Comment la Covid-19 a accéléré le business de ces petites entreprises

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Quand ils se sont lancés il y a dix ou dix-sept ans, le marché n’existait pas. Tout était à construire. Mais chacun, Jean-Christophe Broggini, dirigeant de Cyclable Entreprises et Anne-Marie de Couvreur, fondatrice de Mediameeting y croyaient. Un jour, le vélo de fonction, les webradios et podcasts d’entreprise s’imposeront, se dirent-ils. Ce jour arriva plus tôt que prévu. Le Coronavirus, en accélérant certains usages et tendances, leur a fait gagner du temps.

Le Coronavirus n’a pas fait que des malheureux. Il a accéléré certains usages et tendances, dopant ainsi certains business. Deux chefs d’entreprises nous racontent comment cette crise sanitaire a accéléré la maturation de leur marché et leur a fait gagner quelques années. Un bond en avant qui reste toutefois à transformer en 2021.

Le vélo de fonction dopé par le déconfinement

Jean-Christophe Broggini n’avait jamais vu ça. Le 11 mai dernier au matin, quand il se rend au showroom de Cyclable Entreprises, dans le 9e arrondissement à Lyon, il voit au loin une cohorte de chefs d’entreprises faisant la queue. Cette filiale du groupe Cyclable loue depuis 2012 aux entreprises une flotte de vélos électriques et/ou classiques pour leurs salariés. Cette location comprend une assurance, un service de réparation, et la mise à disposition de vélo de courtoisie. En 2020, la filiale a réalisé 1,3 million d’euros de chiffres d’affaires, soit une hausse de 53 % par rapport à 2019. « Il y a eu un effet déconfinement. En mai, le virus étant toujours là et la météo étant bonne, les salariés se sont détournés du transport pour aller au travail en vélo. A l’automne, cela s’est un peu calmé, sous l’effet du reconfinement et du retour du télétravail. Toutefois, aucun vélo ne nous a été rendu. C’est une tendance lourde », estime le patron de la filiale.

Avant que le virus ne pointe le bout de son nez, Cyclable Entreprises ne s’en sortait pas mal. Chaque année, depuis 2012, le chiffre d’affaires croît en moyenne de 20 %, signe que peu à peu le vélo de fonction s’impose dans les mœurs, et que le pari pris par Jean-Christophe Broggini, il y a près de 10 ans d’avère gagnant. A l’époque, en 2010, il travaillait pour un groupe spécialisé dans la location longue durée de voitures pour les entreprises. « Il y avait un vrai retour du vélo, les Français retrouvaient plaisir à utiliser ce moyen de locomotion. Beaucoup de magasins s’ouvraient pour répondre aux demandes des particuliers. Mais il n’y avait aucune offre pour les entreprises », confie-t-il. Alors il se lance. Au départ, les clients sont des associations ou des institutions publiques dans le centre de Lyon. La clientèle grossit petit à petit. Les choses se sont accélérées il y a 5, 6 ans. Aidé par les politiques de la ville, à Lyon, à Paris ou dans d’autres grandes agglomérations aménageant leur espace pour favoriser l’usage du vélo, mais aussi par une réglementation au niveau national incitant les employeurs à mettre en place des plans mobilité moins polluants et à aider financièrement leurs salariés venant au travail en vélo, le vélo de fonction se fait une place. « Chez Yves Saint-Laurent, un de nos clients, désormais quand il faut envoyer une pièce à retoucher à trois pâtés de maisons, un de leurs employés enfourche désormais un des vélos à assistance électrique que nous leur louons pour livrer la pièce. La voiture reste au garage », illustre Jean-Christophe Broggini. Aujourd’hui, les clients, les entreprises, doivent patienter 6 à 7 mois pour se voir livrer leur flotte, contre un mois en 2019. « Il faut aussi que nous nous digitalisions en construisant un système d’informations tout neuf pour répondre au mieux et dans les meilleurs délais à cette croissance », conclut le patron.

Web radios et podcasts d’entreprise dopés par le télétravail

« Depuis le début de la crise sanitaire, nous recevons quasi une demande par jour. Avec la généralisation du télétravail, le déploiement du chômage partiel, la fermeture des sites, les chefs d’entreprises voient dans les podcasts et webradios un moyen de maintenir les liens et la cohésion de groupe », observe Anne-Marie de Couvreur, dirigeante et fondatrice de MediaMeeting. Cette PME toulousaine, créée en 2004, dépoussière la communication interne des grosses PME et grands groupes. Elle conçoit des podcasts et webradios d’entreprise.

Un des podcasts qui marche très bien est celui pensé pour le groupe Intermarché. En ligne, chaque dimanche, à 19 heures, il s’adresse aux 3600 propriétaires des hypermarchés, les « adhérents ». Pendant 15 minutes, le président de la coopérative balaie les dernières actualités du groupe, parle stratégie d’entreprise et énumère enfin ce qui doit être mis en place dès le lendemain et pour la semaine à venir dans les magasins. Ce programme radio existe depuis 2 ans et demi. Mais, il connaît des records d’audience depuis le début de la crise sanitaire. Chaque dimanche, ce sont entre 75 % et 90 % des adhérents qui écoutent le grand patron. « Il y a un souffle, une émotion, qui passent par la voix qu’on ne trouve pas dans l’écrit. On en a d’autant plus besoin en période de crise. Un général quatre étoiles me disait l’an dernier : “une guerre se gagne par la parole. La voix est indispensable pour galvaniser et mobiliser les troupes” », rapporte la dirigeante de Mediameeting. Autre exemple : la web radio « Ensemble » et ses trois rendez-vous quotidiens conçu pour le groupe biopharmaceutique Ipsen, et lancé le 19 mars dernier, au début du confinement. A 9 heures, le « Morning » fait le point sur l’actualité de l’entreprise. A 11 h 30, dans l’émission « la parole aux auditeurs », un salarié salue ses collègues du service juridique, une autre souhaite un bon anniversaire à Nelly de la compta. A 17 heures, c’est « l’invité en trois questions », un collaborateur est interviewé et les auditeurs apprennent à le connaître. Chaque jour, sur les 1900 salariés du groupe, un millier se connecte à la web radio.

Certes, le succès de ces programmes audio est en partie lié à l’intensité du télétravail. Néanmoins, Anne de Couvreur croît en une tendance de fond : le retour en grâce de l’oralité. Les chiffres ne semblent pas la détromper. Avant la crise, les audiences des podcasts et web radios conçus par Mediameeting atteignaient les 50 % à 70 %. Celles des newsletters envoyées par les services communication des entreprises peinent à atteindre les 15 %*. En outre la communication orale est plus efficace que l’écrit. Sans forcer le débit, nous prononçons 200 mots par minute quand nous n’en tapons que 50 sur un clavier d’ordinateur. Pour Anne-Marie de Couvreur, il y a eu un tournant en 2017. Cette année-là, les GAFAM commercialisèrent leurs enceintes connectées. Dès lors, les particuliers aisés et fans de gadgets se sont mis à faire leurs courses sur internet ou écouter de la musique, en parlant à « Alexa » ou à « Google Home ». Le prix baissant, ces majordomes digitaux ont gagné un public plus large. Dans les entreprises, les directions se sont mises à s’interroger:  pourra-t-on continuer à manager ou informer par écrit les nouvelles générations de salariés habitués à piloter le web par la voix ? La dirigeante de Mediameeting est quant à elle convaincue : les Millenials, nouvelle génération d’actifs vont imposer l’oralité dans la culture de l’entreprise.


* Chiffre tiré d’une étude menée en 2017 par Bananatag (logiciel de tracking d’e-mail) sur la performance des newsletters, réalisée à partir des données clients dont dispose l’entreprise : 26 millions d’e-mails envoyés aux collaborateurs par la communication interne de grands groupes comme Allianz, Total ou Ikéa ont été analysés.

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