L’Europe, une idée encore neuve

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L’Union européenne et la zone euro sont facilement accusées de tous les maux. Au fil des décennies, elles sont devenues des boucs émissaires, les gouvernements se déchargeant de leur impuissance sur les autorités européennes. Malgré d’évidents problèmes, l’Union comme la zone euro ont pourtant fait preuve depuis vingt ans d’une réelle résilience et ont permis aux Etats membres de surmonter les crises. Certes, en termes de croissance et d’emploi, les Etats européens ont obtenu de moins bons résultats que les Etats-Unis. A priori, cette situation n’est pas imputable à un trop d’Europe, mais plutôt à une insuffisance d’Europe.

Depuis la crise financière de 2008, la zone euro a souffert d’un déficit de mutualisation financière. L’arrêt de la mobilité des capitaux a accentué la tendance récessive. Les excédents commerciaux de l’Allemagne et des Pays-Bas ne sont plus prêtés aux autres pays qui ont été contraints de mettre en place des politiques de rigueur pour réduire leurs déficits;

La divergence des économies menace le fonctionnement de la zone euro. L’Italie et, dans une moindre mesure, la France et l’Espagne connaissent une baisse plus rapide de leurs gains de productivité que l’Europe du Nord en lien avec la tertiarisation de leur économie. En Italie, la productivité par tête a ainsi baissé de 18 % entre 1999 et 2020 quand elle est en hausse de 5 points pour l’ensemble de la zone euro (hors Italie). Face à la baisse de la productivité et de la croissance potentielle, le recours à l’endettement s’est imposé, ce qui constitue une solution non viable sur le long terme. De 1999 à 2020, le taux de croissance potentielle est passé de 3 à 0 % et la dette de tous les agents non financiers de 180 à 260 % du PIB.

S’endetter à faible coût

Les évolutions économiques et politiques divergentes agissent comme autant de forces centrifuges qui aboutissent à rendre de plus en plus difficile l’élaboration de politiques communes. Le processus de décision qui repose sur l’unanimité aboutit à rendre le coût du vote marginal très élevé. La Pologne, la Hongrie ou la Roumanie qui considèrent que leurs intérêts ne sont pas suffisamment pris en compte par les Etats d’Europe de l’Ouest marchandent avec beaucoup d’énergie leur voix. L’Union européenne pour des raisons historiques reste avant tout dominée par les pays fondateurs que sont la France, l’Allemagne, l’Italie et le Benelux. Les sièges importants des instances européennes sont situés dans ces pays. Lors des élargissements successifs, aucun rééquilibrage géographique des institutions n’est réellement intervenu.

La zone euro permet aujourd’hui à tous ses Etats membres de s’endetter à faibles coûts et sans réelle limite grâce à la politique de rachats organisée par la Banque centrale européenne. Au cours de l’année 2020, l’encours de dette publique détenu par la BCE a atteint 22 000 milliards d’euros contre 300 milliards d’euros en 2015. Les écarts de taux depuis le début de la crise sont demeurés très faibles entre les Etats membres. La réponse de la BCE a été rapide et efficace. La Commission Européenne tout comme le Mécanisme Européen de Stabilité (ESM) et la BCE ont garanti de manière crédible qu’il n’y aurait pas de crise des dettes, l’ESM ayant été doté depuis la crise grecque d’une capacité de prêts de 500 milliards d’euros. Cette crise n’a pas conduit à des problèmes de change. Si la monnaie commune n’avait pas existé, des variations de change fortes se seraient certainement produites entre les pays lourdement frappés par la Covid-19 et les autres. Le secteur financier résiste jusqu’à maintenant assez bien à la crise sanitaire et a été mis à contribution dans le cadre du soutien et du financement du secteur privé. Les efforts engagés après les crises des subprimes et des dettes souveraines semblent avoir porté leurs fruits.

La crise sanitaire a amené les Etats membres à accepter la création d’une dette de l’Union européenne. Celle-ci permettra de financer les dépenses de chômage et le plan de relance. Ces obligations captent une partie de l’excédent de l’épargne européenne et contribue à une circulation des capitaux au sein de l’Union.

Le plan de relance de 750 milliards d’euros est une réponse commune au choc économique généré par les confinements. Il vise également à rattraper le retard pris par les Etats membres dans certains secteurs (le numérique, les énergies renouvelables, la santé, etc.). Il devrait permettre de redresser le niveau technologique de la zone euro et ainsi sa croissance potentielle.

Pour le moment, la crédibilité de la zone euro sort plutôt renforcée avec, à la clef, une appréciation de la monnaie par rapport au dollar (+8 % entre le 1er janvier et le 9 décembre 2020). L’euro a renforcé depuis le début de la crise son poids en tant que monnaie de réserve. Le dollar représentait à la fin du premier semestre 2020, 60 % des réserves de change mondiales, contre 64 % en 2015. L’euro sur cette période est passé de 19 à 20 %.

Le modèle social européen, malgré les critiques qui peuvent exister au sein de plusieurs Etats, a bien résisté. Le vieux continent se caractérise par des inégalités plus faibles qu’ailleurs. Le taux de pauvreté dépasse 24 % aux Etats-Unis, contre 17 % au sein de la zone euro. Le taux d’emploi est même devenu plus élevé qu’aux Etats-Unis, certes de manière un peu artificielle avec le recours massif au chômage partiel.

La zone euro ne dispose pas d’un réel budget autonome lui permettant de mutualiser des politiques sociales et d’investissement. La couverture chômage devrait être du ressort européen. L’instauration d’une sécurité sociale européenne qui pourrait, en particulier, avoir la charge des expatriés, des transfrontaliers et des travailleurs détachés éviteraient certaines distorsions de coûts. Par ailleurs, la mise en place d’un système européen d’assurance chômage aurait un effet de mutualisation important.

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