Autisme et employabilité : de nombreuses pistes à explorer

Affiche officielle « Hymne a l’inclusion » – Prisme Autisme

En France, très peu de personnes autistes travaillent alors que tout établissement d’au moins 20 salariés est tenu d’employer des travailleurs porteurs de handicap dans une proportion de 6 % de l’effectif total. Et pourtant, leurs troubles peuvent être d’une grande richesse pour l’entreprise.

Pour beaucoup d’entre nous, l’autiste ressemble au personnage de Dustin Hoffman dans « Rain Man ». Un être doté d’une mémoire exceptionnelle, souvent décrit comme ayant un syndrome d’Asperger. Pourtant, c’est oublier un peu vite que tous les Asperger ne sont pas à son image. Certes, les personnes diagnostiquées Asperger ou « Aspies » ont des qualités et compétences parfois bien supérieures aux non-autistes. Celles-ci peuvent être précieuses dans le monde du travail ; à condition que le milieu soit adapté et le permette. Plusieurs entreprises en ont pris conscience à l’image de Microsoft, qui avec l’aide de Specialisterne, une formidable entreprise danoise d’innovation sociale, emploie des personnes autistes Asperger. Celles-ci occupent le plus souvent des postes de développement informatique, comptabilité, recherche. Mais, tous les autistes ne sont pas Asperger.

Une chance pour l’entreprise

Les troubles du spectre autistique (TSA) dont l’expression est très hétérogène, affectent principalement les perceptions sensorielles ou entrainent des difficultés de communication et d’interaction sociale. Entre 15 et 20 % des autistes ne peuvent pas travailler, car ils souffrent souvent de comorbidité ; les autres peuvent apporter leurs compétences et leurs capacités au monde du travail. C’est en tout cas ce que montre le documentaire « Hymne à l’inclusion »* consacré à l’intégration des personnes autistes dans l’entreprise, produit et réalisé respectivement par Tatiana Ayme et Tarik Ben Salah. « Il y a explique Tatiana Ayme, une vision erronée de l’autisme et de ceux qui en souffrent. Or, il faut réussir à dépasser la forme pour avoir le fond. Quand une entreprise accepte de dépasser le cadre normé, elle s’aperçoit de la richesse des personnes qu’elle a recrutées. Intégrer une personne autiste, c’est rendre le collectif plus bienveillant. Bien entendu, cela nécessite une adaptation, une préparation de tous et donc cela prend du temps. Mais quand ils sont bien cadrés, les autistes sont très performants, ne ménagent pas leur peine et travaillent énormément. Ils ont un grand sens de l’organisation, sont rigoureux, assidus et extrêmement précis. Ils peuvent travailler dans différents domaines, l’informatique, la recherche, la comptabilité, le soin aux animaux… L’autisme fait peur, or la diversité est une richesse. Si on n’avance pas sur ce sujet, on se prive de talents, de compétences atypiques. »

Les autistes sont comme nous, ne les enfermons pas

L’intégration des autistes en entreprise nécessite un réel accompagnement pendant de longs mois pour s’assurer qu’ils s’intègrent bien dans leur équipe de travail.  Il faut sensibiliser l’ensemble du collectif, bien expliquer ce qu’est l’autisme, évoquer les adaptations nécessaires au niveau du poste de travail et du management, comprendre la sphère sensorielle. Faire preuve d’empathie.

Jean-François Dufresne

Jean-François Dufresne, ancien directeur général du groupe agroalimentaire Andros, essaie depuis 2014, avec son association « Vivre et travailler autrement » de permettre aux autistes de se dessiner un avenir par le travail. Père d’un enfant autiste, il emploie son énergie à faire changer les mentalités. « Les établissements spécialisés accueillant des autistes profonds sont évidemment nécessaires, mais pour l’essentiel, si l’on retire les profils de surdoués, il serait injuste de priver les autres d’une vie normale. » Mettant à profit son carnet d’adresses, Jean-François Dufresne est allé chercher des fonds auprès de grandes entreprises pour monter un prototype. « Dans l’usine Andros d’Auneau en Eure-et-Loir, depuis six ans, progressivement, douze salariés autistes ont rejoint à mi-temps les unités de production. Ils travaillent tous en CDI, dans la logistique, le montage, la maintenance.

Ils réalisent des tâches simples, répétitives et adaptées à leur handicap. Mais pour Jean-François Dufresne, s’arrêter là était insuffisant. “C’est bien de mettre une personne autiste au travail, mais il faut la considérer dans sa globalité. Elle doit acquérir de l’autonomie. Ainsi, nous avons créé un lieu de vie à proximité du site qui les emploie dans lequel chacun apprend les gestes de la vie quotidienne : faire la cuisine, lancer une machine, nettoyer, ranger… c’est un centre de formation d’autonomisation. Les encadrants ont comme consigne de ne jamais faire à leur place.”

L’association travaille avec l’industrie, secteur d’activité plus adapté aux autistes que le service. “La démarche d’emploi est plus facile que ce que l’on imagine et les résultats apportés par l’embauche sont réels, tant sur la performance de l’entreprise que pour la qualité des relations sociales et du climat au sein des équipes.” Un deuxième lieu de vie va ouvrir à Beaulieu-sur-Dordogne en Corrèze. D’autres projets sont en devenir dans le Nord, l’Indre, le Lot-et-Garonne, le Centre, l’Isère… Jean-François Dufresne rêve de trouver un emploi à 200 jeunes autistes et d’ouvrir une vingtaine de lieux de vie d’ici 2023. Il a besoin des entreprises qu’il accompagne sur le dispositif à mettre en place pendant près de deux ans, avec l’aide de ses partenaires. “L’autisme n’est pas une déficience, mais une différence ; le refus de la différence est une déficience.”


*Le documentaire sera présenté dans le cadre de la semaine européenne pour l’emploi des personnes handicapées lorsque les conditions sanitaires le permettront.

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