La zone euro face à la divergence des États membres

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Ces vingt dernières années, la zone euro a connu un processus de spécialisation au sein des États membres. Les pays à vocation industrielle l’ont renforcé quand ceux dont le cœur d’activité était tertiaire ont fait de même. Il en résulte une divergence des économies qui n’est pas spécifique à l’Europe, le même phénomène étant constaté à l’intérieur des États-Unis. Le plan de relance et le processus de relocalisation de certaines activités pourraient accentuer un peu plus la spécialisation des États membres, ce qui pourrait provoquer des tensions en leur sein.

L’unification monétaire, mise en œuvre à compter de 1999, a fait disparaître le risque de change, permettant une exploitation complète des avantages comparatifs. En vingt ans, le poids de la valeur ajoutée dans l’industrie manufacturière est passé de 19 à 20 % du PIB, en Allemagne, de 16 à 15 % en Italie, de 14 à 12 % en Espagne et de 11à 10 % en France. En contrepartie, l’Italie, l’Espagne, la Grèce et la France se sont spécialisées dans le tourisme, ce qui a généré un solde positif croissant de 1999 à 2019 au niveau de la balance des paiements courants.

Cette divergence sur le plan des activités entraîne celle des revenus. Sur ces vingt dernières années, » écart de PIB par habitant avec l’Allemagne est passé de 10 à 15 points pour la France, de 20 à 30 points pour l’Italie et de 50 à 60 % pour la Grèce.

Aux États-Unis, des écarts sont également constatés au niveau des PIB par habitant des différents États fédérés. Le rapport est de 1 à plus de 2 entre l’État du Mississippi (40 000 dollars en 2019) et l’État de New York (90 000 dollars). Onze États fédérés américains ont un PIB par habitant supérieur à 70 000 dollars quand dix ont un PIB par habitant inférieur ou égal à 50 000 dollars. Le fédéralisme est pourtant bien plus puissant aux États-Unis qu’en Europe. Les dépenses fédérales représentent 22 % du PIB hors période de crise quand, au sein de l’Union européenne, elles ne s’élèvent qu’à 1,2 % du PIB (environ 1 000 milliards d’euros, soit moins que le montant global des dépenses publiques françaises). L’absence de système de correction des inégalités ne pourra qu’accentuer, à terme, l’hétérogénéité des revenus la zone euro.

Pour limiter la divergence des revenus au sein de l’Union européenne, les pouvoirs publics devraient mettre en œuvre des plans de relocalisation et de développement des industries stratégiques au sein des États qui en sont pour le moment démunis. Les secteurs concernés sont les médicaments, l’électronique, l’informatique, les batteries, les éoliennes, les robots, les objets connectés, l’armement, etc. Naturellement, ces industries s’implanteront non pas en France, en Italie ou en Espagne, mais dans les pays où se trouvent les avantages comparatifs en particulier au niveau des compétences (Allemagne, République tchèque, Europe du Nord).

La production d’éoliennes est en Europe concentrée au Danemark et en Allemagne. L’Espagne se classe en troisième production grâce à la présence de l’entreprise allemande Siemens. Au sein des autres États membres, cette activité est marginale. Pour la pharmacie, la répartition est plus égalitaire. Les technologies de l’information et de la communication sont plus présentes en Allemagne et en France que dans les autres pays.

Malgré quelques projets en cours de développement, les semi-conducteurs et les batteries électriques ne sont pratiquement pas produits en Europe. Si les autorités européennes n’arrivent pas à inciter à une diffusion des activités industrielles dites stratégiques au sein de l’ensemble du territoire de l’Union, en réaction, plusieurs pays pourraient s’engager dans des plans de développement national avec des risques de tensions internes, car ils seront tentés de prendre des mesures protectionnistes remettant en cause le bon fonctionnement du marché unique.

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