Le sport professionnel bousculé par l’évolution des mentalités ?

Photo de Artem Saranin provenant de Pexels

Et si la pandémie allait durablement impacter le sport professionnel ? Et peut-être pour le meilleur.

Depuis un an et demi, le monde du sport vit en hibernation. Les compétitions ont été annulées ou reportées. Les salles omnisports ont été fermées. Depuis quelques semaines, c’est reparti. Dans le monde professionnel, tout a repris après le premier confinement. Distanciation physique oblige, les matchs ont lieu dans des stades vides, et maintenant à moitié pleins.

Les Jeux Olympiques vont avoir lieu à Tokyo. Avec la pandémie, les conditions dans lesquelles ces jeux vont avoir lieu sont exceptionnelles. Sur le plan des valeurs, ces jeux vont manquer un tournant. Le CIO, après les scandales de corruption récurrents liés à l’attribution des jeux dans le passé, a décidé d’être plus transparent. Le CIO a compris que si les choses continuaient comme avant, on tuerait la poule aux œufs d’or. Le président du comité olympique japonais Tsunekazu Takeda a été mis en examen à Paris pour « corruption active » dans l’enquête française sur l’attribution des JO de Tokyo. Mais les affaires dont on ne veut plus ne sont pas uniquement liées à la corruption. Yoshirō Mori, le président du comité d’organisation, a été contraint de démissionner à la suite du tollé provoqué par ses propos, lui qui affirmait que les « femmes parlaient trop ».

Bref, la morale semble amorcer un retour et ce n’est pas forcément un mal.

Le monde du sport professionnel a en effet toujours été en pointe sur le plan des profits. Droits à l’image, publicité, sponsoring…, cette économie s’est considérablement développée ces dernières années. Dans le football, les sommes engagées sont hallucinantes. Bien sûr je ne parle pas ici du sport tel qu’il se pratique tous les jours, dans les communes de France, là où beaucoup de bénévoles s’investissent, là où l’argent manque plutôt qu’il ne déborde. L’écart avec la réalité du sport amateur se creuse, au point de parler maintenant deux mondes totalement différents. Dans le sport professionnel, l’argent prime sur tout. Il n’y a pas d’autres enjeux. On a complètement changé de logique. Et pourtant. « Je vais vous parler d’un temps que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître. Il est loin ce temps-là », dit la chanson. Il y a à peine plus d’une vingtaine d’années, nous pouvions assister complètement gratuitement à tous les matchs importants de la Ligue des champions sur la première chaîne de télévision. Aujourd’hui, c’est impensable. Pay per view.

Évolution des mentalités

La pause du Covid dans le sport sera-t-elle salutaire ? Je ne me fais pas d’illusions : les affaires vont reprendre et l’argent va continuer à couler à flots. Il faudra toujours payer pour voir. Mais peut-être que le sport professionnel, au lieu d’être juste une occasion d’amasser de l’argent, pourrait servir en tribune pour faire avancer certaines causes ou dénoncer certains agissements. Peut-être que dans le sport professionnel, il y aura un monde d’avant et un monde d’après. La Coupe du monde de football au Qatar sera sans doute instructive. Quid des milliers d’ouvriers morts sur les chantiers ? Quid de la politique qatarie à l’égard des LGBTQ+ ? Quid du droit des femmes ? L’Euro de football a été le théâtre d’un tel questionnement avec la Hongrie et les droits des LGBTQ+.

Vous m’objecterez que cela n’est pas nouveau. C’est vrai, mais ces dénonciations risquent de devenir systématiques. Elles seront encouragées. Elle feront partie du système médiatico-sportif.

Certains rient quand ils entendent l’expression de « Nouveau Monde ». Ils ont sans doute un peu raison. Néanmoins, des choses ont changé. Le changement s’est accéléré, notamment sur le plan des mentalités : certains comportements deviennent aujourd’hui insupportables. Cette évolution était déjà à l’oeuvre ces dernières années, mais la pandémie pourrait la hâter davantage. A suivre.

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