« Envole-moi, envole-moi, loin de cette fatalité qui me colle à la peau… »

Dorine Bourneton

A 16 ans, un accident d’avion pulvérise ses rêves. Seule rescapée du crash d’un avion Piper où elle était passagère, Dorine Bourneton perd l’usage de ses jambes. Sa vie bascule. Ce sont d’abord colère et doutes qui l’habitent puis très vite, Dorine mordue d’aviation depuis l’enfance, décide de se battre, se réinventer, se reconstruire et réaliser son rêve d’enfant. Elle sera pilote d’avion.

Dorine a 20 ans quand elle obtient son brevet de pilote amateur à Toulouse. Première victoire, mais victoire insuffisante. Elle veut devenir pilote professionnelle. Problème, la législation l’interdit aux personnes handicapées. Commence alors une bataille de plusieurs années pour modifier celle-ci. Dorine, épaulée par une poignée de motivés, créé la Commission des Pilotes Handicapés grâce à Gérard Feldzer, fait parler d’elle et de son histoire. Finalement, en novembre 2003, Dominique Bussereau secrétaire d’Etat aux Transports et à la Mer signe l’arrêté ministériel qui autorise les personnes handicapées à devenir pilote professionnel. « En groupe et en synergie, on peut déplacer des montagnes », explique Dorine. Pour autant, elle n’en deviendra pas pilote professionnelle parce qu’ayant arrêté ses études jeune, elle n’a pas réussi à rattraper le niveau de maths nécessaire. Reste que le combat de Dorine a servi à des dizaines de pilotes handicapés. Mais pouvoir voler ne lui suffit pas, elle décide de s’attaquer à la voltige aérienne…

Danser dans le ciel

« Cela correspond plus à mon tempérament. En voltige, on n’a pas besoin d’étudier dans les bouquins. La voltige c’est comme une danse. J’en répète la chorégraphie au sol avant de m’élancer. Souvent sur des musiques d’Ibrahim Maalouf. Cela aide à accomplir la virtuosité du geste de pilotage. » Avant d’en arriver là, il a fallu notamment équiper un avion de voltige de commandes manuelles pour permettre à un paraplégique de les gérer. Le mouvement des pieds est remplacé par celui d’un « malonier », contraction des mots manche et palonnier. La difficulté technique surmontée, il y a aussi les difficultés physiques. « La voltige exige une certaine force physique, du coup, j’ai été obligée de compenser l’absence de muscle dans les jambes par des exercices de musculation au niveau du haut du corps. » En 2015, Dorine devient la première handicapée pilote de voltige au monde. « Il faut toujours croire en ses rêves. Etre enthousiaste. Ne jamais abandonner. Et il faut aussi savoir bien s’entourer. Le travail en équipe, la remise en question et la communication sont les clés de la réussite. »

Oser

Pour Dorine, il n’est pas nécessaire de partir au bout du monde pour vivre une aventure. D’ailleurs pour elle, l’aventure c’est avant tout d’oser vivre la vie que l’on rêve de vivre. « Si à 16 ans, je n’avais pas eu cette passion de l’aviation, ce rêve de devenir pilote, jamais je n’aurais pu me relever de mon accident. Jamais je n’aurais pu aller à la rencontre des autres et devenir pilote de voltige. Lorsque vous devenez handicapé(e), vous perdez l’usage de vos rêves. Tous deviennent impossibles. C’est là, la grande différence avec le monde des valides. Et pourtant, que l’on soit valides ou handicapés, nos vies se ressemblent. Nous avons les mêmes rêves et cette même envie de les transformer en réalité. J’ai eu ce rêve doublement impossible de devenir pilote de voltige, parce que je suis handicapée et parce que cela n’avait jamais été réalisé auparavant. »

La tête toujours tournée vers le ciel, Dorine a créé en 2019 l’association Envie d’envol aux Mureaux, avec Guillaume Féral lui aussi privé de l’usage de ses jambes. Tous deux proposent d’aider les personnes handicapées à développer leurs compétences en les formant à la voltige aérienne.

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