Economie : un trimestre en enfer

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Avec les mesures de confinement qui se sont appliquées dans un grand nombre d’États de la mi-mars à la mi-mai, de fortes contractions du PIB des grandes puissances économiques étaient attendues. Les reculs par leur ampleur n’en sont pas moins impressionnants.

Le PIB américain a reculé de -32,9 % au deuxième trimestre en rythme annualisé, selon la première estimation publiée jeudi matin par le BEA, l’office statistique américain. Par rapport au premier trimestre, la baisse est de -9,5 % après un premier trimestre qui avait déjà enregistré un premier recul de son activité. Le PIB a également diminué au deuxième trimestre en Allemagne de -10,1 %, de -13,8 % en France et de -12,1 % pour la zone euro. Ces résultats témoignent de l’effet des confinements sur l’activité économique. Ils sont une photographie de la situation économique qui a prévalu du mois d’avril au mois de juin. D’avril à la mi-mai, l’arrêt a été de mise avant de céder la place à une reprise progressive. Tous les moteurs de l’économie — consommation, investissement, exportations — ont été atteints. Le redémarrage à partir de la mi-mai a été rapide dans la plupart des pays, augurant d’un rebond au troisième trimestre. Celui-ci pourrait être néanmoins entravé par la reprise de l’épidémie en Europe et par son difficile endiguement aux États-Unis.

Un troisième trimestre consécutif de recul du PIB pour la France

Le recul du deuxième trimestre 2020 est historique. Le PIB s’est contracté de -13,8 %, après -5,9 % au premier trimestre 2020. Il est ainsi 19,0 % plus bas qu’au deuxième trimestre 2019. La baisse constatée au deuxième trimestre est néanmoins moins forte que prévue. Après un arrêt net de l’activité entre la mi-mars et la première semaine d’avril, une lente remontée s’est amorcée, remontée qui s’est amplifiée après le déconfinement

Cette contraction du PIB est la conséquence logique de l’arrêt des activités « non essentielles » durant le confinement mis en place entre mi-mars et début mai. La levée progressive des restrictions conduit à une reprise graduelle après un point bas atteint en avril.

Les dépenses de consommation des ménages se sont repliées de -11,0 % après -5,8 % au premier trimestre. La baisse a été plus marquée pour les services (-15,3 % après -5,8 %) que pour les biens (-7,1 % après -6,8 %). La consommation de biens fabriqués a diminué de -12,0 % après -16,0 % quand les dépenses en énergie se sont contractées de -11,1 % après -3,7 % en raison notamment de la forte baisse des achats de carburants liée au confinement. Les dépenses alimentaires se sont en revanche faiblement repliées (-0,5 % après +2,8 %). S’agissant des services, les dépenses de services de transports ont enregistré, du fait des limitations de circulation imposées durant le confinement, une baisse sans précédent (-45,8 % après -13,1 %). Le même constat vaut pour l’hébergement et la restauration (-56,9 % après -16,5 %). Les dépenses de consommation des administrations publiques sont également en baisse (-8,0 % après -3,5 %).

L’investissement a connu une diminution sans précédent, -17,8 % après -10,3 %. Dans la construction, la chute est encore plus nette (-26,2 % après -14,5 %), en lien avec la suspension de chantiers pendant le confinement. La baisse est également très marquée sur le trimestre dans les biens manufacturés (-23,1 % après -13,2 %).

Au deuxième trimestre 2020, le commerce extérieur contribue négativement à la croissance du PIB : -2,3 points, après -0,1 point au trimestre précédent. Les importations ont diminué de 17,3 % après -10,3 %, mais les exportations ont connu une chute encore plus violente (-25,5 % après -6,1 %). Les exportations de matériels de transport se sont arrêtées nettes.

Au deuxième trimestre 2020, les variations de stocks contribuent positivement à la croissance du PIB (+0,6 point, autant qu’au premier trimestre) en particulier dans les biens manufacturés

La production totale de biens et services a baissé de -14,2 % après -5,5 %. La contraction est particulièrement forte dans la construction (-24,1 % après -12,8 %). La production de biens a diminué de -16,8 % après -5,6 %) et la production de services marchands baisse aussi nettement (-13,4 % après -5,0 %).

En rythme annuel, le PIB américain amputé d’un tiers

Au deuxième trimestre, le PIB des États-Unis s’est contracté en rythme annuel de          -32,8 %. Cette contraction historique témoigne de l’ampleur de la récession en cours avec, à la clef, une forte dégradation du marché de l’emploi. Le taux de chômage s’élevait fin juin à 11,1 % contre 3,5 % en début d’année. Comme dans de nombreux pays occidentaux, le taux d’épargne des ménages américains a connu une progression sans précédent aux États-Unis atteignant 32 % du revenu disponible brut en avril. Il est redescendu à 23 % en mai tout en restant trois fois plus élevé qu’avant la crise.

Le contexte politique est de plus en plus complexe. Si au début de l’épidémie, les Démocrates et les Républicains s’étaient entendus sur un plan de sauvetage de l’économie de plus de 2 000 milliards de dollars, soit 10 % du PIB des États-Unis, l’élaboration d’un deuxième plan s’avère plus délicate en raison de la proximité croissante de l’élection présidentielle. Le souhait de Donald Trump de reporter l’élection présidentielle prévue au mois de novembre accroît, en outre, les tensions politiques.

Allemagne, un PIB amputé de 10 %

En Allemagne, le PIB s’est contracté de -10,1 % au deuxième trimestre, après un recul de -2 % au premier trimestre. La chute de deuxième trimestre est la plus importante jamais enregistrée en Allemagne depuis l’existence de statistiques sur la croissance. Sur un an, le PIB est en diminution de près de -12 %. Pour le troisième trimestre, les autorités comptent sur une croissance d’au moins trois points de PIB. L’Allemagne devrait néanmoins être moins touchée que la France, l’Espagne et l’Italie par la crise. Même s’il a doublé depuis le début de l’année, le taux de chômage outre-Rhin reste encore modéré à 6,3 % de la population active.

-12 % pour la zone euro

Philippe Crevel

Selon Eurostat, au cours du deuxième trimestre, le PIB corrigé des variations saisonnières a diminué de -12,1 % dans la zone euro et de -11,9 % dans l’Union européenne, par rapport au trimestre précédent. Il s’agit de loin des reculs les plus importants depuis le début des séries temporelles en 1995.

Au cours du premier trimestre 2020, le PIB avait déjà diminué de -3,6 % dans la zone euro et de -3,2 % dans l’Union. En comparaison avec le même trimestre de l’année précédente, le PIB corrigé des variations saisonnières a enregistré une baisse de -15,0 % dans la zone euro et de -14,4 % dans l’Union lors du deuxième trimestre, après avoir diminué de -3,1 % et de -2,5 % respectivement au trimestre précédent. Parmi les États membres pour lesquels les données pour le deuxième trimestre sont disponibles, l’Espagne (-18,5 %) a enregistré la baisse la plus importante par rapport au trimestre précédent, suivie par le Portugal (14,1 %) et la France (-13,8 %). La Lituanie (-5,1 %) a enregistré la baisse la plus faible.

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