La Chine est-elle encore communiste ?

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L’étoile rouge décore toujours le drapeau de la République populaire de Chine. Pourtant, aux dernières nouvelles, le pays compterait aujourd’hui 62 milliardaires (en dollars). Un état qui permet à des entrepreneurs privés de constituer de pareilles fortunes peut-il se encore déclarer communiste ?

Faucille et le marteau imprimés en rouge sur les cartes de visite des responsables du Parti et du gouvernement, étoile rouge sur le drapeau de la République populaire de Chine, à quoi rime alors la permanence de ces symboles ?

La réponse apportée par Alice Ekman, dans un livre qui paraît cette semaine, Rouge vif. L’idéal communiste chinois, est ambigue. Le système chinois, écrit cette auteure, bien connue des auditeurs de Cultures Monde, est hybride. Il mélange toute sorte d’héritages : confucéen, soviétique, maoïste… Il est à la fois pragmatique et idéologique. Il tolère un secteur privé important, mais sous le contrôle vigilant de l’état planificateur. 

Cependant, il demeure indéniablement communiste. Le Parti unique, 90 millions de membres, militant dans quatre millions et demi de cellules de base, est présent à tous les niveaux de la société. Et il exerce sur celle-ci un contrôle minutieux. Quant à l’idéologie qu’il professe, c’est bien le marxisme-léninisme. Mais dans une version repensée par le nouveau Grand Timonier, au profit de sa propre autorité. Cela s’appelle « le socialisme aux caractéristiques chinoises »

Le communisme : élément fondamental de l’identité du pays 

L’arrivée au pouvoir de Xi Jinping, à la tête du parti en 2012, puis à la présidence de la République, l’année suivante, s’est traduite par un net retour aux sources intellectuelles du régime. « Le recadrage idéologique » emprunte ses méthodes et ses slogans à l’époque maoïste. 

La campagne, lancée en mai 2019 par la direction du Parti communiste s’intitule « rester fidèle à notre engagement initial, garder constamment à l’esprit notre mission. » Comme les textes et discours de Mao, les écrits de Xi Jinping font l’objet de séances d’études obligatoires, à tous les échelons du Parti. Grâce à la méthode de propagande « trois séances, un cours », tous les cadres du Parti ont l’obligation d’assister à des séminaires d’étude et de propagande et d’en rendre compte dans des réunions, à l’échelon inférieur de sa très stricte hiérarchie intérieure. Des séances de critique et d’autocritique, dans la pure tradition maoïste, ont été réintroduites dans les cellules du Parti communiste. Celles-ci sont présentes dans toutes les entreprises d’Etat – où elles servent de relais aux décisions du centre. Mais les entreprises privées d’une certaine importance ont été invitées à ne pas oublier de créer les leurs. 

Comme il est de tradition dans tout système communiste, les organes de l’état sont doublés à tous les niveaux par des cadres du Parti et ce sont eux qui détiennent la réalité du pouvoir. 

Un resserrement du contrôle social en lieu et place d’une dynamique de libéralisation

Au point qu’on peut se demander si l’ère de relative libéralisation qu’avait impulsée Deng Xiaoping pourrait fort bien n’avoir été que l’équivalent chinois de la NEP décidée par Lénine en 1921. Une simple pause destinée à rendre un peu de dynamisme à l’économie, avant de remettre le pays sur les rails du socialisme.

L’ère Xi Jinping s’est traduite par un tel resserrement du contrôle social. Un plan national de recrutement de 10 millions et demi de « volontaires », destinés à faire la police du Parti sur internet a été imposé aux universités chinoises. Chaque université s’est vue imposer un quota de « volontaires ». Ces recrues sont chargées de faire la chasse aux contenus critiques envers le régime, ou véhiculant des idées « occidentales », c’est-à-dire libérales et favorables à la démocratie et aux droits de l’homme. 

En réalité, explique Alice Ekman, dans son livre, le Parti communiste qui dirige la Chine a tous les aspects d’une secte religieuse. Ses membres sont sans cesse sollicités à proclamer leur « foi », à faire en sorte que celle-ci soit « plus pure ». Des expressions telles que « racler l’os pour en éliminer le poison », ou « retourner la lame du couteau contre soi-même », d’usage courant dans la doxa du parti, ont clairement des accents de Révolution culturelle. 

L’épidémie COVID-19 : un caillou dans la chaussure de Xi Jinping ?

Mais les choses pourraient bien changer, selon Yuen Yuen Ang, professeure à Ann Arbor dans le Michigan. L’épidémie de coronavirus risque fort de déstabiliser le pouvoir. En le centralisant et en le personnalisant à outrance, selon elle, Xi Jinping s’est dangereusement exposé. Ses défaillances ont été dévoilées. Il est donc probable que sa position au sein de l’équipe dirigeante en soit déstabilisée. Et que, dans un futur assez proche, il soit démis d’une partie de ses fonctions, tout en conservant provisoirement ses titres. C’est ce qui est arrivé à Mao Zedong lui-même, après la catastrophe du « Grand bond en avant » de 1958 à 1962, qui s’était traduit par une famine épouvantable. 


Crédits : France Culture

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