Comment Anotherway se diversifie dans son offre zéro déchet

Pour Samuel Olichon, le fondateur, démocratiser les écogestes est « un vrai travail »

Deux ans après sa création et le lancement simultané de son « Bee Wrap », la Marseillaise Anotherway se diversifie avec la mise sur le marché de trois nouveaux produits, toujours relatifs à l’univers de la cuisine. Des pas supplémentaires pour celle qui compte, en 2021, basculer vers le statut d’entreprise à mission.

Elle porte bien son nom. La Marseillaise Anotherway, en effet, a vu le jour avec une ambition : trouver d’autres voies de consommation, durables, mais aussi pratiques, dans l’univers de la maison, pièce après pièce. Pour cela, deux lignes de conduite : « Soit revenir en arrière, voir comment l’on procédait il y a 30 ou 40 ans et remettre certains réflexes au goût du jour. Ou soit inventer de nouveaux usages » décode Samuel Olichon, fondateur de cette PME née en 2018. Et c’est en investissant de prime abord la cuisine que cette dernière s’est fait connaître. Avec un premier produit, un emballage réutilisable à base de tissu coton, cire d’abeille, résine de pin et huile de tournesol. Un succès rapidement au rendez-vous avec la fabrication, en moins d’un an sur le premier exercice, de quelque 25 000 « Bee Wraps » — c’est leur nom… et un référencement national chez Biocoop. « Aujourd’hui, nous le sommes aussi dans les Monoprix et les Galeries Lafayette, toujours à l’échelle de l’Hexagone. Ainsi que dans des chaînes plus régionales, telles que Marcel et fils », poursuit Samuel Olichon, comptant par ailleurs avec « un réseau de près de 350 revendeurs », en France et dans sept pays limitrophes. Parmi eux, l’Angleterre, l’Allemagne, la Norvège, la Suisse, l’Italie, l’Espagne et enfin la Belgique, « sur laquelle nous comptons nous renforcer en 2021 ».

Un premier produit qui a le mérite de poser la volonté écoresponsable d’Anotherway, désirant réduire son impact sur la planète au maximum. La preuve, la PME a rapidement relocalisé sa production, assurée dans un premier temps en Asie, dès qu’il a été possible de trouver une solution viable sur le sol de la Provence. C’est ainsi l’Esat du Rouet, basé dans le 12e arrondissement de la cité phocéenne, qui se charge aujourd’hui de l’enduction, de la découpe, du pliage et de la mise sous pli des fameux emballages, devenus de surcroît dans l’intervalle 100 % bio.

c’est avec le Bee Wrap, ou emballage réutilisable que l’entreprise Anotherway s’est lancée sur le marché.

« Démocratiser les écogestes, un vrai travail »

Et donc… tout ne s’arrête pas là. Dès le mois de mai dernier, l’équipe, comptant à présent dix collaborateurs, lance son kit de lessive écologique. « Une solution pratique, puisqu’il n’y a plus qu’à rajouter de l’eau. Nous avons travaillé avec des prestataires marseillais, notamment la Savonnerie du midi pour concevoir ce kit. L’ensemble des composantes est 100 % naturel et vient de France ». Une diversification amorcée donc dès la sortie du confinement, et forcément, un futur levier en termes d’agilité. C’est d’autant bienvenu, au cœur « d’une période délicate, qui a nécessité de l’adaptation. Entre mars et, mai, nous nous sommes nous-mêmes chargés de la fabrication pour assurer les commandes des clients et des revendeurs », ce au sein de l’Esat, puisque ses salariés, en situation de handicap, ne pouvaient plus travailler pour des raisons évidentes de santé. « Parallèlement, les petites boutiques ont dû fermer leurs portes, tandis que les grandes chaînes ont revu leurs commandes à la baisse pour privilégier les produits catégorisés essentiels ». Ce qui n’empêche pas Anotherway d’avoir « fabriqué 85000 Bee Wraps depuis un an ».

Si au cœur de ce contexte, les consciences écoresponsables se forgent donc, cela n’en rend pas moins délicat le cheminement vers cette diversification. L’impératif étant d’opter pour le bon produit, non pas la fausse bonne idée. « Voilà pourquoi nous associons beaucoup les clients en écoconception. C’est plus compromis en temps de Covid, mais nous organisons des ateliers dans nos locaux pour faire tester les produits, nous questionnons les consommateurs fréquemment pour mieux connaître leurs besoins ». En la matière, concilier le durable et le pratique s’avère parfois un challenge. « Car l’enjeu, quand on change les habitudes de quelqu’un, c’est de rester le plus proche possible en termes d’usage. Dans le cas contraire, personne n’y adhère. Démocratiser ces tout petits gestes, rendre le produit pratique d’utilisation, c’est donc un vrai travail. Et tout n’est pas toujours réalisable. Par exemple, nous avons réfléchi à lancer des capsules à café réutilisables. Mais il était difficile de trouver la bonne alternative, conjuguant facilité d’usage et garantie d’une bonne qualité de café. Nous n’avons donc pas poursuivi dans cette voie, puisque finalement, la meilleure solution restait le choix de machines à café avec percolateur, sans capsule ».

Bientôt dans la salle de bain

C’est donc sur deux autres produits qu’Anotherway a misé tout récemment. L’éponge réutilisable, tout d’abord. « Car on en utilise 10 à 13 par foyer et par an, donc à peu près une par mois. Ce qui, en premier lieu, n’est pas hygiénique, parce qu’une éponge devient un nid à bactéries au bout d’une semaine. Il faudrait donc en changer à ce rythme… Et ce serait encore plus néfaste pour l’environnement, d’autant que, deuxième point, ses composantes ne sont pas toutes écologiques, loin s’en faut : une éponge contient notamment des particules de plastique ». Anotherway a donc conçu une éponge réutilisable pendant un an, lavable, passant à la machine. « Il a fallu que notre ingénieur produise fasse différents tests afin de choisir les bons composants pour la face absorbante et la face grattoir. Donc du coton bio, un côté nid d’abeilles et de la ouate à l’intérieur pour l’épaisseur, celle-ci fabriquée à base de polyester provenant du recyclage de bouteilles en plastique ». Une éponge produite pour l’heure au Portugal, même s’il y a la volonté de faire comme pour les « Bee Wraps » et de rapatrier la production sur le sol français, dès que possible. Enfin, second produit sorti récemment, le savon solide pour vaisselle, lui fabriqué en Provence. « Là encore, il s’agit d’éviter le déchet plastique. Un pain de savon de 200 grammes équivaut à deux flacons de liquide vaisselle ». Outre la vente physique, Anotherway commercialise toute sa gamme de produits via son e-shop, proposant notamment des systèmes de pack. « Une offre qui peut trouver son public, en amont de la fête de Noël ». Et ce, avant d’élargir de nouveau sa gamme… C’est au programme de 2021. Et là, même s’il reste encore « beaucoup à faire dans la cuisine », c’est la salle de bains qui passera à son tour dans l’œil du cyclone, puisque l’on y trouve, là aussi, « beaucoup de contenants plastique ».

Bref, une vocation vertueuse non usurpée, qui trouvera un nouvel épanouissement dans l’année à venir. Non seulement à la faveur de cette nouvelle offre, mais aussi parce qu’Anotherway compte estampiller plus encore sa démarche. « Nous avons pour projet de devenir entreprise à mission, un statut possible par le biais de la loi Pacte. Ce qui nous permettrait de valoriser notre politique, non seulement sur le plan écologique, mais aussi sur le plan social », conclut Samuel Olichon.

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