Transition énergétique : un choc de grande ampleur

Grâce aux politiques de soutien des pouvoirs publics, la crise sanitaire n’a pas entraîné, de destruction du capital productif. Il pourrait en être différemment avec la transition énergétique. Celle-ci nécessite un effort important d’investissement pour opérer le renouvellement des infrastructures, comme après une guerre.

Crédit : Nitin Sharma – Pexels

Pour financer l’effort d’investissement, le maintien de taux d’intérêt durablement négatifs apparaît comme la solution la plus facile à mettre en œuvre. La mobilisation des capitaux pour la décarbonation de l’économie pourrait s’accompagner d’une diminution de la production potentielle amenant à un regain d’inflation.

Un investissement record pour réaliser la transformation

Après la Première Guerre mondiale comme après la Seconde, le taux d’investissement avait augmenté en France de 10 points par rapport à la période d’avant-guerre pour pallier les destructions. Le taux d’investissement a alors atteint 30 % pour revenir progressivement autour de 25 %. Un phénomène comparable avait été constaté en Allemagne, au Royaume-Uni et au Japon. La conséquence est à chaque fois une montée rapide du taux d’endettement. Il s’est élevé à plus de 250 % du PIB, en 1949, au Royaume-Uni et France, à plus de 200 % du PIB au Japon, et à plus de 110 % du PIB aux États-Unis ainsi qu’en Allemagne. L’endettement américain était avant tout imputable à l’effort de guerre et à la reconversion de l’outil productif une fois celle-ci achevée.

La transition énergétique pourrait produire des effets comparables en provoquant l’obsolescence accélérée d’une partie du capital productif.

Les secteurs des transports et de l’énergie — dont la valeur ajoutée représente 6 % du PIB au sein de l’OCDE — sont condamnés à revoir l’ensemble de leur processus de production d’ici à 2050. À cela, il faut ajouter la transformation du système de chauffage des logements (pompe à chaleur, isolations, etc.). Le taux d’investissement des différents États membres de l’OCDE se situe autour de 20 % du PIB (hors 2020). Pour atteindre les objectifs fixés par les Accords de Paris, il devrait passer à 25/27 % du PIB, sachant qu’en 2020, les énergies renouvelables ne représentent que 9 % de l’ensemble de la production énergétique totale. Pour réaliser cette transformation, les États disposent de peu de marges de manœuvre compte tenu du niveau élevé de leur endettement. La dette publique des États de l’OCDE dépasse 135 % du PIB, contre 120 % en 2019.

Un précédent : l’après-guerre

Entre 1945 et 1955, pour financer la reconstruction, les États avaient bénéficié de taux d’intérêt réels négatifs, voire très négatifs, en raison de la politique menée par les banques centrales et de la forte inflation. Entre 1945 et 1949, le taux d’intérêt réel en France a ainsi été négatif de plus de 30 points. L’absence de capacités de production disponibles entraînait alors une forte inflation qui dépassait alors les 10 %. En France, une pointe à plus de 50 % a été ainsi constatée après la Seconde Guerre mondiale. Le Japon et l’Italie ont connu également une vague d’inflation assez poussée au même moment. Afin de ne pas entraver la croissance, les banques centrales ont alors maintenu des taux directeurs très faibles. Pour le moment, ces dernières recourent à la même technique. Elles ne répondent pas à la hausse des prix par un relèvement de leurs taux. Pour justifier leurs décisions, elles soulignent que celle-ci est temporaire et qu’elle devrait s’estomper en 2022. Il est à noter que leur discours évolue. Si initialement, elles prévoyaient un retour à la normale au début de l’année 2022, elles considèrent désormais que celui-ci interviendra dans le courant de l’année prochaine. Elles répètent que la fin des politiques monétaires accommodantes sera progressive et qu’elles ne veulent pas rééditer l’erreur de la sortie de la crise de 2008/2009 où elles avaient relevé trop vite leurs taux.

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