à une carte d’identité, mais le premier à y avoir réussi. La Finlande et l’Allemagne ont également tenté l’aventure, mais en demandant, pour le premier, à ses citoyens de l’activer ou, pour le second, de mettre une puce sur la carte ou non, ils ont alors signé l’échec de sa mise en place. L’Estonie quant à elle a proposé une procédure qui ne demandait aucun effort à ses citoyens. Faciliter la vie de ses citoyens, un leitmotiv dans cette société estonienne à l’administration policée. Un Kraat bien réel.


1. Une licorne est, dans le monde des startups, une entreprise dont la valorisation est équivalente à au moins un milliard de dollars.

2. Formule du magazine Wired, https://www.wired.co.uk/article/estonia-e-resident, 2017.

3. Science qui étudie les mécanismes de communication et de régulation dans les machines et chez les êtres vivants.


Virginie Hoarau

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