Le 21 juillet, un grand pas pour l’Europe ?

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En novembre 2008, pour la première fois depuis la création du G20 en 1999, les chefs d’État et de gouvernement des vingt principales puissances économiques se réunissaient à Washington afin de prendre des mesures d’endiguement de la crise financière provoquée par les subprimes. Ce sommet témoignait de la volonté d’union des dirigeants face à la menace d’implosion de la sphère financière.

Douze ans, plus tard, la même unité ne prévaut pas devant la crise sanitaire. Entre temps, les relations entre les différents États, en particulier entre les États-Unis et la Chine, se sont dégradées sur fond de protectionnisme et de populisme. Les premiers jugés responsables de la crise de 2008 sont de plus en plus en concurrence frontale avec la seconde à l’origine de la crise actuelle. Comme au temps de la guerre du Péloponnèse, rien ne semble pour le moment arrêter la poussée aux extrêmes de la compétition entre ces deux hyperpuissances.

L’Europe compte les points

La guerre commerciale et technologique fait rage et oblige les autres États à choisir leur camp. Subrepticement, une partition du monde s’opère : d’un côté l’Ancien Monde avec, au centre, les États-Unis qui manient de plus en plus le hard power ; de l’autre, le Nouveau Monde avec en figure de proue, la Chine qui attire un nombre croissant de pays émergents ou en développement. Cette partition concerne en premier lieu les techniques de l’information et de la communication. Leur essor a accompagné le processus de mondialisation tel que nous le connaissons depuis les années 90. Après l’effondrement du rideau de fer, l’idée que l’information et les données pouvaient librement circuler s’est imposée. La gestion des données est devenue en quelques années un enjeu majeur. La puissance économique dépend de plus en plus de la capacité à les traiter et à les exploiter à l’échelle planétaire. Ce secteur est monopolisé par les entreprises chinoises et américaines avec des zones de friction en forte croissance. Les autorités chinoises limitent l’accès de leur marché aux GAFA, accusées d’ingérence dans la vie politique intérieure, quand les États-Unis reprochent aux firmes chinoises comme Huawei, de récupérer des informations sensibles pour le seul profit de la Chine et de ses dirigeants. Dans ce combat de titans, l’Europe, pour le moment, compte les points. Dépendante économiquement des États-Unis et de la Chine, elle est écartelée en outre par sa loyauté vis-à-vis de son allié historique qui a tendance à la négliger depuis quelques années.

L’accord du 21 juillet dernier sur le plan de relance européen peut marquer une date clef dans l’histoire de l’Union européenne. En effet, pour la première fois, des subventions seront allouées aux États en prenant en compte leur situation économique. Jusqu’à maintenant, seuls les programmes du Fonds Européen de Développement Régional obéissaient à une logique fédérale. Ce premier pas franchi, d’autres pourraient suivre pour favoriser, par exemple, l’émergence d’un secteur européen de l’information et de la communication. En la matière, la juxtaposition de 27 marchés n’a aucun sens face à la concurrence chinoise ou américaine ; l’échec du moteur de recherche français Qwant en est la meilleure preuve. Ce secteur exige une large profondeur de marchés et exige également un marché de capitaux réellement unifié.

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