Quand la dette européenne ouvre de nouvelles perspectives

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A travers le dollar, les États-Unis bénéficient d’un atout de premier ordre dont ne dispose pas encore la zone euro. Le dollar est la monnaie de réserve mondiale par excellence, offrant une situation de rente à son émetteur. Ce monopole pourrait être remis en cause dans les prochaines années sous réserve du respect de quelques conditions.

62 % des réserves de change sont en dollars contre 20 % pour l’euro, le yen, la livre sterling et le renminbi chinois se partageant le reste. Cette position dominante du dollar permet aux États-Unis de s’affranchir de la contrainte de l’équilibre commercial. Elle offre, en outre, la possibilité de financer un investissement structurellement supérieur à leur épargne en accumulant de la dette extérieure à un taux d’intérêt faible.

Aux États-Unis, en moyenne, le taux d’investissement est supérieur de deux points de PIB au taux d’épargne. La dette extérieure nette américaine s’élève à 58 % du PIB en 2019, elle était nulle en 1990. Les achats nets liquides et monétaires par les non-résidents représentent, en moyenne, 1 % du PIB quand les achats d’obligations atteignent 2 % du PIB. Les encours de Treasuries détenus par les non-résidents sont passés de 400 à 7 000 milliards de dollars de 1990 à 2020.

La zone euro est dans la situation inverse des États-Unis. Elle dégage un important excédent au niveau de la balance des paiements courants, autour de 2 % du PIB en moyenne, ces dernières années. L’épargne est élevée et supérieure de plus de deux points de PIB à l’investissement. Par ailleurs, la dette extérieure de la zone euro est nulle.

L’Europe finance la croissance à l’extérieur de ses frontières, que ce soit en Asie ou aux États-Unis. Le sous-investissement chronique pèse sur sa croissance potentielle. De 1998 à 2019, la croissance a ainsi augmenté de 62 %, aux Etats-Unis, contre 35 % au sein de la zone euro.

Le dollar est une monnaie de réserve en raison du poids des États-Unis en tant que première puissance économique et gendarme du monde. Son statut de monnaie de réserve, le dollar le doit également au montant de la dette fédérale. Celle-ci est importante, 25 000 milliards d’euros d’obligations et de titres monétaires provenant d’un seul émetteur.

L’euro, un concurrent au dollar ?

Le dollar est pour le moment sans concurrent. Seul l’euro pourrait le contester dans les prochaines années. Malgré le rôle de première puissance commerciale qu’occupe la Chine, le renminbi n’est pas en capacité de prendre la place du dollar. La devise chinoise pâtit de la faiblesse de son marché financier, de l’absence de transparence de sa banque centrale ainsi que du caractère peu démocratique de son régime politique. Les autorités chinoises entendent renforcer le renminbi. Elles ont créé ainsi la Banque Asiatique d’Investissement afin de concurrencer le FMI. Néanmoins, les restrictions économiques pour les investisseurs étrangers constituent un frein à l’essor de la devise chinoise. Pour le yen et la livre sterling, le handicap provient de la taille réduite des économies japonaise et britannique.

L’euro bénéficie d’une zone de chalandise de plus de 300 millions d’habitants disposant d’un fort pouvoir d’achat. Cette zone intègre plusieurs grands pays démocratiques comme l’Allemagne, la France, l’Italie ou l’Espagne. L’économie est relativement ouverte sur l’extérieur. Les décisions de la Banque centrale européenne font l’objet d’une publicité garantie d’une transparence certaine. En revanche, l’euro est pénalisé par la faible profondeur du marché financier qui repose sur 19 segments de dettes de taille diverse. En outre, depuis la crise grecque, ces marchés se renationalisent, les épargnants des différents pays financent une part croissante de la dette émise par leur pays d’origine. La segmentation des marchés financiers et l’absence d’une grande place de l’euro jouent également en défaveur de ce dernier.

Ni Francfort ni Paris n’ont réussi à s’imposer comme la grande place financière de l’Union européenne. Jusqu’au Brexit, ce rôle était dévolu à Londres. S’il y avait une dette unique souveraine de l’euro, liquide et de grande taille, la demande internationale pour cette dette serait plus importante. Le poids de l’euro dans les réserves de change augmenterait, la zone euro pourrait s’endetter auprès du reste du monde pour financer des investissements.

Le plan de relance européen du mois de juillet 2020 reposant sur l’émission d’une dette européenne devrait accroître le statut de monnaie de réserve de l’euro. Cet essor pourrait être facilité par les difficultés que rencontre le dollar en raison de l’augmentation très rapide de son endettement et des incertitudes politiques. Le passage du « soft-power » au « hard-power » encourage les investisseurs internationaux à se diversifier. Les Etats-Unis en imposant de plus en plus durement aux non-résidents certains aspects de leur politique (embargo, protectionnisme, mesures de rétorsions, normes, etc.), les États-Unis apparaissent de moins en moins prévisible, ce qui devrait nuire à terme au dollar.

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