Vivre dans un monde où nous sommes tous interdépendants

© Can Stock Photo / kirstypargeter

Le COVID-19 apporte une fois de plus la preuve de l’importance de l’effet-papillon et des effets de cascade. La terre s’est rétrécie et la puissance des interactions entre les êtres s’est considérablement intensifiée. Pour le meilleur et pour le pire.

En 2010, le designer Thomas Thwaites se lance dans un drôle de challenge : créer, en totale autonomie, un grille-pain. Il utilise pour cela des matériaux de base et ne veut solliciter aucune aide extérieure. Ce projet qui a duré 9 mois s’est soldé par un résultat extrêmement décevant. Au niveau esthétique, l’objet était un monstre. Sa durée de vie n’a pas excédé quelques secondes. Rien à voir avec le design, l’efficacité et la longévité des grille-pain modernes qui garnissent les étals en grande et moyenne surface.

Le grille-pain de Thomas Thwaites

Thwaites a par la suite raconté dans un livre[1] toutes les difficultés qu’il a successivement rencontrées dans cette fabrication. S’approvisionner en métaux rares et fabriquer du plastique n’est pas aisé de nos jours pour un quidam…

Quel drôle de projet ! Qu’est-ce qui est passé à l’esprit de Thwaites pour se lancer dans une aventure aussi improbable ? Le designer a tout simplement voulu mesurer et prouver à quel point nous étions tous extrêmement interdépendants au sein de notre société industrielle. En cherchant à tout faire lui-même, il est arrivé à un résultat décevant, pour ne pas dire à un échec. Et encore s’agissait-il d’un objet assez banal, sans technologies avancées.

Seuls, nous ne sommes capables de rien

Le toasteur Project nous enseigne que même un objet assez simple en apparence se révèle très complexe à fabriquer. Cette fabrication nécessite de nombreuses compétences difficiles. La division des tâches, la spécialisation à outrance, a considérablement élargi le champ des compétences nécessaires pour produire un objet. Seuls, nous ne sommes capables de rien, ou de si peu, sauf à suivre un stage intensif de survivalisme. Voilà pourquoi MacGyver nous faisait rêver pendant notre enfance. MacGyver, l’homme au couteau suisse, incarne le Do It Yourself, la débrouille, ce monde ancien dont la complication pouvait en définitive toujours être vaincue par l’astuce humaine.

MacGyver, héros de notre enfance

Avec la mondialisation et l’Internet, nos vies sont toutes imbriquées. Le monde ressemble à un village : le boulanger est français le boucher américain, le coiffeur indien, le pompiste saoudien, le garagiste allemand, le restaurateur chinois… Chacun a besoin des autres et chacun doit faire avec autres, bon gré mal gré, pour son bonheur ou son malheur. Ce triste épisode du coronavirus montre comment ce qui arrive un Chinois que je n’ai jamais vu et que je ne verrais jamais de ma vie peut tout à fait fortement impacter ma vie de Français. Nous voyageons facilement d’un continent à l’autre, partout nos économies sont interconnectées… nous ne pouvons pas ne pas nous rencontrer. Cette pandémie illustre le mauvais côté de la chose.

Monde ambivalent

Mais cette interdépendance peut également être une chance. Il y a quelques jours, Russes et Turcs se trouvaient au bord de la guerre. Ça n’a pas duré longtemps. Les deux économies sont fortement liées et aucune des parties n’a intérêt à une confrontation. Chine et USA s’affrontent pour la puissance mondiale et le risque d’une guerre est souvent évoqué. On ne peut totalement exclure cette possibilité. Dans l’histoire, quand un empire est remplacé par un autre, ça se termine toujours par une guerre. Mais peut-être que cette fois, ce ne sera pas le cas. Les économies chinoises et américaines sont tellement interconnectées (la Chine détient toute la dette américaine) que l’hypothèse d’une guerre paraît peu probable compte tenu de l’ampleur des conséquences possibles pour les acteurs en présence.

L’interdépendance des êtres, des individus, des entreprises, des Etats, constitue indéniablement un facteur de fragilité, mais également une sécurité. Menace et chance. Fragilité et force. Il faudra s’habituer à ce monde profondément ambivalent.


[1] Thomas Thwaites, The Toaster Project : Or a Heroic Attempt to Build a Simple Electric Appliance from Scratch, Princeton Architectural Press, 2011.

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