L’Europe face à la deuxième vague

© Can Stock Photo / bennymarty

La deuxième vague de covid-19 a cueilli l’Europe tout juste sortie d’un premier train de confinements qui avait entraîné un recul sans précédent de la croissance en période de paix. Ce recul avait été suivi d’un réel rebond durant la période estivale qui, avec le recul, apparaît de plus en plus comme une simple trêve dans la lutte contre le virus.

Les taux de croissance ont atteint plus de 15 % dans plusieurs pays, notamment parmi ceux qui avaient été durement touchés par la première vague. Dès le mois de septembre, la reprise a commencé à s’étioler du fait des contraintes pesantes sur certains secteurs et le poids des incertitudes. Les instituts de conjoncture espéraient néanmoins en une simple stabilisation du PIB pour le quatrième trimestre. Le nouveau cycle de confinements engagés en octobre remet en cause toutes ces prévisions. L’expérience acquise au printemps évitera sans doute un plongeon de l’activité, mais elle n’empêchera pas un recul du PIB.

La Commission de Bruxelles a publié ses nouvelles prévisions ce 5 novembre en intégrant les dernières mesures prises par les gouvernements européens. Pour l’Union européenne, la contraction du PIB pourrait atteindre 7,4 % en 2020 et 7,8 % pour la seule zone euro. En 2021, le rebond s’élèverait à 4,1 % pour l’ensemble de l’Union européenne et à 4,2 % pour les dix-neuf pays de la zone euro. Au début de l’été, la Commission avait l’espoir d’un rebond de 6 points de PIB. Selon la Commission, le PIB européen ne retrouvera son niveau de 2019 qu’au mieux fin 2022 et non fin 2021 comme initialement prévu. La prévision retenue par Bruxelles pour la France est une contraction de 9,4 % du PIB en 2020 et un rebond de 5,8 % en 2021. Pour l’Allemagne, la baisse du PIB serait de 5,6 % en 2020 suivie d’un rebond l’année prochaine de 3,1 %. Le pays qui devrait subir le plus violent décrochage économique cette année est l’Espagne, avec un PIB en baisse de 12,4 %.

Les économistes de Bruxelles ont admis que si les contraintes liées au confinement perduraient une grande partie de l’hiver, le recul du PIB serait alors de 8,75 % en 2020. Pour 2021, en fonction de la durée de l’épidémie, la croissance pourrait être plus ou moins compromise.

La Commission estime que les États membres devront faire face à une série de problèmes avec des faillites, du chômage de longue durée et des ruptures dans les chaînes de valeur. Elle indique qu’il conviendra de veiller à la stabilité de la sphère financière. Le taux de chômage dans l’Union européenne pourrait passer de 6,7 % l’an dernier à 8,6 % en 2021.

Tendance récessionniste

Dans la zone euro, le déficit public cumulé qui représentait 0,6 % du PIB en 2019, devrait atteindre 8,8 % en 2020 pour refluer légèrement en 2021, à 6,4 %, puis à 4,7 % en 2022. La dette publique de la zone euro, qui s’élevait à 85,9 % du PIB en 2019, est anticipée à 101,7 % cette année (et 102,6 % en 2022). Avec un déficit public à 10,5 % du PIB en 2020, la France devrait supporter une dette publique de 119,4 % en 2022, contre 98,1 % l’an dernier. De son côté, la dette allemande passerait de 59,6 % du PIB en 2019 à        71,2 % cette année.

L’adoption de nouvelles mesures de soutien pour contrecarrer la tendance récessionniste qui s’installe a été évoquée par la Commission de Bruxelles. Ella a noté qu’en l’état actuel, les dispositifs visant à assurer la liquidité de l’économie européenne (garanties et reports d’impôt) représentaient 22,5 % du PIB européen et que les mesures de soutien budgétaire sont de 4,4 % du PIB. Le maintien de l’ensemble des mécanismes de soutien a été préconisé. Le plan de relance européen de 750 milliards d’euros, sur lequel les Européens se sont accordés le 21 juillet dernier, est censé être finalisé cette année pour un déploiement à compter du premier semestre 2021. Ce plan ainsi que le budget communautaire de 1 074 milliards d’euros pour la période 2021-2027 sont en cours d’examen au Parlement européen qui en critique le montant et le contenu. Le plan de relance européen devra être ratifié par les parlements nationaux. Plusieurs États pourraient rechigner à le ratifier avec comme conséquence le risque d’un report de son application. Nul ne pense qu’en l’état il puisse être appliqué à partir du 1er janvier 2021. Plusieurs pays ont demandé une réévaluation des aides jugeant qu’elles ont été calculées sur la base des effets de la première vague. Le gouvernement espagnol souligne que la contraction du PIB de son pays est plus élevée que celui de l’Italie (-12 contre -9 %), or la seconde bénéficie d’aides plus importantes… La République tchèque et le Portugal pourraient également demander un réexamen des aides. Les Pays-Bas qui étaient hostiles au plan de relance doivent faire face à une deuxième vague plus violente et pourraient estimer qu’ils pourraient en être aussi bénéficiaires.

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