Le commerce international en plein doute

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L’accord entre la Chine et les États-Unis permettra-t-il un rebond du commerce international ? L’évolution de ce dernier obéît-elle au contraire à des facteurs structurels d’une autre nature ? La rupture au niveau des échanges mondiaux est antérieure aux majorations de droits de douane décidées par le Président Donald Trump. Elle s’est produite lors de la grande récession de 2009. Le poids du commerce international est passé en dix ans de plus de 25 % du PIB à 21 %.

Les échanges internationaux sont contraints depuis une décennie en raison de l’évolution de la demande en biens industriels. Les besoins de la population des pays émergents commencent à se saturer. En outre, plus une population s’enrichit, plus elle vieillit et moins elle consomme en valeur relative des biens industriels, privilégiant la consommation de services (santé, loisirs).

Une tendance à la régionalisation des chaînes

La demande en biens industriels connaît une croissance plus faible en raison de la stagnation de l’investissement en biens d’équipement. Les capacités de production étant excédentaires, les entreprises ralentissent leurs projets d’équipement. Par ailleurs, les pays émergents ont développé des industries de biens d’équipement et recourent ainsi moins aux importations.

La montée en puissance des pays émergents s’est accompagnée d’un processus d’éclatement des chaînes de valeur. Avec l’augmentation des coûts salariaux dans ces pays et la multiplication des tentations protectionnistes, le processus s’est interrompu. La tendance est à la régionalisation des chaînes avec, à la clef, moins d’échanges. Les contraintes environnementales commencent à peser sur les modes de production.

Si dans les années 90 et 2000, la croissance de la production industrielle était identique à celle du PIB, un décrochage est constaté dès 2007. Si le PIB mondial s’est accru de 70 % de 2009 à 2019, la production manufacturière n’a enregistré qu’une hausse de 25 %.

Depuis trois ans, la moindre croissance des exportations concerne essentiellement les États-Unis, le Japon, la Chine et les pays exportateurs de pétrole. En Europe, l’Allemagne a été touchée en 2019. Sur le plan des importations, la décélération est imputable aux États-Unis, du Japon, à la Chine et aux exportateurs de pétrole ainsi qu’aux pays émergents. En revanche, l’Europe a conservé un fort niveau d’importations.

Un décollage de l’Afrique ?

Philippe Crevel

Si les tensions commerciales entre la Chine et les États-Unis ont réduit la croissance mondiale de 0,1 à 0,2 point de PIB, elles sont loin d’expliquer la faiblesse du commerce international. Après une phase de très forte croissance, une opération de consolidation est en cours. Les besoins de la population mondiale évoluent, ce qui devrait peser sur le niveau et la nature des échanges. La demande de protection et de services devrait continuer à s’accroître d’ici le milieu du siècle. Seule un décollage rapide de l’Afrique pourrait générer une nouvelle poussée de la demande en biens industriels. 

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