COVID-19 : ce qui va durablement changer dans nos vie

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Le monde d’après. L’expression s’est répandue dans les médias pendant le confinement. La rupture de l’activité économique allait déboucher sur un monde aux règles radicalement différentes. On s’est pris à rêver d’un mode plus sage, plus responsable… Et puis les choses ont repris leur cours presque normal. Pour autant, qu’est-ce que cette expérience peut nous apprendre de ce que sera sans doute l’avenir ?

De l’avenir, disons-le tout net, on ne peut pas dire grand-chose. Cependant, les crises apparaissent comme des révélateurs et des accélérateurs de tendances. Des révélateurs, car les choses apparaissent alors telles qu’elles sont, implacablement. Les décisions budgétaires de ces dernières d’inspiration néolibérale, couplée à la bureaucratisation de notre système de santé, ont livré leurs funestes conséquences. La réalité apparaît alors sans far, brutalement. Des accélérateurs de tendances, car ce qui était déjà à l’œuvre dans le monde d’avant se trouve considérablement amplifié. En voilà quatre parmi les plus évidentes :

Economie de proximité, économie de sécurité.

Il y a un an, être adepte des circuits courts, aller chercher ses fruits et légumes directement chez le producteur, c’était être qualifié de bobo. Cultiver son lopin de terre, c’était faire figure au mieux de libertaire, au pire de survivaliste ou de collapsologue. Avec le confinement et l’éraillement de la chaîne logistique, on s’est rendu compte que les produits cultivés non loin de chez nous n’étaient pas simplement meilleurs ou plus sains, mais aussi plus facilement accessibles. Cette expérience doit nous faire repenser le rapport que nous avons à l’agriculture. Il s’agit d’anticiper une possible défection du système alimentaire mondial en rendant chaque territoire robuste, le plus autonome possible, en s’inspirant des meilleures solutions locales. Une lettre ouverte au ministre de l’Agriculture a été rédigée en mai dernier par de nombreux experts pour qu’une concertation citoyenne soit organisée au plus vite afin de trouver des solutions concrètes.

Une digitalisation de tous les aspects de nos existences.

Bloqués dans nos appartements — dans des maisons pour les plus chanceux —, il a pourtant fallu continuer à travailler et à se divertir. Netflix a vu le nombre de ses abonnements grimper. Zoom, application encore inconnue en début d’année, a vu sa capitalisation boursière s’envoler sous l’effet de son succès, au point de dépasser celles des plus grosses compagnies aériennes. Amazon a vu son trafic croître. Décidément, les entreprises du digital sont les grandes gagnantes de la crise. Mais que se serait-il passé si, simultanément à la pandémie, une panne ou attaque mondiale sur le réseau Internet était survenue ?

La distanciation, une nouvelle norme ?

Le monde du travail restera durablement impacté par le confinement et les facilités permises par les outils collaboratifs, notamment les applications de visioconférence. Pour les réunions, on va maintenant systématiquement réfléchir à la pertinence de les organiser en distanciel ou en présentiel. Le distanciel n’est plus un pis-aller. Le télétravail, hier solution qui suscitait encore la méfiance des directions d’entreprise, va vraiment entrer dans les habitudes de travail. Et la bise, première forme de salutation en France, disparaîtra-t-elle avec ce phénomène de distanciation physique ? Idem avec les accolades, poignées de main et autres embrassades ?

La traçabilité généralisée et la fin de l’anonymat.

Il y a encore quelques mois, nous étions assez éberlués par ce qui se passait en Chine avec le crédit social. Chaque Chinois est suivi et son comportement évalué. Des méthodes totalitaires, pensions-nous. « Oui, mais ça se passe en Chine ! » Avec la crise sanitaire, des solutions technologiques sont apparues qui exerçaient un contrôle sur nos interactions sociales (STOPCOVID). Dans certains pays, des contrôles de la température corporelle par caméra thermique ont été mis en place. Tout ça bien sûr pour notre plus grand bien et pour davantage de sécurité. Ce qui apparaissait comme inimaginable il y a peu est devenu envisageable, puis testé et enfin déployé. C’est une part de liberté que nous sacrifions sur l’autel de la sécurité.

« Nous avons à vivre non point dans un monde nouveau dont il serait possible au moins de faire la description, mais dans un monde mobile, c’est-à-dire que le concept d’adaptation doit être généralisé pour rester applicable à nos sociétés en accélération », nous apprend le philosophe Gaston Berger, père de la prospective. Ces phénomènes constituent aujourd’hui des tendances lourdes et une base de travail solide à partir de laquelle les prospectivistes peuvent élaborer des scénarii pour le futur, à défaut de le prévoir avec certitude.

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