Sous les pavés, les fraises

Yohan Hubert

Réconcilier l’homme et la nature en apportant la campagne à la ville était l’un des objectifs de Yohan Hubert. Un but qu’il a atteint avec Sous les fraises, l’entreprise spécialisée dans la permaculture verticale qu’il a créée en 2014, avec son associée Laure-Line Jacquier.

Commençons par une définition. Le mot permaculture a été inventé dans les années 1970 par deux Australiens Bill Mollison et David Holmgren. Pour faire simple, ce terme vise à faire de son lieu de vie un écosystème harmonieux, productif, autonome, naturellement régénéré et respectueux de la nature et de tous ses habitants. Créée en utilisant ce concept par Yohan Hubert ancien biologiste et Laure-Line Jacquier architecte, Sous les fraises a aujourd’hui à son actif la réalisation d’une quinzaine de fermes urbaines à Paris. La toute première a été implantée en 2015 sur le toit des Galeries Lafayette.

Des fraises évidemment, mais aussi des framboises, du cassis, des mûres, des tomates… des légumes et herbes aromatiques. Un foisonnement de plantes sans aucun pesticide, dont une grande partie est cultivée à la verticale, c’est à dire hors-sol, étage par étage, en utilisant une technologie unique, mise au point par Yohan Hubert au centre horticole de Grenoble. La membrane qui supporte la culture est fabriquée à partir de laine de mouton, de chanvre, de compost et de quelques autres matériaux. Elle permet le développement des micro-organismes et crée un environnement favorable à la croissance des végétaux. L’irrigation est en circuit fermé, l’eau est recyclée en permanence et consommée en intégralité. L’ensemble des installations est contrôlé à distance par une application qui permet d’évaluer les besoins des plantes en temps réel. A Paris en quelques années, les fermes urbaines se sont multipliées, le BHV-Marais, le siège de Nexity… et même des restaurants à l’image du Bristol qui utilise la production de son potager créé, entretenu et géré par l’entreprise Sous les fraises. De nombreux chefs font d’ailleurs chaque semaine leurs achats de plantes rares dans les potagers de l’entreprise, qui vend aussi une partie de sa production dans des boutiques éphémères.

Une épicerie d’agriculture urbaine

D’abord destinée aux seuls restaurants, la production est devenue suffisamment importante pour être distribuée auprès du grand public, production estampillée dorénavant avec le nom, Sous les fraises. Les produits récoltés et non utilisés en restauration sont transformés, séchés, déshydratés, congelés et revendus à des épiceries, bars, magasins. « On peut trouver explique Yohan Hubert, des nougats à la fraise et à la framboise, des bonbons au miel, romarin ou thym, des tisanes, de la bière artisanale aux notes de pêche, abricot et mandarine. Le houblon vient des toits de Paris et l’orge d’une production en proche banlieue… Tout est élaboré à partir des plantes et du miel des toits parisiens, sans pesticide ni herbicide. Une manière de rapprocher les citadins de la nature et de créer un écosystème. » Au total, ce sont quinze mille mètres carrés de plus de 150 variétés différentes qui sont cultivées en hauteur, verticalement, dans la quinzaine de sites parisiens.

Forte de ses succès, l’entreprise a implanté des modèles de fermes de plus en plus circulaires. A Aubervilliers, la ferme verticale développe une technologie innovante : l’aquaponie. Celle-ci combine l’élevage de poissons et la culture des végétaux hors-sol. Ce sont les déjections de poissons, des truites, qui nourrissent les plantes qui vont à leur tour purifier l’eau des poissons au moyen d’un astucieux système d’irrigation en circuit fermé. D’autres structures sont installées à Levallois, Annecy et à Caluire dans la banlieue lyonnaise. Dans ce dernier cas, la ferme urbaine est installée sur le toit d’un parking. Un espace de 3 500 mètres carrés où le visiteur peut notamment flâner et se restaurer avec les produits locaux. Reste que Yohan Hubert est lucide. « Notre but est évidemment de nourrir, mais pas d’apporter l’autonomie alimentaire, en introduisant la nature en ville. » Et ses projets sont multiples.

Valoriser et recycler

Sur deux sites parisiens, les immeubles de bureaux du 173-175 Boulevard Haussmann, et l’ancien site des services administratifs de la ville de Paris actuellement en pleine transformation, Boulevard Morland, Sous les fraises va de nouveau recréer, en hauteur, une trame verte et des milieux naturels disparus depuis longtemps au sol. De plus, la société va valoriser et recycler les eaux grises pour irriguer ses plantations grâce à un bio-filtre breveté par elle. Ainsi, les eaux usagées seront récupérées, retraitées grâce à une filtration végétale sur le toit, sans adjonction de produits chimiques, et utilisées pour arroser les végétaux. En parallèle, un circuit de récupération des eaux de pluie a également été mis en place.

Un usage des eaux recyclées qui conviendrait aux Français selon un sondage sur l’eau réalisé en 2018 par TNS-Sofres. 86 % des personnes sondées accepteraient d’utiliser une eau du robinet issue du recyclage pour un usage domestique, 75 % se disaient prêtes à consommer des légumes arrosés avec des eaux usées dépolluées, et 53 % boiraient une eau du robinet issue du recyclage des eaux usées. Si l’on en croit Yohan Hubert, « dans dix ans, 20 % des toitures et des rues parisiennes seront recouvertes de plantations et dans vingt ans, ce seront 60 à 70 % de ces surfaces qui le seront. En recréant des petits coins de paradis, nous nous réconcilions avec le beau, le bon, le simple et le sain. »                                                                                                                                                     

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