Pourquoi Greta Thunberg suscite-t-elle autant de violence ?

La couverture de Charlie Hebdo datée du 24 juillet 2019.

La Une de Charlie Hebdo du 24 juillet dernier était délicieusement ironique et pointait la méfiance et l’hostilité quasi viscérale que déclenche l’adolescente suédoise. De nombreux intellectuels ont publié des tribunes ou accordé des interviews pour dire tout le mal qu’ils pensaient de celle qui symbolise désormais, qu’on le veuille ou non, le combat écologiste.

J’avoue ne pas comprendre ce qui justifie un tel niveau de violence envers une personne qui livre un juste combat. Qu’est-ce qui motive une telle animosité chez des personnes aussi différentes qu’Elisabeth Levy, Michel Onfray, Luc Ferry, Pascal Bruckner, ou Laurent Alexandre ? Greta Thunberg fédère contre elle des individus venant d’un spectre allant de l’extrême gauche à l’extrême droite.

« Ecoutez les scientifiques »

A gauche, elle serait le chantre du capitalisme vert, une gamine sous la coupe des multinationales qui s’efforcent aujourd’hui de verdir leurs sinistres projets. A droite, elle serait un oiseau de mauvais augure, la grande prophétesse du catastrophisme qui, à force de crier à l’effondrement, risque bien de le provoquer. Et d’évoquer son syndrome d’Asperger, qui ferait d’elle au choix une cyborg, une marionnette, une idiote utile… On insinue même que derrière cette médiatisation se cacherait en fait une histoire de gros sous montée par des parents peu scrupuleux. La critique ad hominem a pris le pas sur l’argumentation. Certains cherchent davantage à salir qu’à faire usage de leurs capacités de raisonnement.

Cette rage doit avoir une explication. Reste à savoir laquelle. Cette rage ne me paraît pas liée au message principal porté par Greta Thunberg et qui peut être résumé en trois mots : « Ecoutez les scientifiques ». Ce message n’est d’ailleurs pas plus alarmiste ni apocalyptique que celui de la communauté scientifique. Greta Thunberg, « gourou apocalyptique »… qui ne fait que citer les experts : « Greta Thunberg ne fait que reprendre, parfois mot pour mot, des extraits de rapports on ne peut plus validés par la communauté scientifique. Le GIEC, avant tout, est constamment cité, mais aussi des études universitaires dont les propos, s’ils sont alarmants, n’ont pas provoqué la moindre opposition dans le monde de la recherche. » Bref, ce n’est pas la nature même du message qui fait problème. Il faut donc trouver un autre mobile à toute cette violence…

Mauvaise conscience

Pour y parvenir, peut-être faut-il revenir à cette antienne marxiste : « d’où parles-tu, camarade ? ». S’interroger ainsi, c’est vouloir montrer que tout orateur expose ses thèses selon sa construction sociale, que tout avis prend racine dans et s’explique par le contexte historique et social qui l’a produit. « Toi, camarade Greta Thunberg, d’où nous parles-tu ? »

Greta Thunberg est le visage de notre mauvaise conscience…

Le discours de Greta Thunberg s’ancre dans la colère froide d’une génération qui sort de l’enfance avec la conscience claire sur l’état de notre planète et sur la complexité des défis à relever. La société dans laquelle cette génération débarque est radicalement différente de celle des précédentes, en particulier de la génération des baby-boomers et de celle qui lui a emboité le pas. Peut-être que la rage à l’encontre de Greta Thunberg trouve ici une explication. Ceux qui n’ont rien fait et même rien vu ces dernières décennies ne supportent-ils pas tout simplement de se voir donner la leçon par une gamine ? Greta Thunberg est le visage de notre mauvaise conscience et en cela, il dérange.

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