Happy GOVDAY : La gouvernance du XXIe siècle doit créer une richesse collective (2/3)

Virginie Nogueras (au centre), à l’initiative de l’événement

« La question de la gouvernance est aussi vieille que l’humanité », selon Eric Julien géographe et modérateur du débat « Gouvernance du XXIe siècle : ère de la raison d’être ? » qui s’est tenu le 9 décembre 2019 lors du sommet HappyGovDay à Lyon. Pourtant, les termes, les notions et les approches évoqués lors des échanges entre les dirigeants internationaux doivent être formalisés pour que des idées simples et de bon sens redeviennent la norme dans les organisations.

Faire surgir le meilleur de chacun. Décider ensemble. Choisir dans l’intérêt collectif. Trois notions simples qui devraient animer toute gouvernance et qui, pourtant, doivent être remises au cœur des débats régulièrement. « Lorsque mon père, entrepreneur, avait besoin d’un financement, les banquiers se déplaçaient dans son entreprise pour venir constater la poussière sur les établis et le sourire sur les lèvres de ses collaborateurs. C’était leurs critères pour attribuer un prêt. Aujourd’hui, quand je sollicite une ligne de crédit, mon banquier me demande des ratios et des tableurs de chiffres… » Anie Rouleau, marraine de la troisième édition du sommet HappyGovDay, a fondé, en 2012 à Montréal, Baleco, une entreprise d’une quinzaine de personnes, qui conçoit et commercialise une gamme de produits écoresponsables pour le corps et la maison. L’anecdote qu’elle livre aux participants d’HappyGovDay lors du débat sur la gouvernance du XXIe siècle illustre les glissements, voire les dérives, des dernières décennies quant aux relations dans le milieu des affaires. Cet exemple canadien pourrait tout aussi bien prendre vie dans une entreprise française.

Mais, de plus en plus de dirigeants, à travers le monde, entendent revenir à des fondamentaux pour diriger et surtout faire prospérer leurs entreprises. « Retravailler les relations entre les individus. Repenser les principes mêmes de la vie. Ouvrir de nouvelles routes pleines d’enthousiasme », sont les pistes apportées par Eric Julien.

« En tant que dirigeants, nous sommes la RSE, ajoute Anie Rouleau. Nous devons être acteurs de la communauté pour créer une richesse collective. Le cœur et l’esprit doivent reprendre le dessus, mais les changements de mentalité prennent du temps. »

Un leitmotiv est sur toutes les lèvres : « On ne peut plus bâtir une entreprise uniquement pour des profits ou un enrichissement personnel. » Le concept des 3 P — Profit, People, Planet est rappelé pour signifier qu’un management responsable, au bénéfice de tous, est possible. Tout est question de conviction et d’engagement, notamment du dirigeant. C’est lui qui donne le La, impulse la dynamique, motive les troupes et donne l’exemple.

Les petits princes, des étudiants présents lors d’HappyGovDay pour interpeller les speakers abordent ces items : « Dans un monde où les employés ont soif de reconnaissance et de sens, les décideurs de demain porteront l’humain au cœur de l’entreprise », dit Clémence.

Modèles vertueux

Le monde de la finance semble aussi avoir son rôle à jouer dans le retour à une économie plus solidaire et responsable. « Les marchés financiers peuvent punir les entreprises, affirme Anne-Marie Hubert, directrice associée du cabinet d’audit international EY Canada. Nous notons une réelle tendance, chez les investisseurs, à, de plus en plus, prendre en compte, lors de leurs engagements financiers, le comportement et des modèles d’entreprises vertueux qui prennent soin de leurs collaborateurs ou qui se soucient de leur impact environnemental. La “raison d’être” des entreprises doit être large et la gouvernance repensée pour passer moins de temps sur les aspects financiers, mais, par exemple, inclure des données sur les talents internes ou l’impact sociétal des activités des entreprises pour influencer les investisseurs. »

Un réel défi attend ainsi les parties prenantes pour imaginer « des mesures homogènes pour parler du capital humain, comme il existe des normes comptables », pour Anne-Marie Hubert. La directrice d’EY livre ces réflexions suite à une expérimentation menée avec « des investisseurs représentant 10 % des capitaux mondiaux investis dans l’économie internationale ». Oui, il est important d’avoir des entreprises profitables et de faire des résultats « mais en intégrant quoi ? » s’interroge Anne-Marie Hubert qui préconise « une façon plus humaine d’aborder la gouvernance » et pour laquelle « les évolutions passent obligatoirement par des changements dans les marchés financiers mêmes ».

Les petits princes ont également repris ce thème de la finance responsable : « Les entreprises ont tendance à privilégier la finance plutôt que l’environnement. Il faut agir aujourd’hui afin de changer l’avenir des générations futures plus qu’incertain », dit Sophie.

Action collective

« La gouvernance en silo qui se pratiquait ne peut plus prospérer. L’action collective, le multipartenariat, la coopération ne sont plus des vœux pieux et se pratiquent. Je l’ai vu au bénin, dans une petite communauté où deux entreprises collaborent avec le monde de la recherche, les autorités locales et la population pour engager, ensemble, des actions pour faire face aux changements climatiques », témoigne Hippolyte Dansou, doctorant en gouvernance collaborative et fondateur de l’ONG béninoise Boussole de la cité qui initie des actions en faveur du développement local, de l’autonomisation des populations et de la gouvernance multiniveaux. La proactivité fait partie des enseignements du jeune Béninois qui préconise de changer de posture du « Que faites-vous pour moi ? » en « Que fais-je ? ».

« Je souhaite plus de transparence dans les entreprises, plus de relations informelles entre les salariés et le sommet hiérarchique et enfin une réelle relation de confiance avec toutes les parties prenantes de l’organisation », dit à l’assemblée Martin, un petit prince venu bousculer les dirigeants d’aujourd’hui afin qu’ils gardent aussi en ligne de mire l’héritage qu’ils laissent aux jeunes générations.

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