COVID-19 : à menace planétaire, réaction solidaire ?

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Les bourses flanchent, le prix du pétrole s’effondre, le ralentissement de l’activité en Europe pourrait se traduire par une récession mondiale : tous les commentateurs s’accordent sur un point : l’épidémie aura des conséquences considérables. Exigeant par conséquent une riposte coordonnée ?

Les bourses flanchent, le prix du pétrole s’effondre, le ralentissement de l’activité en Europe, maillon faible, pourrait bien se traduire par une récession mondiale. Tous les commentateurs sérieux s’accordent au moins sur un jugement de fait : quels que soient ses effets sanitaires, l’épidémie de coronavirus aura des conséquences économiques et géostratégiques considérables. 

Le coronavirus, cygne noir des prospectivistes ?

A moins qu’il ne s’agisse du « cygne noir » qu’attendaient de nombreux prévisionnistes… Ils jugeaient l’euphorie des dernières années trompeuse et factice. Elle était assise sur des montagnes de dettes, encouragées par l’argent facile, distribué gratuitement par les banques centrales, afin de soulager les budgets des Etats. Les bulles finissent toujours par éclater. Et les dettes par se payer. Par exemple, sous forme d’inflation… L’épidémie serait alors une sorte de prétexte.

Mais lorsqu’il s’agit de se prononcer sur la nature de ces fameuses conséquences, alors là, les avis divergent. L’épidémie va-t-elle accélérer certains processus enclenchés ou, au contraire, en interrompre le cours, les inverser ? La contagion, parce qu’elle menace toute l’humanité, va-t-elle rapprocher les peuples, ou accentuer entre les nations, les fractures qu’on entrevoyait déjà ?

Le coronavirus, triomphe des adversaires de la mondialisation ?

Les adversaires de la mondialisation pensent leur heure enfin venue : les nations post-industrielles, disent-ils, ont enfin pris la mesure de leur excessive dépendance envers les ateliers du Sud, de l’usine du monde chinoise, en particulier. Dans la seule province du Hubei, d’où est parti le coronavirus, des centaines de milliers de PME alimentant 56 000 compagnies multinationales ont cessé le travail durant plusieurs semaines. L’interruption de leur production a entraîné des ruptures d’approvisionnement qui provoqueront nécessairement des hausses de prix en Europe qu’en Amérique du Nord. 

La fragmentation de la chaîne de valeur est excessive et l’intégration régionale asiatique, sous domination chinoise, dangereuse. Aux Etats-Unis, Donald Trump, qui n’a cessé de chercher à découpler l’économie de son pays de celle de la Chine, voit sa crédibilité se fortifier. La Chine, qui subventionne certaines de ses entreprises et n’ouvre pas réellement ses propres marchés, doit être contenue, poursuivent les partisans de cette ligne. Le coronavirus nous en offre l’opportunité. 

Le coronavirus, nouveau carburant des thèses conspirationnistes ?

L’essayiste néerlandais Ian Buruma met en garde : les grandes catastrophes déclenchent des paniques morales, elles incitent les foules égarées à chercher des responsables à leurs malheurs. Elles s’en prennent alors à n’importe quel bouc émissaire. 

Au XIVe siècle, en Europe, on a massacré des Juifs lors des épidémies de peste, en les accusant d’empoisonner les puits. En 1923, au Japon, les incendies monstres provoqués par le tremblement de terre ont été suivis du massacre de 6 000 Coréens. Des provocateurs avaient répandu la rumeur selon laquelle cette minorité, pauvre et méprisée, avait intentionnellement mis le feu à Tokyo. 

Aux Etats-Unis, le sénateur républicain de l’Arkansas, Tom Cotton, a lancé la rumeur selon laquelle le COVID-19 serait un virus, conçu dans des laboratoires chinois de guerre bactériologique. 

Ces théories conspirationnistes sont inflammables, poursuit Ian Buruma. « Il ne faut que quelques individus dérangés pour susciter la formation de _foules violentes et irrationnelles. »

L’urgence d’une collaboration sincère entre Etats

L’ancien premier ministre travailliste australien Kevin Rudd prétend justement être intervenu dans la rue, pour défendre un vieux Chinois auquel s’en prenait un raciste… Plutôt que de mettre en cause l’autoritarisme du système politique chinois, comme le fait Trump, poursuit Rudd, les dirigeants de tous les pays devraient se souvenir que la solidarité humaine l’emporte sur toute stratégie politique. 

Car ce virus nous rappelle qu’aucun pays, pas même l’Australie, n’est une île dans le monde moderne. Comme le changement climatique, le virus ne connaît pas les frontières. L’économie mondiale ne surmontera cette crise que si la confiance revient. Or celle-ci ne peut être rétablie que par la collaboration entre les Etats, travaillant de concert à éviter le spectre d’une nouvelle récession.

D’une coopération renforcée à l’instauration d’un climat de confiance

Lorsqu’un feu ravage une forêt, plaident, de leur côté, Catherine Machalaba et William B. Karesh, dirigeants de l’ONG Alliance EcoHealth, c’est la solidarité entre habitants qui s’impose. La crise du coronavirus, prétexte ou pas à un choc économique global, aura des coûts. Il serait sage de les assumer au niveau mondial. De les partager. 

« Notre organisation, rappellent Catherine Machalaba et William B. Karesh, a averti depuis des années des risques de contagion à l’homme que faisaient courir les _marchés d’animaux vivants_. Et nous savons depuis des années que certaines espèces de chauves-souris sont porteuses de virus dangereux. » 

En Malaisie, une de ces espèces appelées « renards volants » a transmis un virus redoutable pour l’homme aux porcs. Le gouvernement a donc organisé l’éloignement systématique des élevages porcins des régions où poussent les arbres fruitiers dont se nourrissent ces renards volants. Et l’épidémie a pu ainsi être endiguée. Un même effort de prévention doit être organisé à l’échelle mondiale.

Cela passe par une coopération renforcée, et un échange honnête de toutes les informations disponibles. Les organisations internationales, telles que l’OMS, doivent être renforcées. Pour sortir de la crise, la Banque mondiale et le FMI auront aussi à jouer un rôle d’assureurs en dernier ressort. 

Pour que l’humanité résiste collectivement à cette épidémie, il faut instaurer un climat de confiance entre tous les états. 

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