Happy GOVDAY : Gouverner en se souciant de l’environnement (1/3)

L’environnement et son écosystème étaient au cœur des débats d’HappyGovDay, le sommet international de la gouvernance, qui s’est tenu à Lyon les 10 et 11 décembre 2019. Gouverner, une instance politique, une association ou une entreprise, repose sur les mêmes fondamentaux : se soucier de son environnement à l’instant T et à un horizon plus lointain ; prendre des décisions dont l’impact positif sera encore perceptible dans le futur. Le monde de la finance semble aussi avoir son rôle à jouer. Ce vaste débat bouscule les consciences, interroge et incite à se pencher sur la biologie, le vivant et même les principes des peuples primaires, comme ceux des Navajos.

« Quand on agresse le vivant, on s’auto-agresse », lance comme une provocation, Gilles Bœuf, biologiste notamment professeur à Sorbonne Université et président du Museum national d’histoire naturelle, aux participants d’HappyGovDay. « Nous sommes la nature. Nous sommes la biodiversité. Nous sommes le vivant. Nous ne coopérons qu’avec cela. Or, le vivant s’en va. Nous évoluons dans un système où l’homme a créé des désordres qui commencent à nous perturber. Près de 50 % de nos sols ont été tués par les pesticides… »

Un tableau noir ? Pas seulement. Par ces paroles, le biologiste entend ébranler les consciences pour alerter sur les changements de comportements qui doivent être au cœur de toutes les politiques et les stratégies aujourd’hui. « On ne peut pas empêcher le climat de changer, dit-il. C’est trop tard. Prenons le problème à bras le corps et changeons, nous ! »

Pour le scientifique, c’est tous ensemble que les solutions, pour beaucoup déjà existantes, deviendront efficaces. « Les politiques, les scientifiques, les ONG, les entreprises doivent travailler ensemble. »

Et l’entreprise, dans la façon dont elle est pilotée par un dirigent volontariste, a bien toute sa place pour faire bouger les lignes. « L’entreprise a pour vocation de faire du profit et de créer des emplois. Ok. Mais à une condition : elle ne doit pas faire de profits en détruisant la nature ou en la surexploitant. La planète continuera de vivre, c’est certain. Désormais, il faut sauver les hommes qui l’habitent », clame Gilles Bœuf.

Servir le bien commun

Le lien social est, pour le biologiste, la solution de pas mal de maux. « Par le fait qu’elle crée du lien social, l’entreprise a un vrai rôle à jouer en faveur de l’environnement. Se questionner sur une société plus responsable et plus durable fait partie des bonnes pratiques de gouvernance pour une entreprise. »

La finance, souvent accusée de causer une bonne partie des désordres de la planète, peut aussi s’orienter vers plus de responsabilité. Bertrand Badré, au CV solide dans les instances financières et politiques françaises et internationales, a créé, en 2016, le « fonds d’investissement éthique » Blue like an orange sustainable capital dont l’ambition est de mobiliser l’épargne mondiale (les fonds de pension aux Etats-Unis, l’assurance-vie en France, les fonds souverains…) pour financer des projets humainement utiles et en faveur du développement durable. « Je fais se rencontrer les différents mondes pour que l’on reprenne le contrôle de la finance afin qu’elle serve le bien commun », dit-il. Le lien social, on y revient.

Installé à Washington DC, son fonds éthique, affirme « que l’on peut combiner les rendements de marché et un impact positif sur l’environnement ». Bertrand Badré parle de « finance d’impact », même si la hiérarchisation des priorités d’investissement reste complexe. « La santé ? L’eau ? La biodiversité ? Les inégalités ? Les besoins ne sont pas les mêmes dans tous les coins de la planète. Selon les zones géographiques les potentiels sont différents. Mais les opportunités sont partout », concède le financier.

« Il faut se pénétrer de l’idée que l’on a tous, à notre niveau, une capacité à bouger individuellement et plus encore collectivement ».

Bertrand Badré

Le dirigeant livre, aux participants d’HappyGovDay, ses réflexions qui l’ont amené à quitter la finance pure et dure pour mobiliser autour de son fonds éthique : « Depuis une cinquantaine d’années, le modèle néolibéral dans lequel nous évoluons et qui prend ses racines chez l’économiste Milton Friedman, prônait le profit comme ultime objet de l’entreprise. Depuis les crises financières de 2008, la donne s’est complexifiée. On est passé de « Le profit est une fin en soi » à « Il faut trouver des solutions profitables, au service de la résolution des problèmes de notre planète ». Si on ne pense pas comme cela, nous n’aurons plus rien pour faire des profits… »

Bertrand Badré promeut « la triple dimension qui est la compatibilité entre le rendement, le risque et l’impact » sinon, « on va dans le mur ». Seulement il n’existe pas de « maitre du monde pour dire qu’on se met tous autour de la table pour agir ainsi ». Sans changer radicalement un système qui s’appuie sur des lois ou des normes comptables, les petits pas peuvent contribuer à faire les grands chemins.

La paix, l’amour, la beauté…

L’impact. Tel est aussi le leitmotiv du peuple des Navajos. Invités de Virginie Nogueras, l’organisatrice du forum HappyGovDay à Lyon, Jim Harrison et Andrew Thomas ont raconté comment la nature régit les décisions et la vie de ce peuple Amérindien composé de près de 300 000 personnes dans des réserves en Arizona, au Nouveau Mexique et en Utah. « On ne prend à la terre, notre mère nourricière, que ce dont nous avons besoin. Pas plus. Nous nous efforçons de ne pas surconsommer. Nous prônons la sobriété et prenons soin de notre terre », dit Jim Harrison. Alors que les décisions politiques ou économiques se prennent en tenant compte de leur impact sur les sept générations futures, le sujet de la gouvernance, pour les Navajos, fait référence à « l’harmonie, la paix, la dignité, le cœur, l’ouverture d’esprit, l’amour, la beauté… ». Des mots, des notions, encore peu entendus dans les conseils d’administration des entreprises occidentales.

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